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PORTRAIT
Lelimba wa Kutshila : le griot de la tradition Luba
vendredi 9 mai 2014

{{Dans la région du Kasaï d’où il est originaire, sa musique est adulée. Pure traditionnaliste, ancré dans son tshiluba natal, Lelimba wa Kutshila est une vraie star dans les cercles luba en République démocratique du Congo. Fin danseur, bon chanteur, compositeur de talent, le porte-étendard de «Bayuda du Congo» passe pour le griot de la tradition luba. }} Grand de taille, mesurant environ 1,95 m, Lelimba wa Kutshila est un géant dans l’univers de la musique folklorique luba. Homme de spectacle, danseur aux reins agiles, il n’hésite pas, malgré sa taille, à se tortiller jusqu’au sol quand résonnent les sons du mutuashi. Bien sûr, au grand plaisir des mélomanes, généralement luba, qui prennent d’assaut les restaurants et salles de spectacle où son groupe se produit. Sur scène, «l’Empereur de Bayuda du Congo» est physiquement très présent. On le voit généralement apparaître en baskets ou pieds nus, avec une casquette vissée sur le front. Sur sa masse impressionnante, Lelimba wa Kutshila arbore souvent un pantalon large, surmonté d’une jupe rouge et d’un ample tricot blanc, dissimulant un tee-shirt rouge aux manches longues. Et pour attirer l’attention du public sur l’agilité de ses hanches quand il exhibe les pas de mutuashi, le pionnier de Bayuda du Congo enfile autour des reins une sorte de ceinture en tissu. A chaque concert, son groupe met le show qui fait, même sans s’y attendre, danser de nombreux fans qui se déplacent pour se divertir et voir jouer leur chanteur préféré. Certains fanatiques vont même jusqu’à envahir la scène, non seulement pour exhiber des pas du mutuashi, mais aussi pour aller coller des billets de banque sur les fronts des danseurs ou les glisser dans leurs mains. Bref, avec Lelimba wa Kutshila, le Bayuda du Congo fait du spectacle. {{DU COMMERÇANT AMBULANT AU CHANTEUR DE TRAIN}} Originaire du Kasaï occidental, Joseph Ilunga Kankolongo – c’est son nom – est né le 30 juin 1960 à Kananga, le jour même où le Congo belge accédait à son indépendance. Fils de Gustave Kankolongo et de Joséphine Kalanga, il a fait ses études pédagogiques dans sa ville natale. Après l’obtention de son diplôme d’Etat, il s’inscrit à l’école de formation des officiers, où il commence à faire de la musique. Trois ans après, il abandonne la formation pour se lancer dans le commerce. Commerçant ambulant, Joseph Ilunga vend des articles au Kasaï et au Katanga. Pour ce faire, il emprunte le train qui lui permet de se rendre à Lubumbashi, via Dilolo (Katanga) en provenance de Kananga. Les muses de la chanson les hantent au point qu’il se met à chanter dans le train pour égayer les voyageurs. {{CRÉATION DU GROUPE BAYUDA}} En 1985, Joseph Ilunga forme un petit groupe de chanteurs dans les wagons qu’il sillonne. Ces artistes l’aident à chanter en utilisant juste une bouteille comme instrument. Apprécié par les spectateurs circonstanciels, le groupe est baptisé «Bayuda», sobriquet brandi pour désigner les vendeurs ambulants dans le train. Et lorsqu’en 1987, Joseph Ilunga et ses proches arrêtent le trafic dans le train pour commencer leurs négoces dans les camions qui faisaient des voyages interprovinciales, ils rencontrent, sur leur route menant à Kananga, Kadiyoyo et Arc-en-ciel à Tshikapa. C’est avec ces artistes talentueux qu’ils vont consolider le groupe qui, dès lors, abandonne le commerce pour se consacrer totalement à la musique. Bien qu’amateurs, les Bayuda enregistrent des chansons sur les cassettes et les vendent. {{AVALANCHE DE MALHEURS À KINSHASA}} Le 28 décembre 1992, le groupe arrive à Kinshasa avec l’aide de Badibanga, un producteur providentiel. Il change de nom et devient le Bayuda du Congo. Les premières prestations dans la capitale captivent les Kinois et le groupe arrive à mobiliser 17.500 dollars Us, assure Lelimba. Mais, leur joie est de courte durée. Désabusés, les artistes sont escroqués par le producteur qui s’évapore avec la somme d’argent abandonnant le groupe, regrette Joseph Ilunga. «Nous nous sommes retrouvé abandonnés à Kinshasa, sans familles ni amis, déplore Lelimba wa Kutshila. C’était trop dur, à tel point que nous avons perdu une de nos danseuses qui, n’ayant pas supporté la souffrance, a décidé de toucher aux grigris. Elle a fini par devenir folle». {{ DES ALBUMS EN CASCADE}} Après cette épreuve douloureuse, le Bayuda du Congo trouve un nouveau producteur : M. Mazambi. Grâce à son implication, le groupe se réorganise et réalise son premier album : «Tshiolilo». L’album est bien accueilli à Kinshasa, en RDC et à l’étranger, permettant au groupe de mieux se faire connaître. Dans les années qui suivent, le Bayuda du Congo enchaîne des albums à succès : Grand Kasaï (2004), Lac Mukamba (2006), Union fait la force (2007)... Après sept ans sur le marché du disque, le groupe s’apprête à larguer un nouvel album qui sera intitulé «Nzolo katondi». Les artistes fidèles à Lelimba sont présentement en studio pour la préparation de cet opus qui sort au cours de ce mois de mai. {{DANS LA COUR DU ROI}} Très actifs, les artistes de l’«Empereur de Bayuda du Congo» jouent tous les vendredis, samedis et dimanches dans quelques restaurants de la capitale (Free Box, Miss belle, Willy Les honnêtes). Mais, ils ne sont plus au grand complet comme à Tshikapa, Wemba Kadiyoyo ayant quitté l’ensemble pour évoluer ailleurs et Arc-en-ciel étant décédé. Fier du passé glorieux, Lelimba se souvient encore du périple que son groupe avait effectué en Europe en 2001. Le Bayuda du Congo était alors reçu par le Roi Albert II de Belgique qui a retenu le groupe au délà de trois mois reglementaires, raconte-t-il. Le séjour s’est prolongé jusqu’à trois ans. Mais au moment du retour, seuls cinq musiciens sur les 18 du groupe sont rentrés en RDC et les autres sont restés en Europe après avoir eu leurs papiers. {{ SOMBO KAPINGA, LE PILIER DU PATRON DE BAYUDA DU CONGO }} Si l’évasion de ses musiciens et le périple tumultueux de son groupe troublent encore sa conscience, Joseph Ilunga Kankolongo se console auprès de son épouse qui lui sert de soutien indéfectible lors de dures épreuves. Avec leurs cinq enfants, dont trois filles et deux garçons, Sombo Kapinga Chouchou et son époux tâchent de consolider leur foyer, en misant notamment sur la prière. «J’apprécie beaucoup les chansons de mon mari, commente Sombo Kapinga. Il prodigue des conseils à ses nombreux fanatiques. Il suffit juste de les écouter pour comprendre les messages. C’est pourquoi je le soutiens, et surtout à travers mes prières, parce que le monde de la musique est plein de mystères. Ce n’est pas tout le monde qui est content de son exploit !». Soucieuse du bien-être de son mari, Chouchou Sombo se plaît à lui préparer le ‘’bidja’’ (fufu, pâte de farine de maïs) au ‘’ndakala’’ (frétins) ou ‘’mikebuka’’ (poissons fumés), associés au ‘’dongo-dongo’’ (ibiscus). Pas étonnant qu’après ce plat qu’il délecte tant, Lelimba wa Kutshila se mette à frédonner quelques refrains de Madilu ou de Pépé Kalé. Ses vedettes favorites. Et si l’occasion le permet, il va se régaler en regardant les matches de football ou les combats de catch et de karaté. {{Claudia Mianda/Stagiaire de l’IFASIC & Yves KALIKAT}}
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