LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN RDC
Voici la confession intime de Modeste Bahati devant les sénateurs
lundi 8 janvier 2018

* "Même ceux de l’Opposition qui crient de l’extérieur, une fois dans la gestion, font parfois pire que ceux qu’ils accusaient", déclare le ministre d’Etat en charge du Plan.

Comment éradiquer la corruption en RD Congo ? "C’est difficile", répond sans ambages Modeste Bahati Lukwebo, devant des sénateurs réunis en plénière mercredi 3 janvier en cours. "Même ceux de l’Opposition qui crient de l’extérieur, une fois qu’ils accèdent au pouvoir, font parfois pire que ce qu’ils avaient toujours reproché à ceux qui les avaient précédés", renchérit le ministre d’Etat en charge du Plan. Secret de confessionnal ? Loin, s’en faut !Modeste Bahati sait de quoi il parle.

Dans ce qui ressemble désormais à une confession intime de ce début d’année 2018, le ministre d’Etat congolais en charge du Plan ne s’arrête pas en si bon chemin. Face à l’ampleur d’une corruption systémique érigée en mode de gestion, Modeste Bahati Lukwebo en a appelé à une prise de conscience collective des dirigeants de la RD Congo. "Il nous appartient tous de prendre conscience, de dire que nous avons assez fait du mal à notre population et qu’il faudrait mettre fin à ce fléau (ndlr : la corruption) qui constitue un véritable frein au développement du pays",ajoute encore le numéro 1 du Plan, dans un timbre vocal et un débit qui n’avaient rien à envier à celui d’un calotin en plein office. Pourvu qu’il soit entendu !

UNE GANGRENE AU PARTENARIAT PUBLIC-PRIVE
Pays potentiellement riche, la RD Congo offre d’importantes opportunités aux investisseurs éventuels tant nationaux qu’’étranger. D’où, l’impératif d’une loi appropriée qui offre une sécurité juridique et judiciaire à tous ceux qui apportent leurs capitaux au pays. Voilà qui justifie la présence, mercredi dernier, de Modeste Bahati Lukwebo à la « Chambre des lords » du parlement rd congolais. Face aux sénateurs, le numéro 1 du Plan s’était ainsi livré au traditionnel exercice de faire l’économie du projet de loi portant partenariat public- privé, en examen depuis la semaine dernière au Parlement.

Dans son exposé, Modeste Bahati a souligné l’intérêt, pour la RD Congo, à se doter d’un texte qui réglemente ce partenariat voulu gagnant-gagnant. Etant donné que la loi touche des secteurs transversaux de la vie nationale, le ministre d’Etat en charge du Plan a étayé son argumentaire par des exemples concrets. Tous, allant dans le sens de sécuriser les investisseurs. En ce qui concerne l’éducation, par exemple, l’hôte des sénateurs a précisé que le projet de loi qui attend le quitus de ces derniers, a le mérite de requalifier le système d’enseignement en RD Congo, honni par tous.
Cependant, des voix s’élèvent de plus en plus, pour dire que le Gouvernement doit d’abord placer le curseur sur la lutte contre la corruption, avant de proposer une loi qui constituerait un garde-fou du partenariat public-privé. Toutes les flèches empoisonnées sont donc tirées en direction de ceux qui détiennent une parcelle de responsabilité. On accuse les dirigeants du pays, de suggérer des pratiques frisant la mafia. " La fameuse signature finale du chef", négociée moyennant un pourcentage qui, parfois, représente le tiers du capital de quiconque voudrait bien investir en RD Congo. Moralité, l’intéressé, découragé, se résout d’aller voir en dehors des frontières du pays.

Nul pays du monde ne doit son développement et le bien-être de sa population aux pots-de-vin. A plus d’un égard, la maffia est un mal. Une véritable gangrène. La difficulté à combattre ce mal, est que la pratique est totalement souterraine. Le jeu se joue entre le corrupteur et le corrompu, souvent par personnes interposées. Ce qui rend la lutte inefficace. Toutefois, certains observateurs pensent que le silence des victimes (consentantes ou contraintes) , serait à la base de l’ampleur de la corruption en RD Congo.
Laurel KANKOLE

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