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LUOZI ET SES ENSEIGNANTS RETRAITABLES
Ces vieux enseignants de Luozi qui continuent à œuvrer, malgré eux !
jeudi 31 octobre 2019

Octogénaires, septuagénaires, …, fatigués car pliant sous le poids d'une longévité de carrière - soixante ans ou plus -, le secteur de l'enseignement en République démocratique du Congo (RDC) peut s'enorgueillir de regorger d'un nombre important d'agents (enseignants debout et assis) qui continuent à œuvrer. Pourquoi ne sont-ils pas retraités ou pourquoi l'employeur refuse ou tarde à les envoyer en retraite ? Luozi en compte aussi. Forum des As a rencontré l'un d'eux. Bamanisa Matoko Jérôme. 83 ans d'âge, 60 ans de carrière, nous a livré son cri de cœur.

S'étant lancé dans la carrière enseignante depuis 1959, Bamanisa Matoko Jérôme, continue à travailler, en dépit de son âge (83 ans) et les années de service (60 ans) pour attendre sa retraite qui tarde à venir, nous a-t- il confié. Il a du moins tenté de la solliciter auprès de l'Etat congolais, avant de renoncer car, nous a-t-il dit, ceux qui sont déjà retraités ne bénéficient pas de leur pension. " Ainsi ai-je décidé de continuer à enseigner pour ne pas perdre ".

Plusieurs missions chargées d'inventorier les enseignants retraitables sont passées à Luozi en donnant de l'espoir de résoudre ce problème. Mais réalisant que cela ne se réalisera pas du tout, du moins dans l'immédiat, M. Bamanisa a jugé bon de continuer à travailler, se jugeant encore fort et pour ne pas perdre les avantages dus à un retraité.

Maître Bamanisa, comme les Luoziens l'appellent affectueusement, partage le même calvaire avec d'autres collègues. A l'EP Tusavuvu, du réseau catholique où il enseigne), ils sont au total cinq enseignants retraitables. Messieurs Simon Lukeba, Félicien Ngitukulu, Mayala et Madame Bibi Fatuma piaffent d'impatience d'aller en retraite, mais pas dans n'importe quelles conditions.

RAREMENT MALADE

Bamanisa Matoko s'estime heureux de tenir encore aujourd'hui le coup sur les plans physique et sanitaire Il nous a révélé qu'il pouvait rester debout en classe pendant plusieurs heures, qu'il tombait rarement malade - parfois deux fois le trimestre -. Son secret : " Je fais beaucoup d'exercices physiques ". A 83 ans, il est capable d'enfourcher son vélo, don d'un prêtre catholique, Père Hugo, pour franchir les 6 jours par semaine les quelque trois kilomètres qui séparent sa maison et son école. Cet ancien diplômé d'EAP (Ecole d'apprentissage pédagogique) tient le coup peut-être en raison de son passage dans l'armée pendant 8 ans.

Ce qui n'est pas le cas pour les autres vieux collègues qui n'arrivent pas à se tenir debout en classe pendant 5 heures de cours sans s'asseoir. Leur marche accuse leur état physique fatigué.

Au sujet de son salaire, lui agent de 2ème classe, père de 6 enfants, il a éprouvé de la honte pour en dévoiler le montant :…110 000FC. " Que faire de ce montant, moi devenu père et plusieurs fois grand-père ? ", se plaint cet enseignant qui ne porte pas de lunettes même quand il prépare ses leçons à la lampe tempête.

Bamanisa Matoko ne regrette cependant pas d'avoir choisi le métier d'enseignant car il reconnait bénéficier de l'aide de la part de ses enfants biologiques, et de ses anciens élèves qu'il rencontre à Kinshasa, à Matadi et à Mbanza-Ngungu qui le comblent souvent de cadeaux. Quant à l'Etat, il reconnaît avoir reçu de lui 2 médailles (en or et en argent) après avoir accompli 25 ans de services. Voilà pour les quelques bons souvenirs qu'il retient durant ses 60 ans de service.

PLUSIEURS METIERS APPRIS

Comme membre de scout, sous le totem de 'fourmi infatigable ", aujourd'hui au grade de commissaire de scout, M. Bamanisa a appris presque tous les métiers. Ce qui lui a permis de créer une troupe de théâtre dénommée EPCM (Education populaire pour le changement de mentalités) qui se produit à la Radio Ntomosono et aide à sensibiliser la population du territoire sur les tares de la société.

Au sujet de la gratuité de l'enseignement de base avec laquelle il se rappelle avoir étudié à l'époque, il a déclaré que c'était " une bonne chose car elle permet à tous les enfants d'étudier pour éviter l'analphabétisme ". Mais le seul couac, ajoute-t-il, " c'est l'Etat qui ne parvient pas encore à gérer le problème des enseignants à qui il a enlevé la motivation payée jadis par les parents " [sans espoir de la remplacer]. Il a en outre fustigé la disparité de ce qu'il paie actuellement aux enseignants comme supplément aux salaires, selon les milieux où l'on se trouve ; 139 000 FC à Kinshasa, 39 000 FC. Cette différence, craint-il, " va contribuer à baisser le niveau de l'enseignement. "

MAUVAIS SALAIRES POUR PLUSIEURS FORMATIONS

" A notre époque, notre salaire, se rappelle-t-il, était réparti en 8 rubriques : traitement de base, études faites (diplôme), logement, transport, soins médicaux, ancienneté, technicité et allocation familiales. ".Comme pour demander à l'Etat d'y revenir.

Aux autorités de l'EPST (Enseignement primaire, secondaire et technique), il a adressé un message d'interpellation. " Si l'enseignement ne marche plus, c'est entre autres à cause du changement des méthodes de travail. En outre, il y a plusieurs enseignants retraitables qui continuent à travailler, alors qu'ils doivent aller à la retraite. Nous demandons qu'ils soient retraités pour les remplacer par les jeunes ", a-t-il plaidé.

Pour ce chevalier de la craie, les enseignants se plaignent du nombre élevé de changements de programmes dans le secteur " Nous avons de mauvais salaires, plusieurs formations. Quand est-ce que nous allons encore mettre en pratique toutes ces formations nous les retraitables ? " s'est-il demandé. Kléber KUNGU
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