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A CŒUR OUVERT AVEC LE PATRON D’ADELIZ
Dera Adama : le cordon bleu qui fait la fierté des Ivoiriens à Kinshasa
vendredi 19 avril 2019

De nationalité ivoirienne, Dera Adama est une référence dans le culinaire à Kinshasa. Formé en Belgique, diplômé en hôtellerie, il a monté depuis dix-huit ans, avec son épouse congolaise, le restaurant Adeliz. Un véritable régal au cœur de la capitale. C'est là qu'atterrissent désormais les amoureux de la bonne cuisine et nombre de célébrités ivoiriennes : les stars de Magic System, les comédiens de la série ''Ma famille''…Père de quatre filles, ce chef d'entreprise passe désormais comme un modèle d'intégration dans la société congolaise. Il est même devenu le représentant de la communauté ivoirienne en République démocratique du Congo. Son professionnalisme, sa rigueur, sa simplicité, sa générosité… lui ont valu la sympathie des Kinois qui ont même conféré son nom à une avenue du centre-ville, révèle le très discret Dera Adama qui, pour la première fois, a accepté de faire des confidences à la presse. Interview.

On vous connaît sous plusieurs casquettes. Pouvez-vous les décliner pour le grand public ?

Je suis tout d'abord chef d'une entreprise installée à Kinshasa. Je suis, à vrai dire, Directeur d'exploitation du restaurant Adeliz. Je travaille avec mon épouse congolaise que j'ai déjà ''ivoirisée''et avec qui nous vivons notre vie paisiblement au Congo depuis 1995. Je suis aussi le président de la communauté ivoirienne ici en République démocratique du Congo.

Pourquoi avez-vous choisi de vous installer au Congo ?

Pour deux raisons. Tout d'abord, je suis marié à une Congolaise. Je trouve donc du plaisir à venir vivre dans ce pays de mon amour, ce pays dont est originaire mon épouse. La deuxième raison, c'est le business. Moi, je suis hôtelier de formation. Quand j'ai terminé mes études en Belgique en 1986, je suis rentré chez moi en Côte d'Ivoire. En 1987, j'ai travaillé pour une grande entreprise de restauration collective où j'étais aussi Directeur d'exploitation. Vous savez, la restauration collective, c'est pratiquement une société qui s'occupe de nourrir un nombre élevé de personnes, estimées à des centaines, voire des milliers. On avait notamment comme clients des étudiants, des fonctionnaires… Notre société avait, à l'époque, des marchés importants à travers toute la Côte d'Ivoire ! Et moi, j'ai eu donc le privilège de gérer cette entreprise qui, malheureusement, est tombée en faillite. Pas parce que j'ai mal géré, mais parce qu'on était dans une période de crise (Rires)…

Et qu'est-ce que vous avez fait par la suite ?

J'ai trouvé du travail à l'hôtel Président (Intercontinental), un hôtel cinq étoiles implanté à Yamoussoukro, dans le village de feu le président Houphouët Boigny. J'y ai passé juste un bref séjour. Mais, par rapport à l'expérience que j'avais eue, notamment dans la gestion de la restauration collective, j'ai décidé de venir au Congo, Zaïre à l'époque, puisque ce genre de marchés n'y existait pas encore. J'ai pensé qu'en arrivant à Kinshasa, on pouvait créer ces genres de marchés, nous occuper des cantines des sociétés, des hôpitaux… C'est pourquoi nous avons pris notre vol à destination de Kinshasa en 1995.

Le Zaïre à l'époque était un pays en pleine crise ! Ne redoutiez-vous pas de connaître un cinglant échec ?

Je crois que, dans la vie, il faut être optimiste. Il y a eu la guerre mondiale, mais tout le monde n'en est pas mort. Au contraire, il y a eu des gens qui se sont enrichis ! Là où il y a la crise, on peut toujours s'enrichir ! Il suffit juste de trouver le créneau ! Je savais qu'il y avait des difficultés, mais rien ne me faisait peur, parce qu'il y avait quand même des gens dans ce pays qui s'y sentaient à l'aise, malgré la crise.

Votre nom est étroitement lié à l'histoire du restaurant Adeliz. Pouvez-vous nous relater comment vous avez commencé cette aventure…

C'est vrai que, quand nous sommes arrivés en 1995 pour nous installer définitivement à Kinshasa, le début n'était pas facile. Il y avait la crise. Et nous n'avions pas de moyens, pas de capitaux... C'est pourquoi, avec mon épouse, nous avions commencé à réfléchir sur quoi entreprendre. Nous avons même passé quelques mois dans le chômage. Le temps pour nous de chercher quelle activité entreprendre. Et en 1996, nous avons ouvert une petite boulangerie-pâtisserie. A l'époque, on œuvrait un peu dans l'informel…

Quelle dénomination avez-vous donnée à cette boulangerie-pâtisserie ?

Je réfléchissais effectivement avec ma femme sur la dénomination que nous allions donner à notre petite entreprise. Je lui ai soufflé alors une inspiration : "Moi, je m'appelle Adama Dera et toi Elizabeth. Si on essayait alors de comprimer nos noms…". C'est alors qu'Adeliz est sorti… et nous avions pris l'option de garder cette appellation.

Comment êtes-vous alors passé de la boulangerie-pâtisserie au restaurant ?

Faire de la boulangerie-pâtisserie, ce n'est pas une mince affaire. Pendant que les autres dorment, vous, vous êtes obligés de passer du temps à fabriquer du pain, des gâteaux… Et c'est pénible. Malheureusement pour notre affaire, le Marechal Mobutu devait partir, pour céder la voie aux troupes de l'AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo qui ont porté le président Laurent-Désiré Kabila au pouvoir, NDLR). C'était le 17 mai 1997. Dans ce tohu-bohu, il y a eu pillages. Et le matin du 18 mai 1997, un homme est venu nous dire d'oublier notre entreprise. C'est là que nous avons réalisé que notre boulangerie-pâtisserie a été sauvagement pillée et saccagée. Nous sommes alors restés à la touche pendant encore plus d'une année. Pendant ce temps, je m'attelais à de petits contrats ci-et-là pour la survie de ma famille. C'est alors qu'en 2.000, nous avons repris avec Adeliz. J'ai dit à ma femme : ''Cette fois, plus dans la pâtisserie, ni à la boulangerie. Car, on se levait très tôt pour rien. Voilà maintenant que tout a été pillé''. On s'est, dès lors, remis à la cuisine proprement dite. Puisque nous étions, nous deux, des polyvalents.

Aujourd'hui, dix-huit ans après, le restaurant Adeliz tient le coup et s'est même développé…

C'est vrai, on essaie de tenir, mais tout n'a pas toujours été rose ! Dans la vie, quand vous faites une chose, il faut, y mettre du cœur. Quand vous le faites avec amour, vous aurez toujours de la clientèle, quelle que soit la crise. Parce que ceux qui savent manger, savent où aller ! Au départ, quand nous avons commencé, il n'y avait pas beaucoup de restaurants dans la ville ! Mais maintenant, la concurrence est rude à Kinshasa où, tous les jours, de nouveaux restaurants ouvrent leurs portes ! Nous, dans notre restaurant, nous tâchons de bien accueillir nos clients et de les mettre à l'aise. C'est ce qui fait que jusqu'aujourd'hui, nous sommes là...

Pour tenir un restaurant, il n'y a pas que l'art culinaire qui compte. Encore faut-il intégrer l'aspect marketing… Aviez-vous été formés dans ce domaine avec votre femme ?

Nous avons eu le privilège, ma femme et moi, d'avoir été formés en marketing, où on nous a appris à soigner l'accueil de la clientèle. Ce sont des éléments clefs dans la gestion d'un hôtel, d'un restaurant… Après nos études secondaires en effet, nous nous sommes retrouvés dans une même école supérieure en Belgique. Notre formation a été sanctionnée par l'obtention d'un BTS (Brevet de technicien supérieur, NDLR) en hôtellerie et tourisme.

Comment avez-vous procédé pour transmettre vos connaissances à un personnel profane afin de rendre votre restaurant compétitif ?

A Adeliz, nous avons un personnel 100 % Congolais. Nous disposons de plus d'une trentaine d'agents. A l'époque, être cuisinier était mal vu par bon nombre de parents africains. Ils préféraient plutôt orienter leurs enfants dans les métiers de bureau. Etre cuisinier était carrément le dernier de leur choix. Or, dans la vie, il n'y a pas de sots métiers. Mais, on a compris à la longue qu'avec l'hôtellerie, on pouvait aussi s'en sortir. Malheureusement, quand on est arrivé à Kinshasa, il n'y avait pas sur place des professionnels en la matière. Parce que, pour créer une entreprise, la rendre compétitive, il fallait recruter des professionnels. Mais sur le marché, c'était quasiment inexistant. Il fallait alors former. Nous avons pris les gens sur le tas, et nous-mêmes, nous étions contraints de travailler. Certains de nos agents, recrutés comme des apprentis, ont commencé par la plonge, c'est-à-dire la vaisselle. Aujourd'hui, ils sont devenus des cuisiniers. Parce que nous les avons véritablement formés avec beaucoup de rigueur. Je me suis inspiré de la Côte d'Ivoire où j'ai eu à travailler dans le restaurant d'un ancien plongeur qui est devenu un grand cuisinier. Aujourd'hui, nous disposons d'une grande équipe compétente, avec du personnel de cuisine et de salle que nous avons complètement formé...

Vous êtes président de la communauté ivoirienne en RDC. Comment jugez-vous en ce moment les relations entre le Congo et la Côte d'Ivoire?

Aujourd'hui, entre la Côte d'Ivoire et le Congo, les relations sont au beau fixe. Les Ivoiriens aiment les Congolais, et les Congolais aiment les Ivoiriens. Nous aimons les Congolais par leur musique, et les Congolais nous aiment, nous les Ivoiriens, par notre humour. Puisque la Côte d'Ivoire est devenue la capitale du rire. Entre les deux pays, il y a toujours eu des relations assez agréables,… Depuis que je suis ici au Congo, je n'ai jamais eu de problèmes. Je me suis facilement intégré, au point où, pour savoir que je suis Ivoirien, il faut que je parle. Et quand je parle, les gens, se référant à la troupe ivoirienne ''Ma famille'', s'écrient aussitôt : "Oh là, on voit que tu viens du pays de Gohou, de Boheri, de Nastou…".

Effectivement, lorsque la troupe ''Ma famille'' est arrivée à Kinshasa, elle a préféré aller célébrer ses festivités à Adeliz, votre restaurant. Aviez-vous auparavant des relations privilégiées avec ces comédiens qui ont aujourd'hui pignon sur rue à Kinshasa ?

Non. Je dois d'abord vous signaler que, grâce à mon intégration facile au sein de la population congolaise, je me suis créé pas mal de relations. A l'époque, il n'y avait pas un si grand nombre d'Ivoiriens à Kinshasa. Et moi, de par ce que je suis, de par ma simplicité, beaucoup de Congolais me connaissent. Et donc quand on entend quelqu'un demander un Ivoirien dans cette ville, c'est généralement à Adama qu'on pense de prime abord, et bien entendu au restaurant Adeliz. Quand alors la troupe ''Ma famille'' est arrivée, on a soufflé à ces comédiens qu'ils avaient déjà leur frère ivoirien, installé depuis longtemps à Kinshasa. On leur a même dit qu'il tient un bon restaurant. C'est ainsi que, de l'aéroport de N'djili, ils sont venus directement jusque chez moi, au restaurant, pour partager un verre et un repas, avant de continuer le reste des activités pour lesquelles ils sont venus. Depuis, les relations sont restées soudées avec quelques-uns d'entre eux, qui reviennent de temps en temps me dire bonjour quand ils sont de passage à Kinshasa. C'est le cas de Gohou, d'Amoin, de Boheri, de Dosso… Ils m'appellent tous ''Grand-frère'', même si je ne le suis pas (Rires)…

(Rires)…Adama est connu ! Beaucoup plus qu'Adeliz, notre petite entreprise ! Moi, je crois que ma célébrité est due à ma simplicité. Les gens qui me voient disent qu'Adama, c'est le patron. Je trouve cela trop lourd. Moi, je préfère plutôt qu'on dise qu' ''Adama, c'est le cuisinier''. En ce moment-là, je me sens plus à l'aise... A vrai dire, je suis de nature très ouvert. Je ne vois jamais mon âge, ma situation sociale…Je suis prêt à aider, à prendre la pelle, à me noyer dans la farine, à me salir les mains, à essuyer les chaussures des clients… Bref, je suis prêt à tout. Pourquoi une avenue de Kinshasa porte mon nom ? Eh bien ! C'est arrivé comme ça !

Pouvez-vous être plus explicite ?

Entre 2002 et 2003, on venait de faire un lotissement dans ce quartier du centre-ville. Et moi, j'ai acheté une parcelle. Comme tant d'autres propriétaires, je me suis mis à construire. Chacun faisait selon ses moyens. Curieusement, j'ai vécu ce que dit la Bible : ''Les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers''. Au départ, j'avais un peu peur quand j'entendais les noms des voisins qui construisaient autour de moi. C'étaient les noms des personnalités les plus influentes de ce pays. Il y avait toutefois un problème. Tous, nous construisions sur un terrain marécageux, notre avenue se situant aux abords du fleuve Congo. Et la route que nous devrions emprunter pour nous rendre dans nos parcelles était totalement impraticable. Aucune voiture ne pouvait y accéder. Tout le monde était obligé de garer son véhicule sur le boulevard et de trotter longtemps, pour arriver chez soi…

Comment alors avez-vous procédez pour remédier à la situation ?

Je me suis dit un jour qu'il fallait arranger cette route. Puisqu'on ne peut pas tous les jours venir en voiture, stationner très loin et faire le reste de la distance à pied. J'ai alors entrepris des démarches conséquentes, sans consulter qui que ce soit. Avec deux occupants du quartier, nous avons commencé à louer des camions qui venaient jeter des gravats de chantiers en construction sur la route pour nous permettre de rendre quand même cette voie praticable. A cette tâche, se sont joints de jeunes gens qui rôdaient dans les parages et quelques sentinelles. J'ai acheté des pelles. Et des fois, je prenais aussi la bêche pour travailler avec eux. A un moment, on ne savait même pas faire la différence entre nous, car on était confondu. La seule différence, ce que j'étais le seul propriétaire à travailler sur la route comme cela. De temps en temps, ces jeunes commençaient à me poser leurs problèmes financiers. Et quand je pouvais aider, je donnais soit 10 dollars, soit 20 dollars ou… 50 dollars. Désormais, dès que ces jeunes gens voyaient ma voiture, ils m'arrêtaient pour solliciter mon aide. Ce qu'ils ne faisaient pas avec les autres propriétaires. Un jour, deux jeunes m'ont interpellé en me témoignant leur reconnaissance. M'appelant ''Prezo'' (Président en langage kinois, NDLR), ils ont dit qu'ils ne pouvaient rien faire pour me rendre le bien que je leur ai fait, estimant que seul Dieu pouvait me payer. C'est là qu'ils m'ont exprimé leur intention de baptiser l'avenue en mon nom, révélant qu'ils vivent avec beaucoup d'hommes politiques qui ne s'occupent pas de leur social.

Je leur ai dit que je ne voulais pas ni me mêler de la politique, chercher des problèmes avec qui que ce soit. Ils ont refusé en bloc mon refus, insistant qu'ils voulaient débaptiser l'avenue.Le lendemain, j'ai vu que cesjeunes ont gravé partout: ''Avenue Adama''. J'avais un peu peur, mais ma peur s'est évaporée lorsqu'au cours d'une réunion, tous les propriétaires de l'avenue ont opté à l'unanimité pour cette dénomination. C'est depuis ce jour que la rue est devenue''Avenue Adama'' . Et quelques années plus tard, l'Etat congolais a tout régularisé, au point qu'on peut retrouver cette avenue même lorsqu'on surfe sur Google… Autre chose qui m'a surpris, c'est de voir que j'ai été subitement le tout premier propriétaire du quartier à avoir fini la construction de sa maison, alors que j'étais parmi les derniers à acquérir une concession sur place. Propos recueillis par Yves KALIKAT
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