FACE A L’OMBRE D’UNE NOUVELLE TRANSITION QUI SE PROFILE A L’HORIZON
Elections : Samy Badibanga pour un langage de vérité
lundi 22 octobre 2018

* Toutefois, à J-61, le leader de la plateforme "Les Progressistes", doute de l’organisation du scrutin à la date prévue. D’où, l’indispensable consensus sur des questions qui fâchent.

Dans son édition de mercredi 17 octobre, Forum des As titrait : "Face à la persistance de la polémique sur la machine à voter et le fichier électoral : Samy Badibanga invite au sens élevé d’humilité et à l’esprit de consensus. Par ailleurs, le premier ministre honoraire, l’un des 21 candidats président, promet de donner sa position dans les jours à venir. " C’est donc, chose faite depuis le week-end dernier.

Au cours d’une rencontre samedi à Gombe, avec une brochette de journalistes triés sur le volet, le leader de la plateforme "Les Progressistes", candidat à l’élection présidentielle du 23 décembre, y est allé de sa lecture personnelle de la suite du processus électoral en cours.Déjà, Samy craint qu’après avoir franchi des étapes difficiles, le processus actuel risque de péricliter et donner lieu à une nouvelle transition. En toile de fond, l’absence de consensus autour des matières controversées. En l’occurrence, la machine à voter.
Doit-on aller au scrutin avec cette imprimante ? Oui, selon la Majorité au pouvoir. Non, pour l’Opposition qui s’en tient au mode de vote avec de bulletins papiers, comme lors de deux précédents cycles électoraux de 2006 et 2011. Depuis, les deux camps s’arc-boutent sur leurs positions. Entretemps, le temps n’arrête pas son vol. Les jours se succèdent. Et, chaque jour qui passe, rapproche les Congolais de l’échéance fatidique du 23 décembre. Date prévue pour la tenue effective des élections générales. A savoir la présidentielle couplée aux législatives nationales et aux provinciales.

69. 960. 000 BULLETINS, 42 MILLIONS D’ELECTEURS ENROLES ?

Questions lancinantes. Jusqu’où irait donc la crise actuelle ? A qui profiterait-elle ? C’est ici que Samy Badibanga revient sur la voie de la sagesse tracée il y a peu, par la délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies, lors de leur dernier séjour à Kinshasa.
"Tout récemment, la délégation du Conseil de sécurité de l’ONU en séjour à Kinshasa, a exhorté les acteurs politiques congolais au consensus. Cet appel est largement justifié. Car, il n’y a pas de confiance entre les opérateurs politiques engagés dans le processus électoral en cours. Or, pour créer cette confiance, il est nécessaire d’avoir la transparence du processus électoral, gage de la crédibilité des élections et qui pourra permettre à tout le monde d’accepter les résultats", rappelle Samy.
Evoquant la polémique autour de la machine à voter, ce Premier ministre honoraire déclare que cet outil pose plusieurs problèmes. D’abord sa légalité. "Le calendrier électoral publié par la CENI, accepté par toutes les parties aujourd’hui et soutenu par tous les partenaires, prévoit une période d’impression des bulletins de vote en papier. Pourquoi, dès le départ, la CENI n’a pas voulu respecter cette prévision qui venait pourtant d’elle-même ?", s’interroge Samy Badibanga.
Par ailleurs, le leader de la plateforme "Les Progressistes", dénonce une possibilité technique qui, si l’on n’y prend garde, pourrait favoriser la triche. Samy Badibanga justifie ainsi sa crainte par les résultats d’une récente étude sur la machine à voter, menée par un groupe d’experts britanniques de la Fondation Westminster.
"Selon le rapport de Westminster, chaque machine à voter contient déjà 900 bulletins de vote, alors que la Centrale électorale nous parle de 660. Même si nous prenons en compte les chiffres de la CENI, et que nous les multiplions par le nombre de machines à voter attendu, soit 106. 000, cela nous donne un total de 69. 960. 000 bulletins. Nous sommes donc très largement au-delà de 42 millions d’électeurs enrôlés. Or, nous savons qu’il existe toujours un GAP entre les électeurs enrôlés et le nombre de votants. A quoi servira alors le surplus de bulletins ainsi dégagé ? Tout ceci constitue des questions sur lesquelles nous exigeons la transparence", renchérit Samy Badibanga.
Un autre problème lié à la machine à voter est le processus de transmission des résultats. Samy Badibanga rappelle à cet effet, que le jour du dépôt de sa candidature, le président de la CENI lui a affirmé dans son bureau qu’il y aura transmission des résultats par la machine à voter. Ce, à partir des bureaux de vote vers les Centres de transmission, d’où les résultats seront envoyés immédiatement par voie électronique vers le serveur central.
"Mais lors de notre première rencontre avec tous les candidats, Corneille Nangaa a dit qu’il y aura simplement comptage manuel. En même temps, il prétend publier les résultats le 25 décembre. Soit deux jours seulement après le vote. Ce qui est impossible avec le comptage manuel et implique forcément le comptage électronique. Déjà, il apparait bien clair qu’il n’y a aucune transparence au niveau de la transmission des résultats. Tous ces éléments doivent être vérifiés afin de nous conduire à des élections crédibles et transparentes", insiste Samy Badibanga.

LES ELECTIONS A TOUT PRIX LE 23 DECEMBRE

Quelle que soit la manœuvre, rien ne saurait motiver le report du scrutin. Samy Badibanga Ntita insiste sur l’impératif de respecter la date du 23 décembre 2018 prévue pour l’organisation effective des élections. Ce, dit-il, afin d’éviter de nouvelles négociations et une nouvelle prolongation de la transition. Pour cela, il plaide pour un langage de vérité. Car à titre personnel, il émet de sérieux doutes sur la capacité de la Centrale électorale de tenir ce délai.
"Je prends un cas pratique. Nous connaissons la logistique de la CENI. Cette dernière nous dit qu’un lot important de machines à voter se trouve encore en Corée. Je rappelle que nous sommes à 61 jours de l’organisation des élections et à 30 jours du début de la campagne électorale. Or, quand nous considérons que le délai de livraison entre la Corée et Matadi, est de 65 jours minimum, encore faudrait-il que les navires viennent en ligne directe sans escale, et que ces machines arrivent bien avant afin d’être déployées en temps réel dans les provinces de l’Ouest. Ce n’est tout simplement pas envisageable à mon avis", explique le prédécesseur de Bruno Tshibala.
La même difficulté, Samy Badibanga la perçoit au niveau des ports de Mombassa au Kenya et de Dar ’Es-Salaam en Tanzanie pour les provinces de l’Est. "Est-ce que les transporteurs ont déjà été sélectionnés et mobilisés ? Les pétroliers ont-ils signé les contrats et perçu l’argent ? Or, nous sommes déjà à 61 jours des élections. Tout ça fait que j’émette de doutes légitimes quant au respect de l’échéance du 23 décembre 2018", explique-t-il.
Dans le même registre, le candidat de la plateforme "Les Progressistes" à la présidentielle de décembre prochain, poursuit : "Il y a d’autres matériels en Chine et en Inde. Peut-on nous donner des lettres de transport qui attesteraient que ces bateaux ont déjà quitté ces différents pays d’Asie et qu’ils naviguent déjà en direction du Congo ou des ports d’Afrique de l’Est que j’ai évoqués tantôt ? La CENI va-t-elle louer tout un navire ? La location d’un navire se fait pour convoyer 4.000 containers. Or là, la CENI n’a que 300 containers. Va-t-elle louer tout un bateau, rien que pour 300 containers ? Inimaginable ! Car, sans efficience. Va-t-elle transporter ces machines par avion ? Ça coûterait 100 fois plus cher ! Donc, tout ça, ce sont des éléments qui nécessitent que la CENI nous donne des preuves, les simples paroles ne suffisant pas".
Une semaine plus tôt, Samy Badibanga avait appelé les acteurs politiques congolais à plus d’humilité et à un sens élevé de responsabilité. "Notre appel est que les acteurs politiques cessent de se cloitrer dans leur orgueil et leur égo et que chaque leader fasse preuve d’humilité pour que nous soyons dignes de la république et du peuple qui attend de son élite une conduite responsable. Si rien n’est fait en urgence, alors qu’il ne reste qu’un peu plus de deux mois pour aller aux élections, les techniciens du processus (ndlr : la Commission électorale nationale indépendante) vont craquer sous la pression des politiciens qui, eux, obéissent à une logique qui, parfois, ne repose sur aucune rationalité des questions purement techniques ", prévenait-il.
Opposant, Premier ministre honoraire, ancien président du groupe parlementaire UDPS et Alliés - au nom duquel il avait été désigné expert de l’Opposition afin d’auditer le fichier électoral avec les experts de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Samy Badibanga est également un homme d’affaires. En cette qualité, il dispose d’une réelle maîtrise de la logistique et du transport maritime.Autant d’atouts pour bien apprécier le processus électoral.
En définitive, et compte tenu de ce qui précède, Samy Badibanga plaide pour un langage de vérité de la part de la CENI et tous les acteurs politiques, afin de permettre à tout le mondede dégager un consensus sur la conduite de la suite du processus électoral. Un processus souhaité transparent, en vue de l’acceptation des résultats du scrutin par tous. Grevisse KABREL

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