A LA SUITE DU DECES DU PROF SERAPHIN NGONDO DE L’UNIKIN
L’Afrique perd l’un de ses baobabs en démographie
vendredi 19 janvier 2018

La Faculté des Sciences économiques et de Gestion, plus précisément le Département de Démographie de l’Université de Kinshasa (UNIKIN) vient d’enregistrer une énorme perte avec la disparition du prof. Séraphin Ngondo. Celui-là même qui était considéré comme l’un des tous premiers démographes congolais a tiré sa révérence le lundi 8 janvier en cours. Les membres de la Faculté et ceux de son Département qu’il a lui-même formés et qui sont devenus, par la suite ses collègues et collaborateurs reconnaissent en lui la qualité d’un homme de rigueur. Tous reconnaissent à l’unanimité que sa mort crée un vide au sein de la famille des démographes congolais. Joignant sa voix à celles de la communauté scientifique de Alma mater de la « colline inspirée », des Etats-Unis où il se trouve, le Prof. Pierre Ndolamb révèle que l’Afrique perd l’un de ses baobabs en démographie.

Avec le décès du Professeur Ngondo, l’Afrique perd l’un de ses baobabs en démographie. Professeur Ngondo était l’un de tous premiers démographes congolais, formés au Congo et en Belgique. Il a lui-même formé des générations de démographes qui font aujourd’hui la fierté de la RDC au Congo, en Afrique et à travers le monde. En ce qui concerne son territoire d’origine d’Ilebo, il faut noter que le Professeur Ngondo fait partie de la première génération des étudiants universitaires de Mapangu, de la première génération des professeurs d’université de Mapangu, de la première génération des politiciens de Mapangu. « Aîné exemplaire, il demeurera pour moi un modèle d’intelligence, de sagesse, et de sérénité. J’ai toujours apprécié ses écrits, ses pas de danse « Lele » de la tribu Lele, nos conversations (trop brèves, hélas, en raison de ma longue absence du pays), son sens de l’humour et ses éclats de rire. Il va beaucoup me manquer », a déclaré le professeur Bilolo.

Bilolo Kabuebue (Prof) : "C’est toute une bibliothèque vivante que nous venons de perdre"
« Je suis la personne la plus touchée parce que notre faculté vient de perdre un homme de science, un homme de rigueur. C’est toute une bibliothèque vivante que nous venons de perdre. C’est quelqu’un qui a marqué non affection. Quand nous sommes arrivés à la Faculté, au niveau de 2ème graduat, la première impression que nos ainés nous ont donnée (étudiants) était que le prof Ngondo était un homme de rigueur, un homme qui aime et cherche toujours la perfection, un homme qui ne tolère pas la médiocrité », apporte l’économiste.
« Et avec ce sentiment de frustration, nous avons décidé de nous mettre au travail. Curieusement, notre année, il a organisé trois interrogations. Si vous réussissez à toutes les trois interrogations, il vous dispense de l’examen. A la 1ère et à la 2ème interrogation, j’ai obtenu respectivement 16/20 et 14/20. A la 3ème, interrogation, c’est là où je me suis rendu compte de la rigueur du prof Ngondo. Pendant l’interrogation, un ami qui était à coté de moi a copié in extenso la phrase que j’avais écrite sur mon papier. Imaginez, dans un auditoire de plus de 400 étudiants, le prof a repéré cette phrase. Après avoir corrigé ma copie, devant celle de mon collègue, il s’est rendu compte qu’il avait déjà lu cette phrase sur une des copies. Il a commencé à vérifier une à une jusqu’à retrouver la mienne. Nous avons été punis pour cet acte et nous avions tous eu zéro », s’est-il souvenu.
« Cet exemple m’a toujours inspiré de la façon de vivre d’un homme. C’est quelqu’un qui était solidaire et hospitalier. Quelqu’un qui ne catégorisait pas les gens. C’est quelqu’un qui nous encourageait à faire des recherches quand nous avions terminé nos études. Et le jour où nous sommes devenus professeur, il nous a dit qu’il était l’homme le plus heureux parce que nous étions devenus professeur comme lui. En voyant une personne de cette trempe là m’appeler collègue, cela me laissait un peu perplexe », a-t-il ajouté.
« C’est une grande perte pour notre faculté. Nous sommes contents qu’il ait formé beaucoup de gens notamment deux grands profs que nous avons, à savoir : Kalambayi et Pierre Mangalu. Nous pensons que ses idées continueront à émerger dans cette faculté », a conclu le professeur.

Tshibuabua (Chef des Travaux) : " Sa disparition laisse un vide à la famille des démographes a congolais et africains.
« J’ai plus connu le prof Ngondo quand il est devenu doyen de la Faculté des Sciences économiques. Son mandat était caractérisé plus par la rigueur. Je me rappelle une anecdote parce que quand on était étudiant, on avait tendance à se regrouper entre amis. Et quand on répartissait les salles, les gens avaient tendance à changer de local. Ce qui nous a étonné à l’époque, c’est que le prof Ngondo prenait le temps de dénicher toutes les personnes qui changeaient de salle. Avant que les feuilles d’interrogation ne rentrent chez les titulaires des cours, il prenait le temps, à travers les PV, de vérifier et de déceler toutes les personnes qui avaient changé d’auditoire. Le soir, il affichait aux valves les noms de tous les étudiants qui s’étaient déplacés. Et automatiquement, ils avaient zéro. Ce qui a créé un climat de rigueur et chacun restait à sa place. On appelait cela « Keba na caméra ». Tout prof. qui ne remettait pas ses côtes dans le délai par rapport à la délibération, les voyait déconsidérées », rapporte l’homme de science. « Le prof. Ngondo était rigoureux non seulement à l’endroit des étudiants, mais aussi des professeurs. C’est vraiment une grande perte pour la Faculté », a témoigné le CT TShibuabua.

Gilbert Enyuka Ngamba (Chef de Travaux au Département des Sciences de la population et du Développement) :
« J’ai connu le prof Ngondo en tant qu’étudiant parce qu’il m’a enseigné et ensuite en tant que collaborateur. J’ai travaillé avec lui pendant longtemps. Notamment, dans le cadre du cours de démographie que je donnais en suppléance. Avec lui, nous avons eu également à rédiger des articles, entre autres, sur la question démographique. C’est un grand. C’est un baobab qui nous a quittés. Il a eu à former non seulement des licenciés mais également des docteurs. Sur le plan scientifique il a beaucoup fait en ce qui concerne la démographie congolaise et africaine, pour ne pas dire la démographie internationale. Sur le plan de collecte des données, il a participé à plusieurs enquêtes ».
« Sa disparition laisse un vide à la famille des démographes congolais et africains. Il était un grand, pétri de sens de solidarité, de valeurs sociales... », a ajouté le chef de travaux

Paul Denis Nzita (Prof Ord) : " j’ai vécu un peu à l’ombre du prof Ngondo qui a été un grand maître pour nous. "
« Si j’ai pu embrasser la carrière de démographe, c’est en partie avec l’appui du Prof Ngondo. Je suis de la 1ère promotion des personnes qui ont étudié la démographie sur place en RDC avec Ngondo comme professeur. Bien qu’il y avait également un étranger (Prof Booth) à l’époque, mais Ngondo était là parmi les grands professeurs congolais qui devaient l’épauler ».
« Pour moi c’est d’abord mon professeur. En suite, il est un papa pour moi parce que c’est grâce à lui que j’ai pu m’intégrer rapidement dans la vie à l’Université Catholique de Louvain parce que quand je suis allé faire la maîtrise et le Doctorat, il s’y trouvait également ».
« Dans son livre qui venait d’être publié (sa biographie) il a placé des photos des gens qu’il a formés, dont la mienne. Et dit ceci : « voilà mes anciens étudiants qui sont devenus aujourd’hui mes homologues, mes collaborateurs ». Nous avons eu à faire plusieurs travaux ensemble notamment la publication d’un document sur la question démographique en RDC. Tout en étant papa, il accepté que nous soyons ses collègues. C’est pour dire qu’il était très amical avec ses collaborateurs et ses anciens étudiants ».
Il laisse beaucoup d’idées que personnellement je voudrais bien faire fructifier. J’ai proposé qu’on fasse une compilation des ses idées fondamentales, sur la collecte des données et surtout sur les perspectives démographiques.
Propos recueillis par Dina BUHAKE

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