A CŒUR OUVERT
Colin Nzolantima : "La gratuité de l’enseignement, c’est possible au Congo"
vendredi 12 mai 2017

Licencié en sciences commerciales et financières de l’Institut Catholiques des Hautes Etudes Commerciales (ICHEC) à Bruxelles, Colin Nzolantima est une figure bien connue dans le monde des affaires, des médias, de l’éducation et dans les milieux des églises. Evangéliste, homme d’affaires, président de la Chambre de commerce chrétienne internationale et de la Fondation El Shaddai, il est parmi les rares Congolais à avoir tenté avec brio l’expérience de scolarisation gratuite des enfants en République démocratique du Congo.

"C’est depuis 1991 que nous avons amorcé l’expérience de la gratuité de l’enseignement en République démocratique du Congo. Nous avons d’abord commencé en 1991 à Kinshasa, puis à Mbanza-Ngungu, au Kongo central", nous confie Colin Nzolantima, confortablement assis dans son bureau implanté aux abords du rond-point Kimpwanza, dans la commune de Kasa-Vubu, à Kinshasa.
"En ce moment-là, relate-t-il, nous avions constaté, dans la commune de Bandalungwa, qu’il y avait beaucoup d’enfants dans la rue. En interrogeant ceux que nous voyions régulièrement flâner sur l’avenue Nkulu, nous avions compris que nombre d’entre eux n’étudiaient pas, tout simplement parce qu’ils n’avaient pas des frais de minerval ! Et c’est là que nous avions trouvé nécessaire de créer une école gratuite où les enfants pouvaient venir étudier, à même le sol. Mais, ce qui était important, c’était de leur donner l’instruction qu’il fallait. Et cela nous a même permis d’éduquer aussi nos propres enfants".

LA CONTRIBUTION DES PARENTS

"Les parents, eux, n’ont pas eu de problème pour céder leurs enfants, affirme Colin Nzolantima. Lorsque j’étais allé une fois prêcher dans une église à la Cité Maman Mobutu, j’avais constaté que beaucoup d’enfants n’étudiaient pas. J’ai encouragé l’église à créer une école gratuite. Sur le champ, cinq minutes après, les structures ont été mises sur place. Et le mardi, l’école a commencé à fonctionner avec 329 enfants qui étudient gratuitement".
"A l’école El Shadaï Lalou, nous avions aussi rassemblé plus de 300 enfants qui étudient gratuitement depuis 2004 - 2005, grâce à l’appui des parents. La mobilisation était également forte à Mbanza-Ngungu, au Kongo central, où nous avions dupliqué l’expérience de Kinshasa. Ici toutefois, nous avions dû nous retirer lorsqu’une école conventionnée, qui gérait cette juridiction, avait voulu récupérer cet établissement scolaire".

L’APPUI DES ENSEIGNANTS BENEVOLES

"Cette expérience, précise Colin Nzolantima, a été aussi rendue possible grâce à la volonté du corps enseignant, constitué des volontaires en chômage. Ces enseignants, nous les avons recrutés parmi des personnes qui étaient pratiquement sans emploi. Elles faisaient partie des gens qui venaient discuter avec nous, à travers un cadre d’échanges, mais elles étaient à vrai dire en chômage".
"Je leur ai dit qu’au lieu de continuer à venir discuter chaque jour, du matin au soir, il était temps que ces enseignants formés changent des mentalités et mettent désormais leurs savoirs au bénéfice de la communauté. C’est vrai que beaucoup sont partis, mais certains ont adhéré à l’initiative", se réjouit Colin Nzolantima.
"Et ce qui était merveilleux, c’est que tous les enfants scolarisés ont pu, dans le temps, évoluer dans d’autres écoles, beaucoup plus formelles. Ils ont tous obtenu leurs certificats d’études primaires avec satisfaction".
"Il y en a même que j’ai croisés dans la rue, vingt ans plus tard, l’un étant devenu technicien, l’autre journaliste dans une chaîne de la place… C’est pour dire que c’est possible que les enfants étudient gratuitement, si chacun de nous y met de sa volonté", fait remarquer le promoteur de cette initiative.

UN BENEVOLAT QUI PORTE DU FRUIT

"Mais, je pourrai dire qu’on a vu la main de Dieu qui a pourvu à ce que chacun puisse recevoir tout ce dont il avait besoin. En participant à cette aventure, chacun y a mis de sa bonne foi. Et personne n’a manqué de quoi que ce soit", atteste Colin Nzolantima.
"On a même étendu l’expérience au cours d’anglais qu’un volontaire a commencé à dispenser, mentionne-t-il. Au bout de trois mois, il me dira qu’il a perçu plus de 600 dollars de la part de quelques personnes qui le lui remettaient d’une manière désintéressée. Six mois plus tard, il a pu mobiliser des fonds nécessaires pour se payer un billet d’avion avec sa famille, afin de se rendre en Côte d’Ivoire où il est installé pour le moment".

SUR LES TRACES D’UN RELIGIEUX GENEREUX

L’aventure osée de Colin Nzolantima n’est pas un fait du hasard. On la comprend mieux lorsqu’on plonge dans le passé profond de l’évangéliste congolais. "Mon père, raconte-t-il, fut orphelin à 9 ans. Conscient de difficultés qu’éprouvent bien d’enfants dans différentes familles à cette époque, Papa Colin Michel (celui dont j’ai hérité le nom en guise de reconnaissance), un frère des écoles chrétiennes, accepta de le récupérer et de le prendre en charge. Il a même coupé sa soutane - ce qui est sacré pour un consacré - pour habiller mon père. Il a fourni tout ce qu’il fallait pour son éducation… ".
"C’est pourquoi, indique l’homme de Dieu, mon père a pu travailler des années plus tard, et nous a payé nos études. Moi et mes autres frères qui évoluent aujourd’hui dans différents secteurs (publicité, ophtalmologie…) en sommes bénéficiaires, grâce au sacrifice de ce religieux qui a coupé sa soutane".
"C’est pourquoi, confesse Colin Nzolantima, moi aussi, en grandissant, je me suis dit : ’’Pourquoi ne pourrai-je pas donner la chance à d’autres enfants qui aimeraient bien étudier ?’’ C’est ainsi que les parents que j’ai mobilisés n’ont pas hésité à nous confier leurs enfants qui étaient dans la rue. Ils n’avaient pas le choix ! Qui est donc ce parent qui refuserait qu’on prenne en charge son enfant pendant qu’il va boire et danser ? Nous avons ainsi récupéré des enfants et, avec eux, nous avons commencé à les faire étudier gratuitement".

DES ACTIVITES GENERATRICES DES REVENUS

Pour que cette expérience arrive à perdurer dans le temps, Colin Nzolantima a mis sur pied une stratégie adéquate. "J’ai compris, dit-il, qu’il ne s’agit pas seulement ici de prendre en charge les enfants, encore faut-il développer dans leur environnement des activités génératrices des revenus. Nous avions à la longue mis à la disposition des enfants des champs agricoles qui pouvaient financer leurs études et payer les salaires des enseignants".
"Par ailleurs, avoue l’opérateur économique congolais, j’ai écrit des livres sur les affaires et dispensé plusieurs formations. J’ai, par ailleurs, développé bien d’autres activités pour, justement, contribuer à l’autofinancement de la scolarité des enfants. C’est au regard de cette expérience que je suis aujourd’hui convaincu qu’il est possible, dans notre pays, de faire étudier tous les enfants gratuitement".
A titre illustratif, Colin Nzolantima brandit un exemple tiré d’un projet agricole. "Si on devrait considérer que la RDC regorge 11 millions d’enfants scolarisés, comme le révèlent les statistiques du ministère de l’Enseignement Primaire et Secondaire. Si chacun des écoliers plantait ne fut-ce que dix graines de papayers au début de l’année. Après six mois, nous aurions autour de 110 millions de papayers qui produiront 4,4 milliards de papayers. Puisqu’un papayer produit au moins 40 papayes", argumente l’économiste congolais.
"Par conséquent, assure Colin Nzolantima, si l’on devrait vendre chaque papaye à 50 cents, nous aurons perçu 2,2 milliards de dollars américains. Il y a donc possibilité d’utiliser les moyens du bord pour financer l’enseignement. Je vois ainsi très mal des enfants, encore moins ceux de l’école maternelle, qui refuseraient de jouer à jeter des grains sur le sol ! Il y a aussi possibilité d’intégrer les parents dans ce processus, sans que ce ne soit nécessairement un fardeau pour le Gouvernement. Au regard de ce modèle, je suis convaincu que la gratuité de l’enseignement est bien possible au Congo". Yves KALIKAT

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