EDUCATION SPECIALISEE EN RDC
Halte à la discrimination des sourds-muets
lundi 20 mars 2017

Les sourds-muets sont des personnes souffrant de la surdi-mutité. Par conséquent, elles ne peuvent ni entendre ni parler. Comme la plupart d’autres personnes vivant avec handicap,les sourds-muets sont victimes de discriminations sociales de tous genres. Souvent, les responsabilités sont partagées entre les parents de ces enfants sourds-muets, les éducateurs, la société et l’Etat qui doit en fait créer un environnement qui pourrait stimuler et encourager ces handicapés.

Pour Paulin Makoko, activiste des droits des personnes vivant avec handicap, le sourd-muet possède un quotient intellectuel normal. Il est physiquement apte. Son seul problème c’est la communication. D’où la difficulté de son intégration dans les milieux socioprofessionnels. Dans la société, il souffre du manque d’attention. Pour s’exprimer, il lui faut des signes. Mais, combien dans la société maîtrisent le langage gestuel ?
Selon le même activiste, chaque fois que l’on voit un sourd-muet s’exprimer et interpréter la langue des signes , c’est qu’il a étudié. Mais, souvent ils sont orientés vers le cycle cours. En fait, c’est difficile pour un sourd-muet d’exercer certaines fonctions dans la société. Car, les entreprises les considèrent comme budgétivores dans la mesure où il faut leur joindre toujours un interprète.
Lui-même, interprète des sourds-muets, à la Chapelle des Vainqueurs Limete, Paulin compte vingt-huit hommes et femmes dans son groupe. Parmi eux, des menuisiers, des maçons, des couturiers, des esthéticiennes… Le grand obstacle au développement des sourds-muets, c’est la discrimination dont ils sont l’objet dans la société, dit-il. « Quand nous voulons construire une maison, nous pouvons proposer nos amis qui sont maçons, ils ne sont pas acceptés. J’ai ici deux diplômés d’Etat en construction, donc niveau A2, Kapaya Félix et Somwe François. Même, ceux qui travaillent à titre personnel, ce n’est pas du tout rose. Car, leur travail bien que de meilleure qualité, n’est pas payé correctement ».
Or, ce sont des hommes et des femmes aptes. Citons les cas de quelques-uns qui se sont distingués. M. Kayumba est gradué de l’ISP/Kisangani, actuellement chef du personnel au ministère du Travail. Professeur au centre de Kabambare, M. Guillaume Basa, lui, est licencié en pédagogie appliquée. Actuellement, il est le vice-président de l’Association des sourds-muets de Kinshasa. Pourquoi alors la plupart des sourds-muets n’émergent-ils pas ?

FORMATION BACLEE
Selon un assistant social, les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs progénitures. Il se fait que, pour le cas des sourds-muets, les parents négligent leur éducation. On les laisse trainer dans les rues sans rien faire. Quand on les inscrit, c’est souvent en retard, ils ont perdu le reflexe d’apprentissage. Et souvent aussi, les parents ne croient pas en la capacité des enfants sourds-muets.
Les parents, eux, rejettent la responsabilité aux structures de formation appropriées. Souvent, la formation donnée à ces enfants est minimaliste, non-approfondie. La vision inculquée à l’élève sourd-muet se limite à l’encourager au prosaïsme. On ne stimule pas l’ambition là où elle n’existe pas. On n’encourage pas l’ambition quand elle existe dans le chef de l’enfant sourd-muet.
Or, pour certaines de ces écoles, le manque de moyens est à la base de la contre-performance. Certaines écoles qui recevaient des dons pour la formation des personnes vivant avec handicap en général, et en particulier des sourds-muets, ne reçoivent plus de subsides. Conséquences, ces écoles font figure de parent pauvre. Il suffit d’ajouter le mauvais paiement des enseignants, la catastrophe atteint ainsi son comble.
« Le ministère des Affaires sociales qui s’occupe de la formation spécialisée des enfants handicapés n’est presque jamais présent », affirme un enseignant. Or, c’est à lui qu’incombe le rôle de rendre la société globale sensible aux problèmes des sourds-muets.

DES BARRIERES INFRANCHISSABLES
Trouver l’emploi demeure un rêve inaccessible pour un sourd-muet en RDC. Le manque de compétitivité de l’enfant sourd-muet se manifeste en ce qu’il n’est pas présent sur le lieu de recrutement. Il est souvent relégué aux petits travaux : cireur, portefaix ou porteur. Là où on l’apprécie, il est tailleur, menuisier, esthéticienne. En fait une vision étriquée, limitée.
Un autre élément de discrimination, son accès à l’actualité est tout aussi limité. Si l’on considère la télévision, il n’y a que la RTNC qui diffuse les informations avec un interprète pour sourd-muet, Roger Munsi. Aucune autre chaîne ne fait de cela une priorité. Bien plus, aucun discours officiel n’est interprété en langue des signes.
Zéphy VULA

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