DU RIFIFI DANS LE COUPLE BELGO-CONGOLAIS
"Tintin au Congo" appartient au passé !
jeudi 20 avril 2017

* Le Gouvernement belge doit savoir qu’il appartient au Président de la République Démocratique du Congo, pays souverain, de désigner son Premier Ministre.

Ça vole bas entre la Belgique et la RDC. A la base de ce énième accès de tension, la nomination par le chef de l’Etat congolais de Bruno Tshibala au poste de Premier ministre. Dans ses différentes prises de position, le gouvernement belge estime que cette nomination énerve l’Accord du 31 décembre 2016. Ingérence inacceptable dans les affaires intérieures rétorque l’Exécutif congolais. Kinshasa a même été jusqu’à suspendre la coopération militaire avec Bruxelles. Ce rififi dans le couple belgo-congolais inspire plus d’un analyste politique. C’est le cas de cette tribune rédigée par un souverainiste.

L’histoire du couple belgo-congolais est particulière à maints égards. La manière dont ce petit Royaume, créé en 1830 entre la Hollande, l’Allemagne et la France, s’est intéressé à l’Afrique en 1885 apparaît en soi surprenante. Ce pays a été entraîné dans le système colonial, presque à son corps défendant, par son Roi, qui selon les règles de l’époque, lui a quasiment offert l’immense territoire que le souverain croyait posséder en Afrique Centrale.

La colonisation belge elle-même s’est également montrée singulière. La Belgique a géré le Congo selon une doctrine obscurantiste poussée à l’extrême. Alors que la Grande Bretagne et la France, qui détenaient, selon le même système colonial, des territoires géographiquement proches, formaient aux sciences, à la technique et à la gestion ceux que l’on appelait à l’époque « les indigènes » ; Bruxelles s’imaginant pouvoir rester éternellement en Afrique, s’est évertuée à maintenir les Congolais dans l’ignorance. Cet apartheid touchait tous les aspects de la vie, aussi bien pour ce qui concerne l’habitat que les aspects culturels, sportifs, éducatifs et autres.
Les Belges se montreront aussi distraits face à la vague de la décolonisation qui, dès le milieu des années 1950, progressait en Afrique. En effet, jusqu’en 1955, les élites politiques belges prétendaient encore que leur colonie ne saurait suivre les courants historiques qui modifiaient les rapports politiques entre, d’une part, les métropoles et, d’autre part, les colonies.
La précipitation avec laquelle la Belgique a décidé d’accorder l’indépendance au Congo-Belge témoigne une fois de plus du caractère superficiel avec lequel les élites politiques belges analysaient la réalité de leur colonie. Bruxelles a abandonné les treize millions des Congolais de l’époque sans une quelconque préparation adéquate.
Même le jour de la proclamation de l’indépendance du Congo-Belge, le 30 juin 1960, la Belgique, à travers le discours de son Roi, montra à nouveau qu’elle ne se donnait aucune peine pour comprendre la psychologie ni du peuple avec lequel il avait vécu, ni celle du moment traversé. Le Roi des Belges, Baudouin 1er, prononça à cette occasion un discours d’une telle maladresse que tout Congolais, digne de ce nom, ne pouvait supporter. Comme l’on pouvait s’y attendre, Patrice-Emery Lumumba y rétorqua par une allocution restée célèbre. A maints égards, cette prise de parole constitue le socle idéologique du souverainisme congolais jusqu’à ce jour.
Pendant de nombreuses années, et notamment sous Mobutu, les rapports entre la Belgique officielle et le pouvoir de la RDC ont évolué en dents de scie. Bruxelles a souvent feint d’ignorer que son poids dans le concert des Nations Européennes doit beaucoup à la qualité de ses relations avec Kinshasa.
Aujourd’hui encore Bruxelles a l’outrecuidance de vouloir montrer à la face du monde, et notamment de l’Europe, qu’elle demeure le maître de la RDC. Si à Bruxelles, l’on a oublié le discours de Patrice-Emery Lumumba du 30 juin 1960, à Kinshasa on en fait au contraire le noyau central de la doctrine de notre souveraineté.

EXIT L’EPOQUE DU DIKTAT

En ce XXIème siècle, presque 60 ans après la proclamation de l’indépendance, certaines autorités belges, refusant de s’adapter aux réalités d’un monde en mutation, pensent, naïvement pouvoir encore dicter leur volonté aux dirigeants de Kinshasa. D’aucuns veulent nous apprendre à lire les textes que nous avions rédigés nous-mêmes. Allant plus loin, d’autres s’imaginent que nous pourrions accepter qu’ils s’autorisent à faire le choix de nos dirigeants, fussent-ils ceux de l’opposition.
« Tintin au Congo » appartient au passé, un antécédent qui ne se reproduira plus jamais. Les politiciens belges devraient prêter une oreille attentive aux sages conseils prodigués par leur compatriote, la journaliste Collette Braeckman : « il faut un peu de retenue ». En définitive, le Gouvernement belge doit savoir qu’il appartient au Président de la République Démocratique du Congo, pays souverain, de désigner son Premier Ministre.
Je reprendrais sans hésiter le twitt publié, le lundi 18 avril 2017, par l’ancien Ministre André FLAHAUT, « en tant qu’homme politique, j’ai toujours plaidé pour un partenariat intelligent entre l’Afrique et l’Union Européenne et ce sur le long terme ».
Ainsi, le couple belgo-congolais né au hasard des circonstances historiques devrait se fonder sur d’autres règles de fonctionnement conformes aux valeurs actuelles basées sur l’égalité et le respect mutuel. KM/CP

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