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EN MARGE DE LA JOURNEE MONDIALE DES ENSEIGNANTS ET ENSEIGNANTES
Kinshasa : Jean-Bosco Limomo appelle le gouvernement à organiser correctement la gratuité de l’enseignement dans le pays
mercredi 9 octobre 2019

Célébrée le 5 octobre dernier, la Journée mondiale des enseignants a été l'occasion de faire l'évaluation de la gratuité de la scolarité, un mois après la rentrée des classes. Abordé par "Forum des As", Jean-Bosco Limomo, délégué des enseignants du lycée Boyokani, donne sa lecture de la rentrée scolaire en cours. Interview.

Forum des As : Le Président Félix Tshisekedi a décidé de rendre effective la gratuité de l'enseignement au cours de cette année, conformément à la Constitution. Comment avez-vous personnellement accueilli cette décision ?

Jean-Bosco Limomo :La gratuité de l'enseignement a été accueillie avec beaucoup de réserves dans notre lycée. Tout d'abord, parce qu'au niveau du Gouvernement, plusieurs communiqués se sont succédés. Certains stipulaient que la gratuité commence dans l'éducation de base, c'est-à-dire de la maternelle à la huitième. S'en sont toutefois suivi d'autres qui soulignaient que la gratuité se réduit juste à l'école primaire, la septième et la huitième n'étant pas concernées. Par ailleurs, le président lui-même dira à la tribune des Nations Unies que la gratuité est effective, seulement dans les classes de l'école primaire. Ces différentes déclarations prêtent à confusion.

Un mois après la rentrée scolaire, estimez-vous que la gratuité de l'enseignement est réellement effective?

C'est vrai que la gratuité dans notre école, le lycéeBoyokani, est déjà opérationnelle. Bien plus, la septième et la huitième année sont dans la gratuité totale. Mais, la manière dont cette gratuité a commencé laissait à désirer. Les choses n'ont pas été faites en amont. C'est-à-dire on devrait arranger ou préparer la gratuité par la paie normale des enseignants vers le mois de septembre. Mais, on nous demande d'attendre jusqu'au mois d'octobre, lorsqu'on va augmenter le salaire des enseignants. Ce qui a provoqué notre souffrance. Nous ne sommes plus calmes comme dans le passé. Nous ne sommes plus dans la sérénité financière comme avant.

Dans des établissements scolaires où vous œuvrez, l'application de la gratuité ne pose-t-elle pas de problèmes dans le chef des enseignants, en termes de prise en charge du gouvernement ?

Les écoles conventionnées catholiques sont des écoles qui étaient dans la trempe de la motivation de 100 à 300 Us. Imaginez une personne qui touchait 300$ et vous lui donnez 100$. Qu'est-ce qu'il fera avec ? La personne ne saura même pas honorer ses charges. En effet, la gratuité maintenant est favorable aux écoles de seconde zone, qui n'avaient pas une motivation conséquente. A nous, elle pose beaucoup de problèmes, entre autres celui de savoir comment compenser les frais supprimés suite à la gratuité. En fait pendant plusieurs années, nous avons fonctionné avec des ressources fournies par des parents qui étaient là pour nous motiver. Mais maintenant que les choses ont changé, nous faisons face à deux problèmes majeurs. Primo, le problème du niveau, c'est-à-dire le niveau où la gratuité est essentiellement opérationnelle. Secundo, dans les finances, et donc la paie des enseignants. Précisions que ce n'est pas que nous ne voulons pas de la gratuité, mais il faut des préalables : que l'on paie conséquemment les professeurs et les enseignants.

Quelles sont les principales revendications des enseignants ?

Nous devons savoir que la motivation des parents n'existe plus pour tous les niveaux où a été décrétée la gratuité. Alors c'est simple, nous revendiquons nos droits. Ce qui sous-entend que l'Etat doit nous donner un salaire capable de nouer les deux bouts du mois, nous permettant de subvenir convenablement aux besoins de nos familles. Nous voulons d'un salaire adéquat, autrement dit un salaire international qu'eux-mêmes connaissent. Car, nous n'allons plus recevoir quelque chose de la part des parents. Il ne nous reste plus que le salaire que l'Etat alloue pour nous.

S'il vous êtes demandé de faire des recommandations au Gouvernement, que lui suggériez-vous ?

Le Gouvernement devrait prendre plus d'années pour préparer la gratuité de l'enseignement, afin que tout ce qui pouvait être comme difficulté soit aplani. Ainsi, fort de l'expérience reçue, il pourrait facilement corriger là où ça a raté. Il fallait préparer cette gratuité année par année. Ainsi, nous pourrions avoir des résultats escomptés lors de la mise en place totale de cette gratuité. Quand c'est fait précipitamment, il y a risque de faire du mélimélo dans l'éducation. Or, pour la réussir, il faut aller doucement.

En marge de la Journée mondiale des enseignants célébrée le samedi 5 octobre dernier, avez-vous un message particulier à adresser à tous les professionnels de la craie du pays?

Pour nous les enseignants, nous voulons que l'Etat reprenne ses responsabilités en main. Qu'il nous prenne en charge, mais qu'il le fasse très bien, en nous donnant un salaire capable de nous faire vivre. Aussi, qu'il organise correctement cette gratuité telle que prescrit par la Constitution. En rémunérant mieux l'enseignant, le Gouvernement pourra sauver la gratuité de la scolarité. Propos recueillis par Tania MUBUADI et Christelle GIBEMBA
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