A L’AFFICHE A LA MAISON DE FRANCE DE KINSHASA
Quatre toiles du peintre Jean-Claude Lofenia fustigent ’’la frivolité des Kinois’’
vendredi 15 février 2019

Depuis quelques semaines, quatre toiles d'un peintre congolais trônent à la Maison de France à Kinshasa. Accrochés sur la façade du restaurant implanté autour de la piscine, ces tableaux de l'artiste Jean-Claude Lofenia focalisent les regards des visiteurs, d'autant qu'ils dépeignent quasiment les mœurs des Kinois. Un tour autour de la piscine de la Maison de France suffit pour être captivé. Là, juste sur la devanture du restaurant, flottent quatre toiles riches en couleur, sur un fond en natte. De prime abord, l'œil curieux est vite captivé par le tableau intitulé ''Taxi ya mbutu-mbutu'' (un taxi où l'accès se négocie au prix des bousculades, NDLR). Inspiré du jargon kinois, cette œuvre décrit la scène qui se déroule généralement dans les arrêts de bus de Kinshasa. "Ici, la course au transport est un sport", commente un visiteur, emporté par la beauté de la toile."Comme vous le constatez, poursuit-il, dans nombre d'arrêts de bus de la capitale, il n'est pas encore courant de voir des gens s'aligner et attendre patiemment leur tour pour entrer tranquillement dans les véhicules de transport en commun. Bien souvent, face à la rareté des taxis et bus aux heures de pointe, l'impatience cède le pas à l'égocentrisme". "Généralement, à la vue d'un véhicule disponible, aussitôt que le racoleur (receveur) annonce la destination, une course effrénée s'ensuit. Des piétons, désireux de quitter vite le parking, se lancent dans un marathon que n'aurait désapprouvé Marathon lui-même. Bousculades, empoignades, coups de biceps, saut dans le vide… tout semble permis. Surtout dans les quartiers populeux de Kinshasa. Et c'est justement cette scène que décrit Jean-Claude Lofenia avec une bonne dose d'humour", renchérit un journaliste de la place. Un régal pour les voyeurs Taquin, le peintre populaire va même dans les extrêmes. Il va jusqu'à fustiger les malins plaisirs que prennent les voyeurs dans cette scène quotidienne. Des femmes qui perdent leurs pagnes dans ces bousculades à l'entrée du taxi-bus, des poitrines voluptueuses à la merci des regards curieux, des postérieurs de filles frivoles qui les exposent dans les empoignades à travers leurs pantalons et culottes ''tailles basses''… Par ailleurs, le respect, le droit d'ainesse… sont foulés aux pieds. On se piétine, on s'écrase sans s'excuser. Bien au contraire. Dans ce cafouillage que l'auteur qualifie de ''mbutu-mbutu'', le voleur trouve son compte en plongeant ses doigts dans les poches des passagers de circonstance… et non loin de là, un agent de l'ordre profite de la baisse de vigilance pour percevoir un pourboire de la part du taximan. Quand les familles de rues se déploient Du taxi aux terrasses qui pullulent dans les rues de capitale, il n'y a qu'un pas. Le deuxième tableau de Jean-Claude Lofenia le montre en dépeignant plusieurs scènes en vogue dans la ville. Gravées de tatouages, des ''Ujana'' (adolescentes à l'accoutrement frivole, NDLR),tapies sous les arbres, épient leurs proies aux poches élastiques… Non loin de là, des couples sporadiques se la coulent douce dans des buvettes qui balancent des décibels aux alentours en pleine journée… Dans les parages, des familles de la rue squattent en plein air, se livrant qui à la drogue qui à la cigarette qui à l'alcool artisanal, sans le moindre gêne. Et sur un taxi-moto slalomant dans des quartiers populeux, un sexagénaire se régale en s'asseyant à califourchon derrière une demoiselle aux bassins pratiquement dévoilés… Sur une troisième toile, le peintre Jean-Claude Lofenia braque le focus sur le ''malewa'', ce restaurant de fortune, très prisé par les Kinois lambda. On y voit un client aux traits occidentaux plonger dans la marmite d'une belle cuisinière, s'attendant à être mieux servi, bien que bousculé par tant d'autres clients. A ses côtés, un vieil homme ventripotent, aux torses nues, se gavent sous les regards amusés des curieux. La capitale de la Sape Moins brute cette fois, la quatrième toile du peintre populaire se focalise sur ''la Sape'', cette élégance vestimentaire dont raffolent les Kinois. Intitulée ''la Paillotte de Kinshasa'', cette œuvre artistique cristallise la finesse du pinceau de Jean-Claude Lofenia. Une dame à la beauté à vous faire délirer de fièvre pose en exhibant ses rondeurs aux côtés d'un sapeur extravaguant qui se plait à exhiber les griffes de ses habilleurs. Abordé au téléphone, Jean-Claude Lofenia répond depuis Goma que la peinture populaire l'a toujours fascinée. Fin portraitiste, passionné de l'art réaliste, cet autodidacte n'a toutefois pas voulu se cramponné aux modèles occidentaux, enseignés dans les écoles de l'art. Il estime que son passage éclair à l'Académie des Beaux-arts a suffi pour lui permettre de décoller en s'appuyant davantage sur l'expérience de l'école de la vie. Pas étonnant que ses toiles continuent à fasciner ses clients occidentaux qui, de plusieurs coins du globe, continuent à réclamer et commander ses œuvres. Yves KALIKAT
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