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APRES L’INTERPELLATION DE FATSHI ET LES RATES DES DEUX DERNIERES LEGISLATURES
Porte-parole de l’Opposition : cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?
vendredi 5 juillet 2019

* Les mêmes causes produisant les mêmes effets, des analystes instruits par la crise actuelle au sein de Lamuka, ne cachent pas leur pessimisme.

Le nouveau Chef de l'Etat congolais, déclare qu'il est prêt à accompagner l'opposition dans son pays. A une seule condition que celle-ci puisse s'organiser. C'est doc l'une des idées choc de Félix Tshisekedi, au cours de sa conférence de presse, le mardi 2 juillet à Bunia, capitale provinciale de l'Ituri. Pas besoin d'être surdoué pour comprendre ce que le Chef de l'Etat entend par "organisation de l'opposition". Toutefois, sans lire la pensée de Fatshi, comme dans une boule de cristal, on suppose que l'interpellation du Président de la République renvoie à la désignation du porte-parole de l'opposition.

Par ailleurs, la disposition du Président Félix Tshisekedi, à accompagner l'opposition politique n'a rien de surprenant, tant cela s'inscrit dans le cadre du respect de la loi fondamentale. Dans son article 6, alinéa 3, la Constitution du 18 février 2006 en vigueur en RD Congo stipule que "les partis politiques peuvent recevoir de l'Etat des fonds publics destinés à financer leurs campagnes électorales ou leurs activités, dans les conditions définies par la loi?.

S'agissant justement de l'anti-pouvoir, l'article 8 de la même constitution dispose : " l'Opposition politique est reconnue en RD Congo. Les droits liés à son existence, à ses activités et à sa lutte pour la conquête démocratique du pouvoir sont sacrés. Ils ne peuvent subir de limites que celles imposées à tous les partis et activités politiques par la présente Loi". C'est donc sans équivoque, quand même que les réalités soient tout à fait autres, entre ce qui est prévu dans les textes et la pratique.

Ainsi, à la lumière de la disposition sus-évoquée de la Constitution, l'aide ou plus exactement l'accompagnement de l'opposition politique par le Chef de l'Etat est loin d'être une faveur, tant les textes sont bien clairs. En d'autres termes, l'opposition est constitutionnelle. Et aussi, parce que les Congolais ont accepté le système démocratique, il appartient aux leaders des partis politiques d'investir dans le civisme de leurs militants.Expliquer à ces derniers qu'il n'existe pas de démocratie sans opposition.

Le jeu admet que si l'on a d'un côté, un Chef de l'Etat en même temps symbole de l'Etat et incarnat des pouvoirs publics, de l'autre, on devrait nécessairement avoir un porte-parole de l'opposition comme interface valable du camp au pouvoir. Parce que le Président ne doit pas directement traiter avec tous les opposants, son interlocuteur privilégié est le porte-voix de l'Opposition. C'est lui qui, après échanges préalables en interne, a qualité de porter les préoccupations de ses pairs au niveau du pouvoir.

RENDEZ-VOUS MANQUE EN 2006 ET 2011

Quoi que constitutionnel, le poste de porte-parole de l'opposition en RD Congo demeure encore une chimère. Hélas. Lors de la première législature en 2006, la même opposition s'est trouvée en mal de se désigner son porte-voix. Jean-Pierre Bemba, arrivé deuxième au second tour de l'élection présidentielle en octobre 2006, est pressenti comme porte-parole naturel de l'opposition en l'absence d'Etienne Tshisekedi qui avait appelé au boycott du processus électoral. En mai 2008, patatras ! Le leader du MLC est arrêté dans la banlieue bruxelloise et transféré à la prison de La Haye. Une fois à la CPI, Jean-Pierre Bemba n'autorisera personne d'autre de son parti, le MLC, à briguer ce poste. Jusqu'à la fin de la première législature, la machine s'en trouvera bloquée.

Rebelote en 2011. Cette fois-ci, Etienne Tshisekedi est en situation de devenir porte-parole de l'opposition. Seulement voilà, le lider maximo qui se considère comme le véritable vainqueur de l'élection présidentielle, jusqu'à prêter serment dans sa résidence familiale à la 10ème rue Limete, n'entend plus se considérer en même temps comme opposant. Dans un tel environnement politique où Jean-Pierre Bemba est en prison et Etienne Tshisekedi s'autoproclame Président de la république élu, l'opposition devient acéphale. Et la question en rapport avec la désignation de son porte-parole, mise en sourdine. Jusqu'à ce jour. Depuis, plus rien. On n'en parle presque pas.

La question qui se pose est celle de savoir si, après l'interpellation de Félix Tshisekedi à partir de Bunia, et les rendez-vous manqués des deux précédentes législatures, l'Opposition va cette fois-ci, évacuer l'hypothèque de la désignation de son porte-parole. Autrement dit, cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?

LA CRISE AU SEIN DE LAMUKA….

Le contexte politique actuel est bien différent de celui de 2006 et 2011. Contrairement aux législatures antérieures, où l'Opposition ressemblait à une structure mosaïque, mieux une constellation de forces politiques composites, le processus électoral de 2018 révèle que la même opposition a fait bloc. On ne parle plus des partis politiques. Plutôt d'un regroupement estampillé "Lamuka". Mais la question qui se pose est aussi celle de savoir si cette "Union sacrée de l'opposition" post feu Etienne Tshisekedi, donne des gages nécessaires pour la désignation du porte-parole de l'opposition.

A cette question, des analystes avertis ne se leurrent pas. Car, depuis peu, l'édifice Lamuka présente des fissures béantes qui présagent son écroulement imminent. Ses principaux leaders ne semblent plus regarder dans la même direction. Tous donnent l'impression d'avoir chacun, leurs agendas. Si Antipas Mbussa Nyamwisi s'est carrément résolu à quitter la barque, Jean-Pierre Bemba, quant à lui, est dans une sorte d'expectative. Pour sa part, Moise Katumbi opte pour une opposition républicaine. Seuls Martin Fayulu et Adolphe Muzito s'avèrent restés seuls au front du combat pour la " vérité des urnes ". Bref, l'idéal commun de la lutte de "Lamuka", semble voler en éclats.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, plus d'un analyste averti anticipe pour dire qu'il sera difficile pour l'opposition, de se doter d'un porte-parole. Car, les postures actuelles, sur fond de calculs politiques, ne concourent pas à l'atteinte de cet idéal. Grevisse KABREL
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