Boulevard Lumumba : les raisons de la suspension des travaux d’aménagement de l’espace vert
mardi 12 février 2019

Lancés depuis le 11 juin 2018, les travaux d'aménagement et de l'embellissement du Boulevard Lumumba, à Limete, stagnent. Suspendus pour la première fois le 24 juillet dernier, ils ont repris début octobre avant de s'arrêter de nouveau à l'approche des élections. Aujourd'hui, ils tardent à reprendre, faute de financement. Initié par le Gouvernement provincial de Kinshasa, et soumis à la supervision technique de l'Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT), ce projet continue à susciter de l'espoir auprès de la population qui tient à la poursuite de cette initiative d'intérêt public. Huit mois sont passés depuis que les travaux de réaménagement de l'espace vert autour du Boulevard Lumumba ont été lancés. Censé améliorer le paysage autour de cette artère principale qui traverse la commune de Limete, ce projet met du temps à reprendre. Au grand désarroi des citadins. "C'est depuis le mois de juillet de l'année passée que les agents de l'ACGT ont suspendu les travaux, alors qu'ils avaient déjà beaucoup avancé. Mais la cause, je l'ignore", nous confie, sous couvert d'anonymat, le tenancier d'une cabine téléphonique implantée au niveau de la 5ème rue, à Limete. Maraichers, fleuristes, pépiniéristes… déguerpis Au commencement du projet, l'opération a consisté d'abord à débroussailler tout l'espace compris entre les petits boulevards et le Boulevard Lumumba, de la 1ère à la 16ème rue. Disséminés tout autour des artères ciblées, aussi bien au niveau du Quartier résidentiel que du côté de Limete Industriel, les agents des 11 ONG partenaires de l'ACGT, moulés dans leurs gilets oranges ou phosphorescents, se sont attelés à abattre des arbres et à couper les mauvaises herbes sur leur trajectoires. Même les légumes des maraichers n'ont pas été épargnés. On a ainsi vu des engins mobilisés par l'Hôtel de ville raser tout sur leur passage, rendant le paysage totalement aéré. Mobilisées, les forces de l'ordre ont fait déguerpir maraichers, pépiniéristes, fleuristes et autres débrouillards qui opéraient tranquillement dans cet espace vert. L'occupation de l'espace assaini Une fois l'espace dégarni, l'Agence Congolaise des Grands Travaux s'est adonnée à poser les jalons de ce vaste espace vert. Des maçons et des jardiniers, déployés de la 3ème à la 10ème Rue du Quartier résidentiel, ont amorcé la pose des bordures censées abriter l'espace vert. Une ceinture géométrique de briques en ciment a ainsi jailli de terres en quelques semaines, avec une dizaine d'allées, prévues pour faciliter la traversée des ilots disséminés entre les deux boulevards. Tout aux abords des bordures, une ceinture des fils barbelés, soutenus par quelques poteaux en bambous empêchent aux piétons têtus de franchir le périmètre réservé à l'espace vert. Et bien à l'intérieur de cette surface, les agents des ONG partenaires de l'ACGT ont planté 600 sur 9.000 arbres ornementaux et écologiques qui devraient, dans un laps de temps, offrir de l'ombrage et de l'oxygène à la zone aménagée. Il s'agit particulièrement de 300 Bauhinias et de 300 Lagestromias, précise Eric Kamalandua Ngoma, le coordonnateur du Projet d'aménagement et d'embellissement du Boulevard Lumumba, diligenté par l'Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT).Ici également, des centaines de piquets en bambous sont déployées pour soutenir ces jeunes pousses rampantes. La brousse reprend du terrain Fort malheureusement, ce bel élan a été brusquement stoppé, faute de financement. Par conséquent, les herbes sauvages ont très vite repris du terrain avec le retour des pluies, annihilant ainsi des semaines de durs labeurs. "Coupés de financement, nous étions obligés de suspendre le travail. Et voilà que repoussent à grande vitesse les herbes sauvages que nous avons rasées. Ce qui fait encore reculer le travail. On sera obligé de les raser à nouveau, avant de reprendre les travaux d'aménagement de ce site urbain", regrette un employé journalier commis à la 5ème rue, qui a requis l'anonymat. Chassés, les marchands reviennent au galop Par ailleurs, pépiniéristes et fleuristes sont revenus au ''bercail''. Installés aux abords de la 7ème, de la 9ème et de la 10ème rue, ces marchands viennent chaque jour vendre leurs produits, préférant rester en activité plutôt que chômer, le temps que les travaux reprennent. Loin d'être récalcitrantes, les femmes maraichères se sont, quant à elles, réfugiées dans des zones périphériques de la ville de Kinshasa où elles continuent à cultiver leurs potagers. Quelques unes, toutefois, ont pris d'assaut des parcelles de particuliers, à Limete, pour ne pas aller loin de leurs terrains de prédilection. Les outils de service exposés à même le sol Qu'il pleuve ou qu'il neige, les matériaux de construction restent tous les jours exposés à même le sol. "Je viens ici tous les jours. Je suis engagé comme journalier. Mon rôle, c'est de veiller sur les différents matériaux de service pour éviter qu'ils ne soient volés", nous révèle un jeune maçon d'une vingtaine d'années. Posté à la 7ème rue, cet ouvrier surveille au quotidien, bordures, caillasses, et mottes de sable blanc et jaune, entreposées en plein air dans le périmètre ciblé. C'est quasiment par aubaine qu'après chaque tombée de la nuit, ces ouvriers retrouvent intacts les matériaux de construction, soumis à leur surveillance. Un poumon écologique pour les Kinois Hormis le tronçon compris entre la 5ème et la 10ème Rue du quartier Limete résidentiel, les zones situées à la 1ère, 2ème, 11ème, 12ème, 13ème, 14ème, 15ème et 16ème rues ne sont pas aménagées. Encore moins tout le site compris de l'autre bord du Boulevard Lumumba, du coté Quartier industriel. Financé par l'Hôtel de ville de Kinshasa, ce projet ambitieux d'assainissement public a pour but de concilier le paysage aux normes de la modernité. Il est aussi conçu pour permettre à la capitale d'offrir un cadre assaini et aéré. Un véritable poumon écologique où la population pourra passer du bon temps, dans un environnement vert et moins exposé à la pollution. (Par Tania Mubuadi, Christelle Gibemba et Rachidi Mabandu, sous la coordination de Yves Kalikat)
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