EN PRESENCE DE FELIX TSHISEKEDI ET PIERRE LUMBI
Delly Sesanga : "la loi électorale consacre le recul de l’Etat de droit"
lundi 4 décembre 2017

Le Coordonnateur de l’Alternance pour la République (AR), Delly Sesanga, a, au cours d’une matinée politique organisée hier à Kinshasa appelé le peuple à se mobiliser pour barrer la route à la confiscation de la démocratie. Pour l’élu de Luiza, la loi électorale en cours de traitement à la Représentation nationale serait "liberticide, anticonstitutionnelle, confuse et restrictive".

L’AR, la plateforme qui soutient la candidature de Moïse Katumbi à l’élection présidentielle à venir a engagé un combat contre le projet de loi électorale en cours d’examen à la Chambre basse du Parlement. Par la bouche de son coordonnateur, Delly Sesanga, ce regroupement politique indique que "l’Assemblée nationale vient d’être transformée en un hôtel d’immolation de l’Etat de droit pour la survie politique d’un petit groupe ". L’élu de Luiza l’a dit au cours d’une matinée politique organisée hier dimanche 3 décembre au siège de l’Envol. Et ce, en présence de deux éminentes personnalités Rassemblement, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, président de ladite plateforme et Pierre Lumbi, président du Comité des Sages. Sans y aller avec le dos de la cuillère, Delly Sesanga a dit à haute et intelligible voix que la loi présentée est liberticide, anticonstitutionnelle, confuse et restrictive. Selon le Coordonnateur du regroupement pro Katumbi, ce projet de loi aurait "pour vocation de confisquer ce qui est essentiel et fondamental à la démocratie : le droit de vote. C’est une loi d’allégeance à la dictature qui consacre un recul indéniable pour la consolidation de l’Etat de droit et rompt la concorde intérieure. On ne peut, dans une démocratie, modifier le mode de scrutin à la veille des élections ! ", a déploré l’élu de Luiza.
Delly Sesanga rappelle que les impératifs du contexte politique actuel concernent l’accélération du processus électoral afin de juguler la crise que traverse le pays et laquelle selon le Coordonnateur de l’AR n’aurait que trop duré. Sesanga estime que la loi électorale devrait offrir, comme base légale, les garanties nécessaires quant à la crédibilité dudit processus. "Contre cette voie de la raison et de la paix, la Majorité tente, encore une fois de plus, d’imposer à la nation une loi électorale autant discriminatoire qu’antidémocratique. Avec cette loi, nous devons dire : adieu l’auto-détermination du peuple congolais ! Tout y est bien fait pour empêcher aux Congolais d’être représentés et dirigés par ceux qu’ils ont élus " fait-il remarquer. "Plutôt que de résoudre le vrai problème simple de faire respecter la répartition des sièges sur le résultat de l’enrôlement et non plus sur les données du recensement, le projet de loi du gouvernement n’apporte pas plus sinon une confusion qui augure de graves troubles et contestations au bout du processus électoral. Les prétendues innovations dont on parle ne sont que les moyens d’institutionnaliser la confiscation de notre démocratie chèrement conquise au prix du sang, par l’instrumentalisation du droit de vote ".

Des points de fraude
L’AR et Delly Sesanga épinglent en premier lieu le seuil de représentativité. Selon l’élu de Luiza, introduit comme condition d’éligibilité des candidats d’un parti politique, ce seuil ne serait qu’un mécanisme antidémocratique mis en place pour tenter de légaliser la fraude. " Pour y parvenir, la Majorité passe par trois voies : la restriction de l’espace politique par l’aggravation des exclusions. On ne peut pas lutter contre la multiplicité de partis politiques en apportant des confusions et des règles-cadre de la fraude et l’arbitraire dans la loi électorale. L’arbitraire ainsi élevé en principe légal, conduirait très facilement à la non-proclamation de certains meilleurs candidats comme élus, nonobstant la popularité dont ils jouissent dans leurs circonscriptions à cause de la faiblesse de leurs camarades du parti dans d’autres circonscriptions… Et pourtant, l’exigence de transparence impose aux présidents des bureaux de vote d’afficher le résultat du dépouillement, et à ceux des bureaux de compilation de faire de même, en réservant copie du PV à tous les témoins. Le seuil du suffrage national (3%) vide les PV issus de bureaux de vote et de compilation de leur valeur tout en laissant à la centrale et aux secrétaires exécutifs provinciaux de la Céni toute liberté de manipuler les résultats au travers de calcul du seuil, et établir, par arbitraire, la liste des partis éligibles aux sièges ", a-t-il fait savoir.
Et donc pour Sesanga et ses camarades de l’AR, le seuil de représentativité empêcherait l’alternance et militerait pour le maintien du pouvoir. Enfin, l’abolition du principe de représentativité nationale par la garantie de la sous-représentation de certains partis par une symétrie de la représentation.
Il y a ensuite la machine à voter. Delly Sesanga est convaincu qu’avec cette machine et dans la condition d’une élection avec implication du seuil, les PV des bureaux étant devenus inutiles, aucun candidat lésé n’aura des pièces nécessaires, du reste non définies pour revendiquer son élection. Finalement, la Constitution et les lois du pays consacrent la liberté de manifestation au même titre que la liberté d’aller et revenir. "On ne peut admettre une moindre restriction de la liberté de manifester pendant la campagne électorale. On le voit donc : les prétendues innovations étouffent et liquéfient le système de la proportionnelle de liste et détruit la démocratie en élevant simplement la confusion au rang de principe électoral pour faciliter la fraude ", s’est-il exprimé.
KD

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