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INTERVIEW
Jean-Claude Muissa : " l’assainissement est une priorité dans le programme du gouvernement provincial "
mardi 17 septembre 2019

La ville de Kinshasa est confrontée à un sérieux problème d'assainissement. Dans plusieurs communes l'insalubrité est un véritable fléau. Après la fin du contrat avec l'Union Européenne, à travers le Projet d'Appui à la Réhabilitation et l'Assainissement Urbain (PARAU), le gouvernement provincial de la ville de Kinshasa a eu du mal à poursuivre les opérations de gestion des immondices. Ainsi, pour veiller à l'assainissement de la ville, l'assemblée provinciale a instauré, depuis 2013, le Fonds d'assainissement de Kinshasa (FONAK). Pour éclairer la lanterne de ses lecteurs sur le rôle et le fonctionnement de cette structure, Forum des As a approché le Directeur général du Fonak, Jean-Claude Muissa. Interview.

Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs ce qu'est le Fonds d'assainissement de Kinshasa et son rôle ?

Le fonds d'assainissement de Kinshasa, est un fonds fiduciaire. Et nous avons comme mission de pouvoir financer les travaux liés à l'assainissement et à la protection de l'environnement. L'assainissement est une priorité dans le programme du gouvernement provincial à travers le projet ''Kinshasa Bopeto'' qui est tout un plan visant non seulement à assainir la ville mais aussi, les mœurs et le changement de mentalité. Nous avons besoin d'assez de ressources pour atteindre nos objectifs.

Le Fonak existe depuis combien de temps ?

C'est depuis 2013 que l'assemblée provinciale avait, dans un édit, instauré le Fonak. Mais c'est seulement en 2016 que le gouverneur de l'époque a jugé bon de pouvoir mettre en place la structure et nous sommes opérationnels depuis fin 2017. Ce n'est pas aisé de pouvoir trouver de fonds par les temps qui courent. Le pays traverse une crise multidimensionnelle et il y a très peu de donateurs à ce sujet. Mais nous sommes dans l'obligation de faire en sorte que ces travaux d'assainissement soient financés, ce qui je le souligne déjà coûte cher.

Les gens disent que vous parlez peu. Est-ce une stratégie ?

Il y a un principe dans les finances qui dit " l'argent n'aime pas le bruit " alors quand vous avez l'argent faites en sorte de pas faire trop de bruits de peur que tout le monde ne vous saute dessus.L'essentiel c'est de pouvoir être en mesure d'accomplir la mission qui vous a été assignée en toute humilité et modestie de façon que le travail soit bien fait. Je vous avoue que pour le moment, nous ne sommes pas encore en mesure de pouvoir couvrir l'ensemble de la capitale. Nous le faisons. Mais petit à petit, tout en essayant de mobiliser le plus de ressources possibles de manière à bien assainir la ville.

Lors de votre intervention au Forum Expo béton, vous avez fait allusion à un système de gestion intégré de déchets dans la ville. De quoi s'agit-il exactement ?

Il m'a été demandé, lors de ce forum, d'expliquer comment la ville évacue les déchets d'origine ménagère. Le schéma est le suivant : les ménagers produisent des déchets d'origine végétale ou animale qu'ils confient à des éboueurs qui, à leur tour, vont les déposer dans des décharges agréées appelées Station de transit ou de transfert. C'est la collecte primaire. De là, les immondices sont acheminés vers la décharge finale. Mais un constat se dégage : on ne respecte pas ce schéma. Il y a une évasion d'ordures, entre la décharge agréée et la décharge finale. Ce, parce que les éboueurs au lieu d'aller vers les lieux de transit et décharges finales, évacuent les déchets dans les rivières, les caniveaux. Ce qui n'est pas normal. Aussi nous voulons formaliser les choses avec l'implication des bourgmestres qui ont une gestion de proximité pour pouvoir respecter ce système de gestion intégrée de déchets dans la ville.

Les espaces publics de la ville tel que la Place des évoluées sont gérés par le Fonak. Comment vous vous y prenez pour veiller à la salubrité des lieux ?

Si le Fonak existe, c'est pour gérer en priorité tout ce qui est assainissement dans la ville. Aussi pour récolter des fonds d'entretien de l'espace, ceux qui veulent l'occuper doivent payer une taxe ou redevance dont une partie sera canalisée vers le Fonak, qui à son tour, le mettra à la disposition d'un opérateur public ou privé spécialisé dans les travaux d'assainissement. Lorsqu'il s'agit d'un opérateur public c'est la Régie d'assainissement de Kinshasa (RASKIN) qui s'en occupe. Et et si c'est un privé ce peut-être une ONG ou une PME. Au fait on applique le principe de pollueur-payeur.

Les kinois sont-ils au courant de ce principe" pollueur-payeur " ?

C'est un principe émis par la conférence sur la Terre et la RDC est signataire de cette disposition. Nous traduisons ce principe en termes de taxe dont le payement est obligatoire.Nous parlons ici de la taxe d'assainissement et il nous appartient à nous, Pouvoirs publics de vulgariser ce principe et cela avec l'aide des medias pour relayer l'information.Et, nous utilisons aussi d'autres canaux pour sensibiliser la population tels que les écoles, les églises, les universités …

En des termes simples que signifie le principe pollueur-payeur ?

L'homme produit des déchets et l'Etat qui en devient propriétaire doit les évacuer. Actuellement, on est arrivé au point qu'il faut même les valoriser. Dans le temps, on brûlait des déchets ou encore on les enfouissait sans pourtant se rendre compte de tout ce qu'on peut tirer du déchet. Mais aujourd'hui, le déchet c'est de l'or vert. Car on peut le lui donner une seconde vie à travers la valorisation. Cela devient de la matière première pour les usines de transformation. C'est pourquoi, il est important de respecter le système d'évacuation pour pouvoir avoir le peu de déchets possibles dans la ville. A Kinshasa, nous produisons neuf mille tonnes de déchets par jour et c'est lié à chaque individu. Il a été démontré à travers des études qu'un individu dans un pays comme le nôtre produit en moyenne sept cent grammes de déchets. Vous avez produit des déchets, l'Etat a mis en place des taxes qui est un impôt obligatoire, dans le cas de l'assainissement aussi bien les personnes physiques que morales doivent payer parce nous polluons tous.

Comment le Fonak s'organise-t-il pour collecter ces taxes ?

Sur ce point, nous sommes confrontés à des difficultés. Normalement c'est la DGRK qui est chargée de mobiliser l'ensemble des impôts, taxes et les acheminés vers le Fonak. La ville de Kinshasa compte plus de huit cent mille parcelles avec plusieurs ménages. Or, nous n'avons pas assez de ressources humaines pour collecter ces taxes. C'est ainsi que nous avons pensé, pour un début à passer par la Regideso en insérant cette taxe dans les factures des abonnés domestiques. Ce, pour pouvoir capter le plus grand nombre d'assujettis bien que toutes les parcelles de la capitale ne sont pas connectées au réseau de la Regideso. Mais, il y a eu quelques réticences du coté de cette entreprise. Car il craignait que cela n'alourdisse encore le paiement des abonnés, déjà qu'ils ont des difficultés à faire des recouvrements. Nous avons alors regardé leur statistique et avons convenu de prendre un taux de 10% pour que cela ne pèse pas trop sur la charge des ménages.Ce qui signifie que si vous avez une facture de 5000 franc vous allez payer 500 franc pour la taxe d'assainissement. Cependant, avant d'en arriver là, il doit y avoir un arrêté interministériel entre ministère de l'Economie et celui des Ressources hydrauliques et électricité. Et cet arrêté doit avoir l'avis favorable de la Primature. Le gouverneur de la ville a écrit au Premier ministre Ilunga pour obtenir cet avis afin que nous puissions commencer.

Sous d'autres cieux les habitants sont conscients des bienfaits d'un environnement sain. Ne pensez-vous que pas qu'il soit important de passer par une sensibilisation de la population pour leur expliquer le bien-fondé de cette taxe ?

C'est exact, parce que sans éducation civique fiscale nous n'allons pas réussir notre mission. Ailleurs, cette éducation continue. Il faut sans cesse marteler sur ça et appeler les gens à adhérer à la politique. Ici, je pense que la population prend de plus en plus conscience de l'importance de la salubrité, parce que lorsque l'on pose la question aux Kinois de citer leurs problèmes majeurs, ils commencent par l'insalubrité, l'eau… c'est déjà une prise de conscience de la population et c'est un atout parce que lorsque nous allons communiquer, le message pourra passer facilement. A travers l'opération "Kinshasa Bopeto", il y a tout un programme d'éducation qui sera mis en place pour sensibiliser la population.

Pourquoi avoir divisé la ville de Kinshasa en quatre zones dans votre projet de système de gestion intégré de déchets ?

La ville de Kinshasa présente quatre visages. La ville ne présente pas partout les mêmes aspects. A Gombe, la ville est urbanisée avec des collecteurs, des ouvrages d'assainissement, des poubelles. Cette commune peut être gérée comme tout autre ville du monde. Une autre partie de la ville est semi urbanisée, une autre rurale et semi rurale. Prenons en exemple la commune de Kimbanseke, il n'y a pas de route, pas d'eau, pas d'électricité. Pour assainir cette municipalité il faut tenir compte de ses spécificités, on ne va pas mettre un bac poubelle au coin des avenues, mais plutôt des bennes à poubelles. De plus, il se pose le problème de voies d'accès pour acheminer ces bennes et les évacuer. Il faudra peut-être procéder à des collectes de porte à porte avec des chariots. Au regard de cette réalité, nous pouvons diviser la ville en deux : La partie urbanisée et celle non urbanisée, donc rurale. En tenant compte de ses aspects, nous aurons deux systèmes d'évacuation.

Quels sont les objectifs fixés par le Fonak à court, moyen et long terme ?

L'un de nos principaux objectifs, c'est de rendre Kinshasa propre. Parmi nos missions secondaires, à court terme nous pensons à financer les travaux de la RASKIN et de certains opérateurs privés dans le cadre du reboisement. A moyen terme, nous allons trouver des mécanismes pour rendre possible ce financement tel que la vente et la distribution des sacs poubelles. Notre objectif est aussi d'atteindre les autres communes pour l'assainissement où le projet PARU n'a pas disposé de décharges publiques et ainsi à long terme atteindre l'objectif zéro déchet qui existe déjà dans d'autres pays.

Le Fonak a-t-il, au niveau du financement, des partenariats avec les établissements publics et privés ou encore des bailleurs de fonds internationaux ?

Si le Fonak a été mis sur pieds, c'est aussi en partie grâce aux partenaires et bailleurs de fonds internationaux qui ont émis le vœu de voir une structure qui puisse avoir pour mission, de gérer ce secteur et financer les opérations d'assainissement. Ils ont souhaité que leur part de financement soit réellement canalisé vers une structure fiduciaire pour pouvoir mieux retracer les fonds alloués à ce genre d'activité. Aussi, pour renflouer nos caisses avons-nous recours aux taxes, aux contributions mensuelles volontaires de la part de la présidence et de certaines entreprises publiques, qui ont été suspendues et que nous pensons relancer avec le nouveau gouvernement mis en place. Nous avons également l'appui du gouvernement aussi bien provincial que central, nous avons aussi des dons, des legs des partenaires.

Vous vivez à Kinshasa depuis longtemps, aujourd'hui vous voyez ce qu'elle est devenue. Comment la visualisez-vous demain ?

A cette question je me permets de rêver et ce rêve nous le partageons avec le gouverneur de la ville. On rêve d'un " Kinshasa Bopeto ", cela résume tout. C'est-à-dire une ville propre, assainie, tout ce qu'il y a de plus beau. Un tableau qui reflète tout ce qu'on peut trouver dans une ville, de belles rues, des images d'assainissement calibré, une population qui respecte l'environnement, les places publiques et qui ne construit pas sur les caniveaux. Nous souhaitons que Kinshasa retrouve ses couleurs. Propos recueillis par Fyfy Solange TANGAMU
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