GESTION EFFICACE DES CRISES HUMANITAIRES ET AUTRES SITUATIONS D’URGENCE
La RD Congo déterminée à construire une stratégie nationale
jeudi 18 octobre 2018

La RD Congo a ouvert hier mercredi 17 octobre à Pullman Hôtel, son forum humanitaire 2018. La cérémonie a été présidée par le Premier ministre Bruno Tshibala. Des membres du Gouvernement, des gouverneurs de provinces, des acteurs humanitaires et autres experts participent aux travaux de cet atelier de trois jours, sur le thème : "Evaluation de la situation humanitaire en RD Congo : état des lieux et perspectives d’avenir".

Dans son mot d’introduction des travaux, le Ministre délégué près le Premier ministre, Tshibangu Kalala, a rappelé le but principal de ces assises. Il s’agit, selon lui, "de construire la stratégie nationale pour une gestion efficace des crises humanitaires et autres situations d’urgence en RD Congo". D’ores et déjà, l’atteinte de cet objectif est loin d’être la prérogative d’une seule structure. Plutôt, la synergie, mieux la mise en commun des idées de tous les acteurs intervenant dans le secteur de l’humanitaire.
Dans un style teinté de métaphore, Tshibangu Kalala a comparé le cadre de l’atelier, avec une usine de fabrique d’idées. Le tout, dans le cadre du Forum sur l’évaluation de la situation humanitaire en RD Congo. Comme qui dirait, du choc des idées jaillit la lumière. C’est donc cette intelligence dont la RD Congo a besoin pour, finalement, se doter d’une stratégie nationale de prise en charge des crises humanitaires par l’Etat lui-même. Selon le ministre délégué près le Premier ministre, cette stratégie fait actuellement défaut.

FIERE CHANDELLE
Pour sa part, le ministre de la Solidarité et Action humanitaire, Bernard Biango Sango, a survolé les différentes catastrophes naturelles, les conflits armés…bref les différentes crises survenues pendant les dix dernières années en RD Congo. Ce, avant de rappeler que le Forum ouvert hier, s’inscrit dans la suite logique du Sommet d’Istanbul en mai 2016.
En RD Congo, dit-il, le retentissement de cette grand’messe de la métropole turque s’est matérialisé par la création du ministère de la Solidarité et Action humanitaire. D’où, toute la fière chandelle exprimée au Président Joseph Kabila. Car, selon Bernard Biango Sango, la création de ce nouveau ministère vaut symbole. Il traduit l’attachement du Raïs aux questions humanitaires.
La question humanitaire étant une question multisectorielle, Bernard Biango Siango a exhorté les participants aux assises de Pullman Hôtel, à dégager les responsabilités communes.

LA RESPONSABILITE DE L’ETAT CONGOLAIS
Les deux premières allocutions ayant posé les balises, le Premier ministre Bruno Tshibala a aussitôt procédé à l’ouverture solennelle des travaux. Pas un très long speech.
Juste un message calibré, sur des repères historiques précis et bien connus de tous. "Depuis quelques vingt-cinq ans, la RD Congo a traversé de nombreuses crises humanitaires, caractérisées par d’énormes souffrances humaines. Il s’agit des crises humanitaires qui ont affecté de manière drastique, l’ordre économique et social du pays", a rappelé le Premier ministre. "C’est à l’Etat congolais que revient la responsabilité d’apporter le secours nécessaire aux personnes nécessiteuses, précise-t-il. C’est dans ce cadre que s’organise ce Forum pour rechercher la stratégie nationale et la solution aux besoins de la situation urgente des populations".
Le thème du Forum "Evaluation de la situation humanitaire en RD Congo : état des lieux et perspectives d’avenir", est d’une telle pertinence, qu’il met d’accord tous les acteurs du secteur. Etatiques ou non-étatiques.
Selon Henri Mova Sakany, Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, l’évaluation de la situation humanitaire par le Gouvernement congolais est une question cruciale, qui fait débat dans les milieux des humanitaires.
A en croire le patron de la Territoriale, cette polémique a fini par desservir la cause de ceux qui sont dans le besoin. " Le principe de base pour tout homme est la sédentarité. Hélas ! Il s’est fait que la survenue de certains événements malheureux a poussé des milliers de personnes à abandonner, malgré eux, leurs biotopes pour d’autres milieux qui, a priori, ne leur sont pas toujours favorables ", clame Henri Mova Sakanyi, en bon disciple du célèbre écrivain classique français, Nicolas Boileau.
Par ailleurs, Henri Mova Sakanyi estime qu’il est impensable que l’action publique soit absente. Aussi, a-t-il plaidé pour une synergie entre l’action publique et celle des humanitaires traditionnels. "Plutôt que de perdre, de disperser inutilement les énergies dans des discussions épistémologiques", conclut-il.

L’INTERVENTION FINANCIERE DE L’ETAT CONGOLAIS EST BIEN REELLE
Pierre Kangudia, ministre d’Etat en charge du Budget, a centré sa communication sur la prise en charge, mieux l’intervention financière de l’Etat congolais, dans les crises humanitaires survenues sur son sol. C’est ici, le lieu, pour le patron du Budget, de saluer l’engagement et l’implication du Président Joseph Kabila, dans la prise en charge financière des actions humanitaires.
Pour étayer son propos, Pierre Kangudia a rappelé les diverses interventions financières de l’Etat, pendant la période 2017-2018, dans plusieurs coins du pays. A savoir les provinces du Tanganyika, Kasaï, Mongala, Ituri, Nord-Kivu et Kwango.
En un mot comme en mille, le patron du Budget affirme que l’Etat congolais intervient directement et indirectement sur base des requêtes qui lui sont présentées. "Dans la chaine des dépenses, le décaissement a lieu en procédure d’urgence. Un déficit, cependant, est celui lié à la modicité des moyens devant les grandes calamités", regrette-t-il.

NORD-KIVU : UN CAS D’ECOLE
Le programme du forum a consacré tout l’après-midi d’hier, aux exposés de cinq gouverneurs de provinces utilement sélectionnées. A savoir le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Kasaï et le Tanganyika. Doyen des gouverneurs, Julien Paluku a d’abord présenté l’historique des crises humanitaires dans sa juridiction, avant de livrer la stratégie adoptée pour y faire face.
Julien Paluku a donc rappelé, dans leur ordre chronologique, tous les événements inattendus qui se sont produits dans la province volcanique, dans l’Est de la RD Congo. A savoir, le flux migratoire de près de 2 millions des ressortissants rwandais en RD Congo, les conflits armés par le CNDP, le M23 et plusieurs groupes armés opérant dans ce coin du pays. A cela, Julien Paluku ajoute d’autres crises humanitaires consécutives aux conflits fonciers et l’éclosion des épidémies de choléra et des maladies à virus Ebola, récemment à Magina, considéré comme l’épicentre de cette maladie.
Comment les autorités provinciales du Nord-Kivu, ont-elles pu faire face à toutes ces crises humanitaires, à vagues successives ? " La recette était bien trouvée", dit le Gouv. Celle-ci allait de la création d’un Conseil provincial de prévention des risques et de gestion des catastrophes (CPRPR-GC), à la formation, la mise en place et l’opérationnalisation des réseaux communautaires de la protection civile par la collecte des informations d’alerte au niveau de la base.
A cela s’ajoute la mise en place du système d’alerte précoce (SAP), depuis 2012. Cette stratégie, précise le gouverneur Julien Paluku, avait donné de bons résultats.
Instruit par l’expérience de sa province, Julien Paluku note que la femme rurale est la première actrice humanitaire. " C’est elle qui organise le premier secours, avant que les structures officielles et les humanitaires ne puissent intervenir. Quant à une mauvaise lecture du retour volontaire de certaines personnes dans leurs milieux de vie naturel, Julien Paluku affirme que cette opération se fait de manière concertée avec les intéressés".
"Ceux qui estiment que les causes ayant occasionné leur départ ont disparu et qu’ils se sentent en situation de rentrer, nous ne pouvons pas les en empêcher. Tout ce que nous évitons, c’est cette mentalité de se constituer éternels assistés. Tout ce que nous demandons, au niveau de la province, c’est de renforcer la sécurité et les infrastructures", a conclu Julien Paluku.
Aujourd’hui jeudi 18 octobre, les travaux vont se poursuivre en panels. Au total, quatre ateliers. La clôture interviendra demain vendredi. Grevisse KABREL

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