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FCC-CACH : Gare au virus de l’extrémisme !
vendredi 7 juin 2019

* "La coalition FCC/CACH n'a certes pas du plomb dans l'aile, mais est sérieusement bousculée. Il est urgent de débloquer les choses, d'éviter les chemins de la méfiance et des extrémistes pour préserver l'essentiel et permettre à la nation d'aller de l'avant", écrit Kambila.

Si ça ne vole pas bas entre le FCC et le CACH, il y a tout de même quelques signes d'inquiétude dans la collaboration entre les deux forces coalisées. Certes, au niveau de deux têtes d'affiche de cette coalition gouvernementale, le courant passe bien. Très bien même. Mais pas sûr qu'il en soit de même à l'échelle des états-majors de deux regroupements au pouvoir. Analyste in situ averti, Jean-Pierre Kambila tire déjà ce qui ressemble à une sonnette d'alarme. Tribune.

Pour les observateurs avertis de la problématique congolaise de ces dernières années, l'annonce, dès la fin des élections, de l'existence des pourparlers pour l'établissement d'une coalition réunissant le FCC et le CACH a été perçue comme une nouvelle espérance.

La confirmation de l'information par les leaders des deux grands ensembles est venue rassurer ceux qui craignaient que les prédictions de guerre civile ou des interventions étrangères ne viennent, une fois de plus, perturber la longue et pénible marche des Congolais vers la sortie de la pauvreté. L'élection des candidats présentés par la coalition à la tête de l'Assemblée nationale, ainsi que la nomination, par le Président de la République, du Premier Ministre présenté par le FCC ont été reçues comme une victoire par les partisans de deux composantes de la coalition et comme une occurrence rassurante pour les observateurs et autres amis de la paix en RD Congo.

Depuis les rencontres entre le Président de la République, autorité morale du CACH et son prédécesseur, auteur intellectuel et inspirateur politique du FCC, viennent confirmer à la face du monde la volonté des élites politiques congolaises de tout mettre en œuvre pour maintenir la paix chèrement acquise, consolider la démocratie et enfin relancer la construction du pays.

Il faut pourtant constater que certains signes moins rassurants, pour ne pas dire carrément inquiétants, viennent assombrir les relations entre les deux organisations de la coalition. Il convient d'abord de souligner que dans cette alliance de l'espoir, les deux initiateurs se montrent plus déterminés et marchent manifestement plus vite que leurs militants respectifs, et même que certains de leurs cadres politiques. Dans l'un comme dans l'autre groupe existent des partisans de la rupture. Ceci laisse croire que les troupes n'ont pas été suffisamment informées et convaincues !

Bien plus menaçant, au-dessus de cette question d'information et de conviction des cadres et militants vient s'ajouter une certaine confusion dans le processus de prise de décisions importantes.

Rappelons que la culture démocratique impose aux forces politiques coalisées de se concerter avant toute décision importante susceptible d'impacter l'avenir, tant de la coalition elle-même que des institutions de la République. Tout portent à croire que c'est sur ce point crucial que les violons ont quelque peine à s'accorder.

Les premières interrogations ont fusé lors de l'installation du Cabinet du Président de la République, aucun des cadres supérieurs et moyens de la Présidence sortante n'ayant été retenu dans la nouvelle équipe. A partir de ce signe de méfiance, nombre d'observateurs s'étaient posé la question du degré de confiance, de la qualité du transfert des informations, mais surtout du sens même de la coalition. La logique voulant que les coalisés travaillent ensemble !

D'autres questionnements arrivent, à travers la presse, sur l'atmosphère parfois difficile des négociations entre les représentants de deux bords de la coalition quant à la répartition des ministères dans le futur gouvernement de la République. Deux philosophies s'opposent autour de la table pour trouver la formule la plus équitable. Les uns veulent s'en tenir au rapport des forces démocratiquement issues des élections législatives de 2018 alors que les autres estiment qu'au-delà de la représentation de chacun au Parlement, il faut faire montre de solidarité et accorder une prime spéciale au groupe du Président de la République.

En démocratie, les différences, la contradiction, les échanges et les négociations sont constitutifs de l'essence même de la politique. On peut donc espérer que les compatriotes sauront, le moment venu, privilégier l'intérêt supérieur de la nation et aboutir à un compromis acceptable par tous et de nature à obtenir l'adhésion populaire.

La dernière inquiétude vient des récentes nominations à la tête des deux fleurons de l'économie du pays situés au Katanga. En dehors des aspects légaux, le non-respect par les Ordonnances des prescrits de la Constitution, les cadres du FCC s'interrogent sur les véritables raisons de leur totale mise à l'écart du processus du choix et de la décision ayant conduit à ces nominations. Certaines mauvaises langues vont jusqu'à prétendre que des extrémistes du CACH s'arrangeraient à faire trainer la mise en place du gouvernement, afin de gouverner seuls, autour du Président de la République, le plus longtemps possible.

La coalition FCC/CACH n'a certes pas du plomb dans l'aile, mais est sérieusement bousculée. Il est urgent de débloquer les choses, d'éviter les chemins de la méfiance et des extrémistes pour préserver l'essentiel et permettre à la nation d'aller de l'avant. Nul doute que la sagesse du duo Tshisekedi-Kabila nous permettra de sortir de cette épreuve.

JEAN PIERRE KAMBILA KANKWENDE

Cadre de la coalition FCC/CACH
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