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EFFETS INDUITS DE LA GRATUITE DE L’ENSEIGNEMENT DE BASE EN RD CONGO
Le coordo des écoles catholiques y croit et invite à la patience
mercredi 11 septembre 2019

* Pour sa part, la présidente du Syeco appelle à une Commission mixte paritaire pour faire le point sur l'enveloppe débloquée par la Présidence de la République.

La gratuité de l'enseignement de base dans tous les établissements publics, décidée par l'Etat, fait partie de principaux sujets d'actualité en RD Congo. A la deuxième semaine de la rentrée scolaire ouverte le 2 septembre, les débats sur ce sujet n'ont ni cesse ni fin. Que ce soit dans les milieux des parents d'élèves, que dans celui des syndicats des enseignants, optimisme et pessimisme s'en mêlent ! Certains y croient. D'autres pas.

Et, au premier rang des pessimistes, se trouverait un syndicat des enseignants des écoles catholiques qui, selon des sources, menacerait d'appeler à la grève dans les prochains jours, au cas où l'Etat serait dans l'incapacité avérée de respecter ses engagements. Entres autres, le versement des frais de fonctionnement, le réajustement des salaires des enseignants dès fin septembre.

Vu des observateurs, il est de bon droit qu'un syndicat, puisse hausser le ton pour défendre la cause, mieux les intérêts de ses membres. Rien d'anormal, dans la mesure où ce genre de combat procède de sa raison sociale.

Au-delà des attitudes contrariées vis-à-vis de la gratuité de l'Enseignement, observées dans les milieux de certains enseignants et parents de Kinshasa, il faut reconnaitre que la mesure a pris tout le monde de court. En tout cas après plusieurs décennies, aucun parent ne pouvait imaginer qu'il serait exempté de payer, cette année, les frais scolaires de son enfant encore au niveau de l'Enseignement de base, dans un établissement public. De même pour les gestionnaires des écoles. Car, ils se sont vu tout-à-coup sevrés de la traditionnelle "manne " des parents. Et donc à ce jour, tous ces responsables d'établissements scolaires publics ont l'œil tourné vers l'Etat.

Pour toutes les raisons avancées ci-dessus, on peut comprendre la colère de ce syndicat, quand on sait que rentrée scolaire rime impérativement avec préparatifs en termes de fonctionnement. Qui dit fonctionnement, dit achat d'intrants incompressibles. Pour le cas d'espèce, il s'agit de documents pédagogiques tenus par l'enseignant, les craies et autres matériels nécessaires à l'hygiène de l'environnement immédiat des écoles. En l'occurrence les sanitaires.

ACCORDER LE BENEFICE DU DOUTE AU GOUVERNEMENT

Peu importe les bonnes raisons que certains enseignants, via leurs syndicats, auront avancées pour justifier leur défaitisme, plus d'un observateur estiment que ces derniers devraient dans un premier temps, accorder le bénéfice du doute au Gouvernement investi depuis quelques jours et prendre leur part de patience. A partir du moment que l'Exécutif national a promis de procéder au réajustement des salaires des enseignants dès le mois d'octobre prochain, rien ne saurait donc justifier un mouvement de grève dans ce secteur de l'Enseignement primaire et secondaire(EPS).

Quand Félix Tshisekedi, dans son message à la nation le dimanche dernier, appelle au changement de mentalité, d'aucuns estiment que le sacrifice doit être partagé par tous les Congolais. Si le changement passe par ce sacrifice, alors ça vaut le coup pour des raisons faciles à imaginer. La principale est que la gratuité de l'Enseignement de base dans les écoles publiques, comprise comme la reprise en charge de l'enseignant congolais par l'Etat, bien que consacrée dans la Constitution du 18 février 2006, aura pour effets de valoriser,non seulement le plus beau métier du monde, mais aussi et surtout, l'enseignant vis-à-vis de ses élèves. Car, plus les enseignants dépendent financièrement des enseignés, plus ces derniers deviennent des clients. La suite est connait de tous.

LA FOI DU COORDONNATEUR DES ECOLES CATHOLIQUES

Vécue comme une réalité dans les années 70 et 80, tournée en rêve dès la troisième année de la décennie 90, la gratuité de l'Enseignement de base dans les écoles publiques en RD Congo, est redevenue une réalité. De quoi contenter les parents, pour la plupart sans ressources nécessaires pour scolariser leurs enfants.

Cependant, à l'entame de la deuxième semaine de la rentrée scolaire, certains responsables du secteur pointent du doigt, certaines écoles catholiques qu'ils accusent de vouloir intentionnellement saboter la mesure prise au plus haut sommet de l'Etat. Parmi les accusateurs, figure Mme Cécile Tshiyombo, Secrétaire générale du Syndicat des enseignants du Congo (SYECO).

Contactée par Forum des As hier au téléphone, Mme Cécile Tshiyombo, a montré du doigt, des écoles catholiques des grandes villes du pays. Principalement celles de la capitale Kinshasa qui, selon elles, seraient inscrites dans une sorte de statuquo ante.

"La rentrée scolaire 2019-2020 est bel et bien effective sur l'ensemble du territoire national. Cependant, il faut reconnaitre qu'Il y a des couacs. Des responsables de certaines écoles conventionnées catholiques sont en train d'intoxiquer leurs enseignants, leur demandant de ne pas encore renouer avec la craie. Qui plus est, certains de ces gestionnaires vont jusqu'à refuser de restituer les acomptes des frais scolaires déjà perçus. D'autres repoussent tout enfant dont les parents n'ont pas payé les uniformes à l'école. Ce qui est inadmissible", gronde Mme Cécile Tshiyombo, au téléphone de Forum des As.

Pour sa part, l'abbé Noël, Coordonnateur des écoles conventionnées catholiques en RD Congo, joint au téléphone hier dans la soirée, a rejeté d'un revers de la main, toutes les accusations contre les établissements scolaires gérés par l'Eglise catholique romaine.

" C'est faux. Toutes les écoles catholiques s'inscrivent dans la logique de la gratuité de l'enseignement de base. Et d'ailleurs, l'opinion doit se rappeler que déjà au mois de juin dernier, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), a été la première structure ecclésiastique à exiger la gratuité de l'enseignement. Un mémorandum avait même été remis au Président de la République. Et donc, je rejette complètement le langage discriminatoire de certaines personnes contre les écoles conventionnées catholiques ", rétorque l'abbé Noël.

En toute modestie, le coordonnateur des écoles catholiques reconnait qu'il existe effectivement des écoles où la rentrée est encore timide. Rien de nouveau, dans la mesure où chaque année, il en a toujours été ainsi. " C'est une reprise des cours qui intervient après près de deux mois de grandes vacances. A ce titre, il existe des enfants qui ont passé leurs vacances ailleurs et doivent s'apprêter à rentrer dans leurs milieux de vie habituels. Dans ces conditions, il parait bien évident que certaines classes ne puissent accueillir leurs effectifs réguliers. Quant à assimiler cette situation à un quelconque boycott de la mesure portant gratuité de l'enseignement de base, je considère cela comme des raccourcis malveillants ", renchérit le numéro 1 des écoles catholiques.

Par ailleurs, l'abbé Noël soutient que certaines raisons techniques pourraient expliquer la timide reprise des activités de l'année scolaire 2019-2020 dans certaines écoles catholiques. " Aucune école n'a déclaré ni l'arrêt des cours ni le boycott de la gratuité. Au stade actuel, on ne peut pas proférer des menaces au Gouvernement. On ne construit pas la société avec le conditionnel. Je fais confiance au Gouvernement. Il lui appartient de prouver que je n'avais pas raison de lui faire foi. Nous appuyons toutes les mesures d'accompagnement prises. J'accorde une chance au Gouvernement. J'attends dans la patience, ce que l'Exécutif a promis en termes d'effets induits de la gratuité de l'Enseignement. A savoir, le réajustement des salaires, le payement des frais de fonctionnement, la réhabilitation progressive des infrastructures scolaires… " conclue l'abbé Noël. Grevisse KABREL
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