Les FARDC et l’élimination des ADF et milices à Beni : l’urgence d’une contre-insurgence mixte
mardi 9 octobre 2018

Par Hubert Kabasu Babu Katulondi (Libre-penseur et Ecrivain, Directeur et Co-Fondateur USALGA/CRIDD)

Les cœurs fendus, les esprits rebutés, les Congolais ont une fois encore pleuré leurs morts de Beni. Quatorze vies de citoyens innocents et de quatre vaillants soldats des FARDC ont été happées par la démence meurtrière des Ougandais de l’ADF/NALU. Non rassasiés de nos minerais, ils sont maintenant assoiffés du sang des Congolais. Ils doivent s’en abreuver pour nourrir leur odieuse existence. Laissant leur Ouganda en paix, où ils ne perpètrent jamais des invasions aussi sordidement meurtrières, ils ont fait de nos sœurs et frères les proies de leurs macabres incursions constantes. A travers cette guerre résiduelle, la RD Congo est présentée au monde comme une kyrielle des vulnérables incapables de défendre leur patrie. Arrêtons-nous un moment et réfléchissons sans complaisance, et très profondément, sur cette tragédie dédoublée d’avanie sur la nation Congo par une poignée d’Ougandais ruraux cachés dans un espace bien connu de la forêt de Ruwenzori.

Dans cette optique, la problématique du déploiement efficace et efficient des FARDC est réintégrée dans le paradigme de la sécurité nationale holistique comme une dimension du génie constructif de l’Etat par un peuple. C’est sous cette lumière que cette réflexion analytique et prescriptive propose une réinterprétation de ces offensives meurtrières par les Ougandais de l’ADF/NALU.
La démarche éclaire l’approche de leur éradication définitive par une contre insurgence mixte. A cet effet, trois axes sont explorés. Le premier se penche sur la révision de l’hypothèse stratégique qui actionne les opérations des FARDC sur terrain. Le deuxième segment éclaire la dimension socioéconomique de la sécurité nationale. Il démontre la vulnérabilité de la RDC dans ce secteur et explique comment cette faiblesse complexifie la tache de notre armée.Le troisième point, qui est conclusif, propose le lancement d’une campagne militaire intensive et dense de 15 jours en mode "clear-hold-build" combinant l’action militaire et l’action de reconstruction socioéconomique consolidant la légitimité de l’Etat Congolais. Je crois dans la capacité des FARDC d’éliminer cette horde ougandaise meurtrière de l’ADF/NALU. Cette réflexion est arrimée à ma thèse fondamentale du remodelage des FARDC en alignement sur l’objectif du Congo Emergent et sur notre destinée de puissance totale sur le continent.

1. LA REVISION DE L’HYPOTHESE STRATEGIQUE DES FARDC A BENI ET LA CONTRE INSURGENCE CLEAR-HOLD-BUILD
Toute stratégie est une ruse comme le note en substance Jean-Vincent Holendre dans son ouvrage "La Ruse et la Force :Une Autre Histoire de la Stratégie(Perrin, 2017). Dans les enjeux sécuritaires de la région de Grands Lacs en particulier, la RDC est victime de la ruse politico-économico-militaire comme stratagème de pérennisation de la domination dans la durée.
Les ADF/NALU sont l’un des contingents au centre de cette ruse.Ils constituent l’arbre qui cache la forêt.Ce qui les rend plus dangereux c’est la dimension occultée de leur rôle dans le stratagème hégémonique régional et l’impact psychologique, social et politique de leurs actions constantes - surtout à ce délicat tournant électoral. En recourant au corpus normatif sur les insurgés dans Tactics in Counterinsurgency (Headquarters Department of the Army, Washington, DC, 2009), on réalise que ce type d’insurgés-terroristes étrangers occupant un espace du territoire d’un pays constitue un péril existentiel pour l’Etat victime de cette invasion. Il y est noté (3-17/3-18) que ce type d’insurgés visent à "établir un système alternatif de contrôle sur la population, rendant impossible l’administration du territoire et des populations par l’Etat. Leur activité est conçue pour affaiblir la légitimité du gouvernement et son contrôle, tout en optimisant la domination et l’influence des insurgés".
Dans cet entendement, l’hypothèse stratégique des FARDC devrait être maximale en conceptualisant les ADF/NALU comme des insurgés-terroristes étrangers invasifs. En d’autres termes, les autorités politiques et le haut commandement militaire des FARDC devraient considérer les ADF/NALU comme groupe militaire d’origine Ougandaise occupant outrageusement un espace du territoire Congolais. En ultime instance, ce contingent étranger érode explicitement l’autorité de l’Etat Congolais et permet, in fine, l’imposition de l’agenda hégémonique des acteurs externes.
A partir de cette hypothèse maximale, la tactique militaire devra automatiquement être convertie en mode de contre-insurgence par engagement militaire en nettoyage-contrôle-construction (Clear-hold-build). Il s’agit d’un déploiement militaire intensif et dense de reconquêteimmédiate et totale de chaque mètre carré, chaque village occupé. Imaginez des Congolais qui occuperaient une portion du versant Ougandais du Ruwenzori : l’armée Ougandaise déploierait tout son arsenal pour les écraser en deux jours ! Pourquoi chez nous on considère les ADF/NALU comme une milice locale contre laquelle on lance des opérations intermittentes. Depuis des années les FARDC sont déployées dans une "tactique en attaque et repli", laissant à ces odieux criminels le terrain libre pour se réorganiser.
Les FARDC devraient être intensément proactives-offensives avec une forte densité sur chaque portion du territoire occupé, afin de récupérer chaque centimètre carré, permettre la reconstruction de ces villages (dimension importante), et y rester jusqu’à l’écrasement total ou le retour définitif des ADF/NALU en Ouganda.

2. LA DEFICIENCE DEVELOPPEMENTALE DE L’ETAT AMPLIFIE LA VULNERABILITE SECURITAIRE
Dans le prisme holistique de la Sécurité Nationale de l’Etat moderne, Harry R.Yarger souligne que "la stratégie est à la fois un art et une science dela conception et de l’utilisation des pouvoirs politique, économique, socio-psychologique, et militaire en conformité avec les orientations de la politique publique en la matière afin de produire les résultats protégeant les intérêts de l’Etat dans un environnement stratégique donné" (The Strategic Appraisal : The Key to Effective Strategy). La stabilité politique est cruciale. Un pays en déficit de cohésion politique entre ses élites et ses groupes sociopolitiques (qui se querellent infiniment), se rend vulnérable et complique la tache à son armée.
Un pays dont la population est en déficit identitaire-symbolique et en déficience de self-estime nationale, dénuée de prestige régional et international, est dans la précarité existentielle. Malheureusement, les politiciens Congolais, de manière générale,ont une conception mono-instrumentale de la Sécurité Nationale/Internationale. Celle-ci est adossée à la seule catégorie coercitive FARDC-PNC-ANR. Elles pèchent ainsi par ce que Hans Morgenteau qualifie de "fallacieux facteur unique". Conséquemment, on fait porter sur les épaules des FARDC une charge excessive qu’elles ne peuvent supporter seules - alors qu’elles font déjà face aux difficultés énormes sur terrain. Force est de souligner, comme le relève Harry R.Yarger (idem), que l’armée n’est qu’un outil parmi d’autres dans le paradigme de la Sécurité Nationale Holistique.
L’une des conséquences les plus désastreuses de la faillite et la dislocation de l’Etat Zaïrois, ainsi que la vertigineuse spirale de l’écroulement économique des années 1980 à 2003, est la colonisation socioéconomique de l’axe Kivu-Ituri Tanganyika par l’Afrique de l’Est. Cette donne s’est intégrée dans l’existence des Congolais de cet espace.Les populations n’y vivent pas à suffisance les bienfaits de la ResPublica. Elles ont perdu le sens de la tangibilité existentielle de l’Etat Congolais, non seulement comme force de protection mais surtout comme puissance publique organisatrice de la production matérielle soutenant la vie collective, au profit de l’Afrique de l’Est.
Certes, dans une certaine mesure les Congolais de la région Ouest vivent aussi une domination économique (une énorme faiblesse de la RDC dans le rapport de force régional) par l’Angola, par exemple. Mais, ils ne vivent pas une sorte de colonisation socioéconomique comme c’est le cas à l’Est, à cause justement de la vacuité développementale laissée par l’Etat Congolais dans cet espace. A telle enseigne que pour beaucoup de Congolais de l’Ituri-Kivu-Tanganyika, leur vraie capitale est dans l’espace Nairobi-Dar-Es-Salaam.Kampala et Kigali sont comme leurs métropoles réelles où ils s’approvisionnement en produits nécessaires à l’existence moderne.
Trop excentré à l’Ouest,Kinshasa est lointaine et étrange pour beaucoup de Congolais du Nord-Est. En matière de services sociaux tels que les soins médicaux, voire l’enseignement supérieur, les destinations prestigieuses sont Kampala, Kigali, Nairobi ou Dar-Es-Salaam.
Les autorités politiques, économiques, et militaires de ces pays ont compris cette vulnérabilité (sinon une vacuité) développementale de l’Etat Congolais en matière d’organisation économique et sociale de son espace Nord/Sud-Est.
Ainsi, par des stratégies formelles (promotion du marché libre, traités commerciaux, arrangements douaniers) et informelles (soutien des forces obscures), elles promeuvent l’exploitation de cette vulnérabilité socioéconomique au profit de leurs Etats respectifs. La ruse y est de mise.
Clayton K.S Chun ("Economy : A Key Element of National Power " inU.S.Army War College Guide to National Security Issues . Vol.I. Theory of War and Strategy, 3rd.Ed. 2008) note, à cet effet, que "les Etats autant que les acteurs non-étatiques, utilisent le pouvoir économique pour conduire des guerres et maintenir leurs influences au plan régional et global ". Après les guerres militaires formelles, la RDC subit de plein fouet la guerre socioéconomique dont elle n’élucide ni les ruses en profondeur, ni la vraie ampleur par rapport à son existence comme Etat. Chun insiste sur le fait que "la capacité de collecter, transformer, et utiliser les ressources est une composante clé de la Sécurité Nationale….
L’hégémonie n’est plus réalisée nécessairement en recourant à l’armée. Les Etats parviennent àimposeur leurs volontés et à réaliser leurs agendas politiques par la domination économique". L’argument majeur ici est que la structuration mentale des populations du Nord/Sud-Est, le sous-développement économique, la non-prise en compte du niveau de la dévastation sociale et infrastructurelle des provinces de cet espace de la RDC en particulier, est une vulnérabilité structurelle et substantielle de la Sécurité Nationale. Cette situation rend la tache des FARDC extrêmement difficile, car elles se battent sur un terrain miné en profondeur par son assujettissement socioéconomique à l’Afrique de l’Est.
Les éléments internes et externes y trouvent un vivier aux profits mielleux. Le Président Ougandais Museveni n’avait-il pas lui-même un jour affirmé "Les guerres sont bonnes pour les affaires".

CONCLUSION :
LES FARDS ET L’URGENCE D’UNE CAMPAGNE INTENSIVE DE CONTREINSURGENCE MILITARO-SOCIOECONOMIQUE

Les deux points explorés ci-dessus permettent de comprendre l’urgente nécessité non seulement de réorienter la stratégie et le mode d’engagement militaire des FARDC, mais surtout d’intégrer l’effort de nos forces armées dans un schéma plus total de la contre-insurgence moderne. Celle-ci inclut nécessairement la dimension d’une reconstruction socioéconomique accélérée dans le territoire de Beni en particulier mais aussi sur le reste du territoire national. A ce sujet, de Santa Cruz de Marcenado, en passant par David Galula, Robert G.K. Thompson, jusqu’aux analystes modernes des guerres insurrectionnelles, il y a concordance des vues sur l’importance de la gouvernance économique répondant aux besoins existentiels des populations comme l’ultime moyen de la contre-insurgence. Ils relèvent que la contre-insurgence la plus effective intègre et synchronise les efforts politique, sécuritaire, économique et informel permettant de renforcer la légitimité et l’efficacité gouvernementale, tout en réduisant l’influence des insurgés sur la population.Dans cette optique, il est donc urgent que les FARDC repensent toute l’approche militaire en conjonction avec le Gouvernement central et le Gouvernement provincial pour lancer une opération militaire ultime en mode nettoyage-contrôle-construction (Clear-hold-build) afin d’écraser les ADF ou les renvoyer en Ouganda en 15 jours. Cette modalité peut se dérouler, à court et moyen terme, selon la matrice opérationnelle ci-après : (voir le tableau)
Il s’agit d’une matrice générique dont les détails et les actions parallèles ne peuvent pas être éclairés ici. Ce qui est d’une importance fondamentale c’est l’urgence d’une nouvelle conceptualisation des impératifs de la Sécurité Nationale Holistiques dans la construction de l’Etat. Nous devons faire preuve d’une remarquable intelligence pour comprendre la profondeur et la complexité des enjeux sécuritaires régionaux, des périls, voire des opportunités en face de nous. Les FARDC peuvent anéantir les ADF/NALU et autres milices, afin de restaurer la légitimité de l’Etat et assurer une existence paisible aux populations de Beni. Pour cela, les FARDC doivent intégrer dans leur vision et doctrine militaire notre destinée de puissance continentale, dans une dynamique de mutation synchronisée avec la fulgurante transformation socioéconomique de la RDC.

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