S’EXPRIMANT A L’OCCASION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LA POPULATION
Dr Jean-Claude Gibemba : "Procréer sans contrôle est un danger"
jeudi 12 juillet 2018

Diplômé de l’Université de Kinshasa, Jean-Claude Gibemba Sedi est docteur en médecine chirurgie et accouchement. Directeur général de la Fondation Gibemba pour le développement durable en République démocratique du Congo, il s’occupe spécialement de la santé des motocyclistes. C’est à ce titre qu’il s’est prêté aux questions de ’’Forum des As’’ en marge de la Journée internationale de la population, célébrée hier mercredi.

Le monde a célébré ce 11 juillet la Journée internationale de la population. Estimez-vous, en tant que médecin, que la gestion des naissances constitue un problème en RDC ?
Bien entendu ! La gestion des naissances constitue un vrai problème dans notre pays.

Croyez-vous qu’il est vraiment nécessaire de planifier les naissances en RDC ?

Effectivement. La nécessité de planifier les naissances s’impose. Il importe, en effet, de contrôler les naissances dans un pays où les gens continuent à croire que les enfants atterrissent dans les foyers par hasard. Nombreux sont ceux qui disent que "c’est Dieu qui donne les enfants". En d’autres termes, ils soutiennent qu’ils n’ont pas une responsabilité dans leur venue. Ce qui n’est pas vrai comme explication ! Ce qu’il faut dire, c’est plutôt :"Dieu nous a donné le pouvoir de procréer". Et donc, qui dit pouvoir, dit contrôle. Ils peuvent donc influer sur la venue ou non d’un enfant.

Quelles sont les raisons qui militent pour la planification des naissances ?
Il sied, de prime abord, de mentionner la précarité même des ménages. Pour une population qui vit avec moins de 2 dollars par jour, et même moins de 1 dollar, procréer sans contrôle est un danger. Il ne suffit pas de procréer ! Encore faut-il assumer cette responsabilité et assurer l’avenir de sa progéniture : en matière de santé, d’éducation… Bref, en veillant à la prise en charge intégrale des enfants conçus. Ainsi donc, le budget du foyer devrait suivre la croissance de sa taille. Ce qui n’est pas toujours le cas !Bien souvent, le budget est soit en régression, soit il reste le même, alors que la taille du foyer ne fait qu’augmenter en terme des naissances.

Pouvez-vous être un peu plus explicite ?
Je vais vous révéler une chose ou deux d’ailleurs ! Dans nos recherches sur la santé sexuelle des motocyclistes, nous avons constaté que 45,2% des motocyclistes ont au moins deux partenaires sexuelles. 69,2% des personnes enquêtées n’utilisent aucun moyen de contraception. 44,3 % de conducteurs des taxis motos souffrent des maladies sexuellement transmissibles actives ou en antécédent. Notre étude a même révélé que nombre de motocyclistes ont jusqu’à 20 enfants par individu. 20 enfants, vous vous rendez compte ! Face donc à un tel tableau, on peut déjà deviner la suite ! Ces parents ne peuvent pas bien encadrer leurs enfants, puisqu’ils ne gagnent pas assez ! On peut donc dire, un peu pour paraphraser un auteur, que ’’le lit du pauvre est fécond’’.

Quels sont les dangers que courent les femmes qui accouchent trop top ou trop tard ?
Répondre à cette question implique des explications tellement détaillées que votre journal ne pourrait trouver de l’espace pour tout publier. Le Professeur Mbanzulu Pita, qui nous enseignait le cours d’Obstétrique à l’Unikin, parlait de ’’4 trop et 4 tard’’. On retient généralement qu’il est dangereux pour une femme d’accoucher trop tôt ou trop tard. De même d’avoir des accouchements trop nombreux ou trop rapprochés… Chaque accouchement représente un danger pour la femme, et même pour l’enfant à naître. L’hémorragie consécutive à l’accouchement en est le danger majeur. Elle peut tuer la mère à tout moment, avant, pendant ou après l’accouchement...

Concrètement, quels sont les dangers spécifiques pour chaque cas d’accouchement ?
Un accouchement trop tôt, c’est par exemple avant 18 ans, au moment où le bassin de la femme n’est pas encore capable de supporter l’accouchement. Il entraine généralement des naissances prématurées. Dans ce genre de cas, on recourt souvent à la césarienne, qui peut provoquer la mort de la femme... Et quand les naissances interviennent trop tard, c’est-à-dire à plus de 40 ans, l’utérus est assez vieux. Il risque des ruptures prématurées des membranes pour la mère et la malformation pour l’enfant, si ce n’est la prématurité ou la césarienne pour les deux... Avoir de trop nombreuses naissances, c’est-à-dire à partir de cinq, il y a tous les risques liés à la gestation et à l’accouchement... Par ailleurs, de nombreuses naissances augmentent les risques, surtout que les moyens ne suivent pas…Et quand les accouchements sont trop rapprochés, l’utérus n’a pas le temps de se refaire. Il peut s’en suivre des avortements.

À votre niveau, quelles sont les actions que vous menez pour sensibiliser les adolescents et les adultes à intégrer la planification familiale dans leur quotidien ?

A tous les parents de notre pays, nous leur demandons de tenir compte de leurs bourses avant de décider de la procréation. La Fondation Gibemba, à travers la Mutuelle de Santé des Motocyclistes Congolais (MSMC), s’emploie à sensibiliser particulièrement cette catégorie des transporteurs à la planification des naissances. Nous expliquons aux conducteurs des taxis motos le bien-fondé de la planification familiale. Mais, parce que nos moyens sont limités, nous avons des difficultés pour mieux faire cette sensibilisation. Nous tâchons toutefois de faire ce que nous pouvons, bien que la tâche soit difficile. Nous lançons donc un appel au Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) pour qu’il puisse soutenir la Fondation Gibemba, qui prend en charge les motocyclistes dans la planification familiale et la santé sexuelle.
Propos recueillis par Christelle GIBEMBA et Yves KALIKAT

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