SELON UNE PROJECTION DE LA BANQUE MONDIALE
L’Afrique en passe d’atteindre une croissance de 2,6% en 2017
vendredi 21 avril 2017

L’Afrique va connaître une croissance économique de l’ordre de 2,6% en 2017. C’est du moins ce qu’affirme Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale. Au cœur d’une conférence de presse le 19 avril dernier au siège de cette institution de Breton Woods à Kinshasa, l’intervenant a tenu à livrer les principaux résultats de la 15ème édition d’Africa’s Pulse, une publication semestrielle de la Banque mondiale, qui analyse l’état des économies africaines et permet de projeter la croissance dans un horizon proche.

C’est devant un parterre des journalistes économiques de la République démocratique du Congo, du Congo-Brazzaville, du Burundi, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Sénégal… qu’Albert Zeufack, délégué par la Banque mondiale, a présenté la synthèse du rapport d’Africa’s Pulse le mercredi dernier, en compagnie d’une de ses collègues, intervenant sur vidéoconférence.
D’après l’économiste en chef de la Banque mondiale, la croissance économique annoncée est un léger rebond par rapport à la croissance de 1,3% du PIB qu’on a enregistrée en 2016, bien que ce fut une année difficile. "Ladite croissance en vue sera, selon l’intervenant, portée par une amélioration légère des cours des matières premières. Elle va également être portée par une amélioration sensible de la croissance globale et des conditions dans certaines économies africaines. Mais, il est important de noter que cette croissance demeure à vitesse multiple".

ESPOIR A L’HORIZON

Aux dires de l’économiste en chef de la Banque mondiale, ’’les plus grandes économies comme le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Angola continuent de peiner, avec à peine une croissance de 1%, pendant que dans d’autres économies en Afrique, la croissance s’élève à plus de 6% par an.
Ces économies, qui représentent plus du tiers du continent, incluent l’Ethiopie, le Rwanda, la Tanzanie, le Sénégal, la Cote d’Ivoire, le Mali, la Tanzanie. Constituant l’Afrique résiliente, elles continuent à porter la croissance africaine à un niveau acceptable’’.
"Bien que cette croissance soit appréciable à 2,6%, elle reste inférieure au taux de croissance de la population, souligne qu’Albert Zeufack. Le poids démographique en Afrique est tel que la croissance doit croître au-dessus de 7% pour avoir une croissance par tête. Autant nous pouvons être contents que l’Afrique reprenne, autant nous devons également continuer à réformer, nous assurer qu’à l’horizon 2018, nous puissions retrouver une croissance positive par tête d’habitant. Nous projetons que l’Afrique pourra atteindre une croissance à 3,2% l’année prochaine et, en 2019, un peu plus, soit autour de 3,5%".

DES RISQUES EN PERSPECTIVE

Albert Zeufack note toutefois que, sur cette croissance, pèsent des risques sérieux, qui proviennent aussi bien de l’environnement international, que des politiques internes. "Au plan international, dit-il, nous observons qu’il y a des risques dus au protectionnisme dans les grandes économies, portées par le sentiment nationaliste dans certains pays".
"Il y a également, poursuit-il, le risque dû au renchérissement des conditions de financement, renforcé par la normalisation de la politique monétaire américaine, qui a vu un accroissement du taux directeur, qui risque de continuer à augmenter. Et sur le plan interne, les risques viennent de l’instabilité politique dans certains Etats (le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Angola représentent à, eux seuls, près de 60% du PIB de l’Afrique), où des incertitudes politiques et économiques aggravent les risques, affectant significativement la croissance en Afrique".
Autre risque ? "Les économies riches en pétrole et en ressources minières en Afrique, qui continuent à tirer la moyenne de la croissance vers le bas, rentrent dans une phase d’ajustement fiscal, explique l’expert de la Banque mondiale. Le risque est que cet ajustement fiscal s’accompagne d’une baisse de l’investissement".
"Nous avons déjà noté une baisse du taux de croissance de l’investissement en Afrique. En 2008, par exemple, le taux de croissance de l’investissement était à 8% pour l’Afrique Subsaharienne, et il était de -1% en 2015. Donc, l’ajustement fiscal brusque a déjà entrainé un arrêt des investissements publics dans certaines économies africaines", martèle Albert Zeufack.

AMELIORER LES INFRASTRUCTURES

"Et quand on ajuste sans préserver l’investissement, précise-t-il, on risque de refaire les erreurs du passé, et l’Afrique ne pourra pas revenir au taux de croissance d’avant 2013. Il est donc important de continuer les réformes qui renforcent le cadre macroéconomique et permettent plus de stabilité en vue de stimuler l’investissement".
Pour l’économiste en chef de la Banque mondiale, le thème spécial de ce volume spécial porte sur les infrastructures. C’est ici qu’il a insisté sur les réformes. "Ces réformes consistent, d’après lui, à améliorer le cadre et les institutions de promotion du secteur privé, parce qu’il est important de noter que ni l’investissement privé, ni les ressources des pays africains, ni mêmes toutes les contributions des institutions internationales ne suffiront à combler le gap d’infrastructures".
"Le financement du gap en Afrique, assure Albert Zeufack, se chiffre à plus de 48 milliards de dollars par an. Il faut donc des réformes structurelles pour amener des partenariats publics-privés, en vue d’amener un flot d’investissements privés".
L’économiste en chef de la Banque mondiale a insisté sur le fait que ces politiques structurelles n’auront d’impacts que si elles reposent sur la réforme de la passation des marchés publics et elles amènent l’amélioration de l’efficacité de l’investissement privé, et mettant en place des systèmes de mise en œuvre des projets.
Yves KALIKAT

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