A JOUR J-1
L’ombre de la corruption plane sur les sénatoriales
jeudi 14 mars 2019

C’est confirmé. L’élection des 100 nouveaux sénateurs aura lieu bel et bien demain vendredi 15 mars, dans les 24 assemblées provinciales. Jean-Pierre Kalamba, rapporteur de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), l’a déclaré hier mercredi sur une radio privée émettant de Kinshasa.

Cependant, à jour J -1, l’ombre de la corruption plane à très basse altitude sur ce vote des membres de la nouvelle Chambre haute du Parlement. Dernière voix forte à dénoncer le vice, Evariste Mabi Mulumba, sénateur de la législature sortante, doublé de la casquette d’ancien Premier ministre et de professeur d’université de renom. Et donc, pas n’importe qui.

Révolté, l’ancien président de la Commission Economique, financière et la bonne gouvernance (ECOFIN) du Sénat sortant, a du mal à se faire élire moyennant achat de conscience des grands électeurs. Aussi, a-t-il décidé, en âme et conscience, de retirer sa candidature de l’élection sénatoriale de la province du Kasaï central. Tel est, du reste, l’objet de sa correspondance datée d’hier mercredi 13 mars, adressée au Président de la Ceni, Corneille Nangaa.

Dans sa lettre, le Prof motive sa décision par ce qu’il a lui-même qualifié de "scandaleux monnayage des voix des députés provinciaux allant jusqu’à 30.000 USD par électeur" . Soit l’équivalent de 49.500.000 francs congolais au taux de 165.000Fc le dollar, sur le marché de change parallèle. En d’autres termes, si l'on extrapole le "J'accuse" de l'ancien patron de la Cour des comptes pour espérer obtenir 5 voix des grands électeurs du Kasaï central, un candidat sénateur devrait débourser 150.000$US. Au bas mot, cinq voix des députés provinciaux de cette circonscription valent une bagatelle de deux cent quarante-sept millions cinq cent mille francs congolais (247.500.000 Fc) !

Jurant sur son honneur, cet ancien Premier Commissaire d’Etat du Zaïre (22 janvier 1987-7 mars 1988), déclare dans sa lettre qu’ "il n’est pas acceptable qu’une chambre parlementaire prestigieuse comme le Sénat soit discréditée par un mode électoral perméable à la corruption de façon aussi notoire" . Partant de cette dénonciation, le Prof Evariste Mabi Mulumba émet le vœu de voir la Centrale électorale redoubler de vigilance pour prendre des mesures idoines pour crédibiliser la suite du processus électoral.

UNE ENIEME DENONCIATION QUI CONFORTE LES SOUPCONS

Evariste Mabi Mulumba n’est pas le premier à dénoncer la corruption qui émaille l’élection des sénateurs et des gouverneurs de provinces. Bien avant lui, d’autres prétendants l’ont fait au point qu’ils se sont retirés de la course. Cas du Prof Luzolo Bambi, Conseiller spécial de l’ancien Président Joseph Kabila, en matière de bonne gouvernance, de lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

Dans sa lettre datée du 20 février dernier qu’il a adressée au Procureur général près la Cour de cassation, le prof avait justement dénoncé la corruption dans les opérations des élections des sénateurs et des gouverneurs de province. Ainsi, avait-il demandé au destinataire de sa correspondance d’ouvrir une information judiciaire et informer la CENI aux fins de prendre des mesures conservatoires pour conjurer ces mauvaises pratiques.

Pour mener à bon port cette opération, Luzolo Bambi avait rassuré le Procureur général qu’il mettrait à sa disposition de ses services pour lui fournir toutes les informations liées à ces faits dénoncés dans les opérations des élections des sénateurs et gouverneurs de province. «Les premiers éléments d’information contre vérifiées par mes services confirment cette corruption générale initiée tantôt par les députés provinciaux qui vendent leurs voix aux candidats sénateurs ou gouverneurs de province, tantôt par les candidats sénateurs ou gouverneurs qui approchent des députés provinciaux pour l’achat de leurs voix», écrivait Luzolo Bambi au Procureur général près la Cour de Cassation.

Dans le même registre, l’Eglise du Christ au Congo (ECC) était montée au créneau pour dénoncer et fustiger l’institutionnalisation de la corruption à grande échelle des députés provinciaux, érigée en critère d’élection des candidats sénateurs et gouverneurs de provinces. L’opinion se rappelle qu’à l’occasion de la célébration du 13ème anniversaire de la constitution de la RDC, le 18 février 2019, la présidence de l’ECC avait organisé le mardi 19 du même mois, un point de presse à son siège de Kinshasa.

Devant les professionnels des médias, l’ECC avait affirmé qu’elle détenait des faits palpables de cette corruption, avant de promettre de les mettre à la disposition du Parquet pour une éventuelle instruction. Le porte-parole de l’ECC, le pasteur Eric Nsenga Nshimba avait, par ailleurs, annoncé une concertation prochaine de toute la Société civile en vue de matérialiser cette initiative.

«L’Eglise de Christ au Congo, de par sa mission prophétique censée protéger et défendre la moralité publique pour la sauvegarde de la mère-patrie, s’insurge contre certaines pratiques de corruption et d’antivaleurs sur la manière dont se négocient les postes de responsabilité au niveau des gouvernorats, des bureaux des assemblées provinciales et nationales ainsi que des sièges sénatoriaux au risque d’entamer la marche vers l’effectivité de l’Etat de droit. A l’effet de ce constat amer, l’église du Christ au Congo rappelle aux uns et aux autres de se conformer aux prescrits tant élogieux contenus dans les préambules de notre constitution», avait déclaré Eric Nsenga.

Pour tout dire, la dénonciation du monnayage des voix des députés provinciaux à l’élection sénatoriale, conforte tous les soupçons précédents.

VIVEMENT LE CHANGEMENT DU MODE D’ELECTION DES SENATEURS ET GOUVERNEURS DE PROVINCES

Dans l’une de ses précédentes éditions, Forum des As a été le premier à faire écho de ce qui ressemblait à une clameur publique sur la corruption des grands électeurs. Le journal ne s’était pas limité à la simple stigmatisation de cette pratique qui avilit les corrupteurs et les corrompus. Comme antidote, Forum des As avait suggéré de ramener le vote des sénateurs et des gouverneurs de provinces au suffrage universel direct.

Dans son argumentaire, le journal avait démontré qu’il était plus "facile"pour un candidat sénateur ou gouverneur de province, de corrompre quatre ou cinq députés provinciaux et impossible de verser les mêmes pots- de- vin et dans les mêmes proportions, à tous les électeurs au suffrage universel direct. Evidemment, une telle solution suppose impérativement la modification de la Constitution.

D’aucuns diraient qu’on ne devrait pas encore toucher à la Loi suprême du pays. Cependant, on ne devrait pas non plus perdre de vue qu’une Constitution ne doit pas être perçue comme une matière figée. Bien au contraire. Elle doit s’adapter aux réalités de la société qu’elle régule. Parce qu’à situation exceptionnelle, solution exceptionnelle, plus d’un analyste soutient formellement la thèse d’une révision constitutionnelle. Essentiellement dans ses dispositions relatives au mode du scrutin des membres de la Chambre haute et des Gouverneurs de provinces.

Ci-dessous la lettre du Prof Evariste Mabi Mulumba à Corneille Nangaa.

Grevisse KABREL
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