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La communication politique en RDC : les périls ego-narcissiques dans la coalition CACH-FCC
lundi 18 mars 2019

Jürgen Habermas, l’une des figures de proue de l’Ecole Philosophique de Frankfurt, souligne que la communication et la délibération sont consubstantielles à la démocratie libérale. Dans cet entendement, la consolidation de la démocratie, et aussi le progrès collectif, exigent une communication politique qui enrichit l’Esprit collectif. Aujourd’hui, la RDC est une démocratie libérale (germinative). Le système politique ayant connu une mutation de sa nature, la classe politique doit absolument opérer un changement de la substance communicative en phase avec la normativité de la démocratie libérale.

Dans cette réflexion je soutiens que la communication politique révèle la nature première du politicien congolais. C’est-à-dire que la communication politique reflète les schèmes logiques et l’état psychologique du champ politique. Ainsi, deux aspects essentiels sont explorés ici. Le premier aspect propose quelques figures typologiques des communicants politiques congolais. Le deuxième aspect examine la propension négationniste des communicants politiques Congolais. La conclusion cerne les tares de la communication politique congolaise, particulièrement la propension négationniste, comme une caractéristique de la psychose ego-narcissique dont souffre la classe politique en général. Un accent est placé sur l’urgence d’une campagne d’éradication de cette déficience car elle est périlleuse pour le régime de cohabitation CACH-FCC.

1.CAPTAGE TYPOLOGIQUE DES COMMUNICANTS POLITIQUES: DIALECTICIENS, SITUATIONNISTES ET BRUMEUX

Dans mon expérience d’Expert Principal en Gouvernance de Partis Politiques sur le plan continental, et tel que j’ai eu l’occasion d’observer la communication politique dans les pays comme l’Afrique du Sud, le Sénégal, le Cameroun, la Centrafrique, le Tchad, l’Angola, je peux affirmer que la RDC souffre d’une sorte d’hyperinflation gargantuesque en communication politique. Cette situation est le reflet de la métastase cancéreuse du champ politique congolais porteur de plus de 700 partis politiques. On peut asserter que la communication politique congolaise est hyper-intensive et diffuse. Dans aucun autre pays africain on voit une telle densité et intensité vertigineuses de communicants politiques sur une centaine de chaînes de télévisions et stations de radios (à Kinshasa et dans les provinces). Comment la coalition CACH-FCC va coordonner sa communication dans cette hyper-complexité ?

De manière générale, il est établi que les acteurs politiques congolais communiquent plus par des supputations affabulatoires sur les événements, ou des commentaires aléatoires (voire diffamatoires) sur des individus, que par des analyses ou des politoscopies substantielles. Ce type de communication politique souffre d’indigence en matériaux idéologiques ou en éléments de philosophie politique. C’est une déficience substantielle qui rend cette communication politique fade et incapable d’enrichir l’Esprit politique collectif. Cela est compréhensible. Il s’agit d’une classe politique opérant dans un système politique sous-développé avec des partis politiques encore primaires. Ils ne portent pas en leur sein des foyers ni de production, d’intériorisation ou de diffusion idéologique pour le progrès collectif. C’est ainsi que la discursivité politique y est encore tributaire de l’instinctif et de l’émotif. Quel procédé utiliser pour empêcher cette tare de créer des conflits CACH versus FCC ?

Mais, on ne saurait pas proposer une typologie des communicants politiques en blocs parfaitement ciselés. Il convient donc d’éviter toute généralisation abusive. Si l’on prend comme critères la passion de l’idéal couplée à la profondeur (théorico-idéologique) des idées proposant des ingrédients du progrès, la cohérence argumentative, la maitrise de l’outil linguistique de la communication (ars bene dicendi dixit Cicéron) et surtout la fécondité pédagogique de la pensée (cette vertu de socialisation dont parle Philippe Braud), on peut discerner trois types de communicantspolitiques au Congo : les dialecticiens, les situationnistes et les brumeux.

LES COMMUNICANTS POLITIQUES DIALECTICIENS

Souvent doctrinaires, les dialecticiens sont des idéalistes passionnés (sur le registre de «politiques passionnés», comme souligné dans la typologie de Buffelan). Dès les premières phrases de leur livraison rhétorique, on détecte de prime abord la flamme intense du rêve d’un Congo réinventé. Ils se distinguent par un système d’idées (system of ideas, pour puiser chez Harold Lasswell) dans lequel ils puisent souvent. Ils font recours aux concepts clés, par lesquels on peut les reconnaître. L’une de leurs marques est aussi le recours aux données scientifiques, mais aussi aux faits concrets pour corroborer leurs assertions. Les dialecticiens proposent aussi des réflexions écrites. Parler est aisé. Ecrire exige une certaine profondeur intellectuelle et un effort mental assidu pour structurer la pensée et surtout diffuser ses idées.

Sur le plan de la fonctionnalité politique (contribution des idées émises au progrès), qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, les dialecticiens présentent des antithèses aux thèses capables de faire cheminer la société vers des synthèses incrémentales – comme dirait Charles Lindblom – ou des alternatives élévatrices. Les dialecticiens de la majorité sont alertes pour déceler et anticiper le repérage des déficits et contradictions de ladite majorité, afin de proposer des actions correctives aux instances décisionnelles. Une majorité développée est celle qui possède des capacités autocorrectives. Ses communicants (ses décideurs aussi) sont aussi sensibles aux antithèses de l’opposition afin d’y repérer quelques éléments de vérité pouvant contribuer au progrès collectif.

Par principe, les dialecticiens de l’opposition ne nient jamais en termes absolus les réalisations de la majorité gouvernante, mais proposent la modalité du «mieux» ou du dépassement. C’est essentiellement à travers les communicants dialecticiens que l’opposition remplit sa fonction républicaine pour le développement. Dans l’arène politique congolaise, les communicants politiques dialecticiens se comptent aux bouts des doigts d’une seule main. Et au CACH-FCC ?

LES COMMUNICANTS POLITIQUES SITUATIONNISTES

Les situationnistes sont souvent opportunistes-flagorneurs. Toute leur stratégie communicationnelle est fondée sur le positionnement. Les opportunistes-flagorneurs de la majorité sont les plus néfastes. Impressionnistes souvent écervelés, Ils communiquent à profusion afin de défenestrer ceux dont ils envient les postes, voire pour neutraliser leurs camarades dans la course au pouvoir – que ce soit dans la majorité ou dans l’opposition. C’est-à-dire que par essence leur motivation communicationnelle première n’est pas le progrès de la République, comme c’est le cas pour les dialecticiens, mais l’ascension au pouvoir ou la conservation des postes. Les situationnistes sont souvent les acteurs au pouvoir qui se sentent éjectables de leurs postes ou les éjectés. Ces derniers, ayant gouté aux délices de l’imperium, mettent en œuvre une stratégie communicationnelle de profusion pour «revenir aux affaires».

Il ne faut cependant pas s’y tromper : les situationnistes peuvent être aussi des communicateurs habiles et pointilleux. Mais leur cohérence discursive est généralement instrumentale. Il ne s’agit que d’un stratagème de rationalisation de leurs intérêts égoïstes. La communication politique situationniste – que l’on retrouve un peu plus dans l’opposition – n’avance pas le pays. Souvent sophistes, les situationnistes de l’opposition n’ont généralement pas l’intellect fécond pour proposer des alternatifs. Ils déploient tous leurs arsenaux discursifs dans l’avilissement de leurs adversaires au pouvoir. C’est ainsi que leur rhétorique glisse irrémédiablement dans le mensonge, l’altération des faits, les conclusions biaisées, les injures et les imputations dommageables. Cet artefact discursif est souvent habilement maquillé avec des arguments – souvent saupoudré avec des concepts biens ficelés sur la thématique de la vérité, la justice, la liberté, l’Etat de droit.Les aigris du CACH-FCC vont pulluler dans les médias.

LES COMMUNICANTS POLITIQUES BRUMEUX

Les brumeux sont légion dans l’arène politique congolaise. Ils sont souvent caricaturaux et accusateurs. Ils pullulent aussi bien dans la majorité que dans l’opposition. Calomniateurs et dénonciateurs inconsidérés, ils ont un verbe très incohérent. Ils sont repérables par leurs contradictions, un lamentable manque de maîtrise des concepts, des lacunes criardes sur le fonctionnement institutionnel du pays dédoublées d’une ignorance déplorable de l’histoire de la nation. Ils n’ont pas de système d’idées et sont fébriles dans les considérations personnelles et les commentaires presque puérils des événements. Reprenant souvent en échos les rumeurs et autres commentaires caricaturaux des places publiques (populistes patentés), ils sont exhibitionnistes, manipulateurs et émotifs. Au plan de la fonctionnalité communicationnelle, les brumeux de l’opposition peuvent être catégorisés comme «des agents provocateurs». Dans l’opposition, les brumeux sont souvent les accessoires des politiciens situationnistes, car leur rôle est d’énerver les gouvernants.Qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, les brumeux disent des «choses crues et grossières» que les situationnistes ne peuvent débiter. Dans la majorité tout comme dans l’opposition, les brumeux sont les agents des divisions et de l’affaiblissement.Le nouveau Président, Félix Tshisekedi subira la foudre des brumeux tapis dans la coalition CACH-FCC et surtout de l’opposition tractée par Lamuka. Ils l’attaqueront au vitriol pour le pousser à la faute.

2. EXPLORATION DE L’ILLOGISME ET DU NEGATIONNISME COMMUNICATIONNEL EN RD CONGO

L’illogisme de la communication politique en RDC peut être compris, dans le canon de la logique formelle, comme l’expression de la pensée par laquelle un communicant désigne un objet réel porteur d’un concept approprié, par un autre concept (ou signifiant) négateur du signifié. Par exemple, très souvent, l’on entend de nombreux communicants de l’opposition dire d’une route nouvellement construite qu’elle est «rien», un nouvel hôpital est «rien». Force est de souligner, cependant, qu’une route ou un hôpital qui est là dans le réel, comme objet matériel palpable, avec toutes ses notes d’intelligibilité (tous les attributs d’une route ou d’un hôpital), ne peut pas être à la fois une route/un hôpital et rien. Même si l’on saisissait une telle expression de la pensée («cette route est rien») comme une figure de style (dans un entendement métaphorique), une telle expression de la pensée frise l’absurde. Parce que même si la route ainsi désignée est porteuse de quelques imperfections, le concept (signifiant) «rien» ne peut être employé comme mot-expressif pour designer ladite imperfection. A la rigueur, on pourrait recourir au concept principal (route), en utilisant d’autres prédicats d’exception pour ainsi designer l’imperfection. Ceci est d’autant plus vrai qu’une imperfection (par exemple la fragilité des matériaux ou le coût éventuellement élevé) n’est pas extinctrice de tous les autres éléments essentiels d’une route.

On observe aussi cet illogisme en foisonnement dans la majorité. Dans ce groupe politique, même des personnes considérées comme membres de la crème intellectuelle nationale, par mégalomanie dont elles sont souvent inconscientes, nient les prouesses gouvernementales de leurs propres camarades. Eux-seuls sont les auteurs du bien. La croissance économique, la création des unités de production réalisée par le Premier Ministre émanant de leur propre famille politique, sont niées, soit parce qu’il y a cabale pour le déboulonner ou parce qu’il ne promeut pas la politique du ventre. On le saisit dans l’illogisme négationniste : «la croissance économique de (moins) – 4 % sous Mobutu à plus de 9 % sous Joseph Kabila/Matata c’est rien». Même le splendide Bâtiment Intelligent ou la compagnie aérienne Congo Airways c’est «rien». Par quel retournement de l’esprit un cerveau qui capte là dans le réel un bâtiment, une nouvelle compagnie aérienne (quelles que soient ses éventuels déficits) peut au même moment designer cet objet matériel comme une inexistence ?

CONCLUSION : ILLOGISME ET NEGATIONNISME ETALANT LA PSYCHOSE EGO-NARCISSIQUE DES POLITICIENS CONGOLAIS

Loin de constituer simplement une trame de communication d’adversité entre politiciens, cette propension toute naturelle à vouloir avilir l’autre, à nier le talent et les accomplissements des autres, traduit en réalité une psychose nihiliste. Voir un objet palpable (bel et bien existant physiquement dans le réel) et en nier l’existence est souvent la conséquence d’un état psychologique perturbé dont on est inconscient. Cette situation découle souvent d’un moi hypertrophié. Le sujet exhibant un égo protubérant souffre d’un narcissisme de répulsion qui le rend incapable de reconnaitre même un brin de bien dans l’autre. Lui seul détient le monopole de la vérité et du bien. On peut donc affirmer qu’en réalité certains communicants politiques, par leurs inepties, confusion, tendance au mensonge et au dénigrement, sont des sujets au moi perturbé. Ils sont des dangers publics. Ils abreuvent la population d’une rhétorique toxique déformant la conscience collective. La RDC a besoin des communicants développementaux pour sa propulsion vers l’émergence.

Ainsi donc, le changement prôné par le Président Félix Tshisekedi doit absolument impliquer un vaste programme d’exorcisme des communicants et des politiciens de leurs tares ego-narcissiques. La propension à l’avilissement des autres et à la négation des œuvres des autres risque de créer des séismes dans le régime de cohabitation CACH-FCC. Nous risquons de nous retrouver avec deux groupes de communicants du pouvoir dualiste qui s’entredéchirent sur la place publique. On ne peut gouverner les autres sans d’abord se gouverner soi-même (dixit Michel Foucault). Depuis la tradition des anciens, la Res Publica est le produit des hommes libérés de l’instinct de l’avilissement et du dévorement de leurs semblables. Si nous voulons émerger comme nation compétitive, nous sommes obligés d’adopter des schèmes discursifs de l’acceptation des uns et des autres. Seule l’intelligence collective produit le progrès de l’Etre individuel et collectif.

Hubert KABASU BABU KATULONDI (Libre-penseur et Ecrivain)

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