AUTOPSIE D’UN LIVRE
Ntantu-Mey décrypte ’’La saison sèche est pluvieuse…’’ d’Isidore Ndaywel
jeudi 19 octobre 2017

Ministre honoraire des Transports et Communications, Jean-Marie Ntantu-Mey est un opérateur culturel et acteur de la Société civile de renom. Promoteur de la bibliothèque ’’Kiese Mey’’, ce passionné de la lecture sera ce week-end au cœur d’un échange sur ’’La saison sèche est pluvieuse, l’audace de dresser le front pour un autre Congo’’, le tout récent ouvrage de l’historien congolais Isidore Ndaywel è Nziem. Prévue pour ce samedi 21 octobre au siège des éditions Médiaspaul (10ème rue Limete industriel), cette conférence-débat va réunir des intellectuels de différentes disciplines. Abordé en prévision de ce rendez-vous culturel, Jean-Marie Ntantu-Mey passe au crible ce livre d’Isidore Ndaywel.

Monsieur Ntantu-Mey, vous vous êtes beaucoup impliqué dans la promotion du récent ouvrage de l’historien Isidore Ndaywel. A quoi est due cette motivation ?

Au nom de la confrérie des artistes et hommes de culture, regroupés au sein du Conseil National de la Culture et des-acteurs de la Société Civile, je ne pourrais être indifférent au génie et à l’œuvre d’un intellectuel aussi fertile que le professeur Isidore Ndaywel è Nziem. Je tiens ainsi à le remercier très sincèrement pour avoir bien voulu associer ma personne à la présentation de son dernier ouvrage : ’’La saison sèche est pluvieuse, l’audace de dresser le front pour un autre Congo’’.Cet ouvrage a été porté sur les fonts baptismaux le 23 septembre dernier, soit trois mois seulement après une autre publication du même auteur. ’’L’Invention du Congo contemporain : Traditions, mémoires, modernités’’ a, en effet, étéprésentée le 13 juin dernier au Centre Wallonie-Bruxelles. Il faut donc disposer d’un prodigieux esprit créateur et d’une volonté, accompagnée des moyens, pour faire comme Isidore Ndaywel !

En quoi la thématique exploitée vous a-t-elle stimulé ?

Si certains compatriotes, grands penseurs, ont choisi de vivre sous d’autres cieux, jugés plus fertiles pour la semence des leurs idées, d’autres par contre, parmi lesquels le professeur Ndaywel, sont restés au pays pour continuer à lutter de l’intérieur, avec espoir que leurs idées finiront par triompher un jour sur le matérialisme. Car, nulle part au monde, l’on a réussi à bâtir une société durable sans la contribution de véritables penseurs !Que de cerveaux de l’Afrique ne se sont exportés en Europe, en Amérique ou en Asie à la recherche d’espace où le produit intellectuel est rémunéré à juste titre ! Et pourtant, dans leurs propres pays,ce sont le plus souvent les producteurs de la culture de détente seulement et les débrouillards qui s’en sortent mieux...

A qui concrètement faites-vous allusion ?
Notre élite intellectuelle, doublée de scrupule,est otage de sa formation et de sa droiture. La manière dont le professeur savant, Malu wa Kalenga, les artistes Norbert Mikanza Mobyem (créateur du théâtre le Petit nègre et 1er organisateur du Théâtre National), Tshitenge Nsana (initiateur du Théâtre groupe Salongo), Edi Angulu (auteur de ’’Adieu Mobutu’’ et de ’’Les enfants de Mobutu et de Papa Wemba’’) et tant d’autres personnalités de l’élite de notre pays ont quitté cette terre des hommes peut nous en dire long.

Qu’avez-vous personnellement retenu après lecture de ce livre ?

’’La saison sèche qui est pluvieuse…’’ nous donne l’audace de dresser le front pour un autre Congo où il ferait mieux vivre. Non seulement pour ceux dont la chance est "Eloko pamba" (à la portée de mains), mais aussi pour les érudits qui sont convaincus que, pour une société normale, le nivellement se fait par le haut et non par le bas.Car, il est rarissime qu’un chef de service puisse "se battre" pour redevenir un simple agent, plutôt que d’obtenir une promotion au poste de sous-Directeur, Directeur, Secrétaire Général, etc. Ce n’est qu’ici chez nous, où l’on préfère souvent demeurer Lieutenant, Adjudant ou Capitaine lorsqu’une promotion peut vous éloigner d’une proximité plus fertile, que dans un bureau plein de "sécheresse" et où l’on est obligé d’attendre une manne de ses collaborateurs.Cette situation paradoxale nous conduit au 1er chapitre intitulé "Un royaume des paradoxes" et qui constitue le résumé de l’essentiel, d’autant que c’est justement l’analyse clinique du corps social qui nourrit et régente nos paradoxes.

Que préconise l’auteur pour remédier aux vices qu’il dénonce ?
Le diagnostic, la thérapeutique proposée et son mode d’administration expliquent et justifient le titre.’’La saison sèche n’a pas tout desséché, la pluie peut encore permettre une certaine régénérescence.Question tout simplement pour les uns et les autres de prendre conscience et d’activer, pour ce faire, toutes les énergies spirituelles, matérielles et techniques’’. L’auteur soutient que ’’la dynamique doit être prioritairement interne, car il serait naïf de compter sur ceux qui, logiquement, craignent la concurrence d’un Congo émergeant ou sur ceux qui, jaloux de leur hégémonisme, n’accepteraient pas d’être "gênés" par le potentiel de la Rdc’’.

Est-ce pour dire que le malheur des Congolais est voulu par les étrangers ?
Le rappel historique que fait l’auteur (pp. 22.73) démontre le dynamisme que nourrissaient les Congolais pour leur émergence et la malice du colonisateur, qui a délibérément créé et multiplié des conflits pour freiner l’élan des Congolais dans leur quête du bien-être et du vivre ensemble. La reconquête indispensable de l’éthique citoyenne qu’il préconise, par la suite,passe par l’intériorisation et l’appropriation de l’interpellation de Mgr Monsengwo que l’auteur reprend en pages 77-78.La catharsis devra nous permettre de nous débarrasser du vieil homme, à l’interne comme à l’externe (diaspora), d’autant que, même du lointain, les réflexes sont toujours assimilables à ceux du terroir (pp.115-128).

Comment l’auteur envisage-t-il alors le réveil des Congolais ?
Des éléments pertinents de réponse à cette question sont ceux que l’auteur nous propose dans un extrait de l’allocution de Mzee Laurent-Désiré Kabila, qu’il reprend à la page 131.’’Dès lors qu’on aura compris qu’on est soi parce qu’existe l’autre, on n’hésitera pas à appliquer les principes fondamentaux du vivre ensemble. En conséquence, ceux qui s’exercent en politique devront comprendre qu’ils sont, avant tout, au service des autres, dans le contexte où la politique est considérée comme un sacerdoce, contrairement à ce qui s’observe aujourd’hui où la politique se décline en pouvoir et en argent (133-142), en sécurité sociale’’, comme le dit l’auteur à la P. 140.

Y a-t-il une lueur d’espoir pour le Congo dans l’ouvrage de Ndaywel ?

Dans sa vision du "nouveau Congolais ou du Congolais nouveau", l’auteur dissipe le défaitisme décrit dans son livre. Il propose à cet effet la révisitation de l’architecture institutionnelle, pour autant que les prescrits soient clairs, tant au niveau de l’écrit qu’à celui de l’application (pp. 175-202). Il prône ’’la révolution des intelligences et la conquête de nos propres valeurs’’, tout en formulant une mine de propositions novatrices à la disposition des Congolais. Et cela dans les domaines les plus diversifiés, comme il l’écrit à la page 262 : "Préconisons donc la mobilisation de tous les citoyens de bonne foi à faire du Congo une ’’terre nouvelle’’. Il faut donc s’en convaincre... Les savoirs sont disponibles dans toutes les disciplines.Soyons de ceux qui osent prendre leurs responsabilités, pour ne pas laisser cette société à la merci des copains et des coquins. Car, il est plus valorisant de célébrer les victoires qui sont des fruits de ses propres combats, plutôt que de se contenter de voler au secours de celles d’autrui". Propos recueillis par Yves KALIKAT

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