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MEDITATION CITOYENNE DE FRANK FIKIRINI MWENE-MBAYU
En Rdc, les discours doivent céder la place aux actions
vendredi 17 avril 2020

* Décryptage d'un testament politique

Au regard des suspicions moult fois illustrées et ravivées entre les partenaires de la coalition au pouvoir en République Démocratique du Congo, dont le dernier cas en date est la contradiction autour de la tenue projetée du Congrès réunissant les deux chambres du parlement aux fins d'encadrer par une loi l'ordonnance du Chef de l'Etat ayant décrété l'état d'urgence sanitaire (version officielle), ce n'est plus qu'un secret de Polichinelle qu'il se pose un réel problème de repères fondamentaux pour l'action des pouvoirs publics rd-congolais, chaque acteur y allant de ses propres certitudes et autres convictions politico-philosophiques, personnelles ou de groupes stratégiquement antagoniques dans une coalition melting-pot du point de vue idéologique. Il est peut-être temps d'examiner une approche éthico-politique non-labellisée, celle effleurée par l'Abbé Apollinaire Malumalu, qui pourrait et peut-être devrait servir de repère neutre (non conflictogène) pour les uns et les autres.

Dans une émission qui, par la force des choses, est devenue son émission-testament réalisée par le journaliste Paulin Mukendi, l'ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), paix à son âme, évoquait son rêve pour le Congo, son pays. Il y souligne que les élections ne constituent qu'un point de départ et non d'arrivée, appelant par conséquent à ce que, après les élections, les discours cèdent la place aux actions. Des actions à ordonner sur des valeurs, en bannissant les antivaleurs qui ont gangrené le pays, dont principalement l'arbitraire et l'impunité. Des actions pour lesquelles les ressources doivent être "d'abord nos propres capacités " avant de pouvoir compter sur les amis qui viennent pour l'investissement. Des actions dont l'élan se doit d'être réaliste selon le sage conseil que Malumalu et ses confrères avaient reçu de Monseigneur Emmanuel Kataliko : " dans la vie, il faut éviter des gens qui caressent des grands projets sans aucune réalisation. Il faut avoir l'humilité du commencement. Osons commencer et les autres vont continuer avec l'œuvre. Au lieu d'avoir dans les tiroirs des projets irréalisables d'un pays dont nous rêvons mais que nous ne verrons jamais (…), commençons à agir au fur et à mesure. " Tout un enseignement qu'il sied de décrypter.

L'humilité du commencement est l'entre-deux des ratiocinations ou verbosités socialement stériles et des œuvres improvisées qui ne procèdent d'aucune vision structurée et structurante, sinon du banal et pervers goût du lucre, recherché coûte que coûte, au prix de l'honneur de prestataires des services publics et de la nation elle-même.

L'humilité du commencement implique, pour les acteurs politiques et sociaux, une attitude non-prétentieuse. Il est en effet pernicieux pour un acteur politique, de se prendre pour le nombril du monde, l'alpha et l'oméga sans qui rien ne peut se faire et en dehors de qui tout est inexistant, quelle que soit la situation réelle au plan ontologique.

Il se fait que la République Démocratique du Congo n'a longtemps connu que le modèle dictatorial comme mode de structuration mentale et politique de la société, praxis scientifiquement appuyée sur les études de Maurice Duverger pour qui, " Le parti unique peut fournir un premier encadrement des masses qui permet de leur inculquer progressivement une formation politique : le régime autocratique qu'il engendre peut supprimer les féodalités de tous ordres et de toutes catégories et créer les conditions économiques et sociales indispensables au développement futur de la liberté politique. " (cf. Duverger, M., cité par Mobutu, Dignité pour l'Afrique - entretiens avec Jean-Louis Remilleux -, Albin Michel, Paris, 1989, p. 85). A l'évidence, les féodalités ont été contenues. Mobutu mérite une palme pour avoir consolidé l'élan nationaliste et avoir défendu l'unité et l'indivisibilité du Congo. Mais les conditions économiques et sociales sont restées des plus à plaindre. Les différents régimes post-Mobutu n'y ont que fort peu remédié, à cause notamment des impératifs sécuritaires constants qui ont accaparé l'essentiel des moyens et d'énergies. La liberté politique, quant à elle, a été supplantée, à la faveur des vagues de libération, devenues en fait des occasions de déchainement des pulsions primaires longtemps étouffées, pas toujours à tort. Le défi consiste désormais à allier la notion de liberté à celle de responsabilité. Celle-ci, étant d'essence morale, s'étend sur tous les champs où cette dernière est appelée à agir. Pour ce faire, la conversion des mentalités s'impose encoure et toujours. Lorsque le Président Félix Tshisekedi dit à ses affidés et autres laudateurs de circonstance sous le mode " esika mayi ezo tshiola " (entendez : la meilleure position pour la jouissance animalisée des faveurs du prince), lorsqu'il leur dit, disais-je, " ne faites pas de moi un dictateur ", cela peut être considéré comme un bon signal dans la bonne direction. Mais il faut aller plus loin, jusqu'à réinventer de nouveaux paradigmes sociaux. Le pays ne manque pas de savants et de sages-penseurs pour ce faire. Ces derniers doivent simplement, eux aussi, sortir des vieux carcans qui en font souvent des simples instruments au service des puissances du jour, limités à valider scientifiquement leurs velléités, aussi indéfendables qu'elles puissent être. Honoré N'gbanda nous en a donné le parfait exemple à travers l'expression " la science au service du MPR " utilisée et illustrée dans son ouvrage La transition au Zaïre. Le long tunnel (NORAF, Kinshasa, 1995, p. 33.). La science au service de la République devrait surplomber le service des puissances du moment. Encore que ces puissances même, nous l'avons dit dans une précédente étude, n'ont de raison d'être que le même service de la République. Le point de jonction entre les deux est donc tout donné, honnêtement parlant. Le rôle de la science ou des scientifiques - si l'on veut - est d'éclairer de la lumière de la raison (en ses divers aspects spéculatif, technique et éthique) tous ceux qui servent la République, qu'ils soient de gauche, de droite ou du centre. Qu'ils soient d'hier, d'aujourd'hui ou de demain. Ce, sans jamais s'enfermer dans un quelconque carcan susceptible de l'altérer.

C'est donc au nom de la raison qu'il sied d'interroger la tendance de certains nominés à des postes de responsabilité étatique, à jeter aux oubliettes tout ce qui a été entrepris par leurs prédécesseurs, uniquement pour faire prévaloir leur marque personnelle. Qu'y gagne le pays, sinon avancer à reculons sous le mode " deux pas en avant, trois pas en arrière " ? Le professeur Mokonda Bonza, plusieurs fois ministre sous Mobutu dont il fut en plus Directeur de cabinet, a présenté récemment dans une émission télévisée, ses regrets quant à cette forme de discontinuité de l'action de l'Etat vécue en RDC depuis des lustres. Il y a là matière à interpellation pour la conscience républicaine face à cette culture de la médiocrité dont l'élite congolaise doit se départir. Sinon, on changera d'acteurs autant de fois qu'on le voudra, sans jamais changer de manière de faire, encore moins les conditions sociales des Congolais, réduits à la situation de l'âne dans la fable de Phèdre : l'âne changeait de maîtres, mais il lui était imposé le même joug, les mêmes privations, etc. au point qu'in fine, il était établi que le changement était perceptible uniquement pour les maîtres qui perdaient ou recouvraient le privilège de se servir de l'âne à leur guise, mais jamais il n'y avait de changement pour l'âne qui ployait sous le poids du même fardeau à travers tous les régimes. Est-ce là le sens que nous voulons que l'histoire retienne de nos différentes révolutions et autres luttes pour le changement ?

La politique doit être un apostolat, un espace d'altruisme, de dévouement pour les autres, et non uniquement un jeu d'egos. Il sied de dénoncer et fustiger ce dernier au nom de la raison et de la nation. Il faut une vision nationale articulée sur tous les secteurs de la vie des citoyens et portée par l'élu de la nation. Car l'élection démocratique de ce dernier procède du choix porté par la majorité de ses concitoyens sur son programme d'action, conformément aux normes et règles nationales ad hoc. C'est donc dans ledit programme d'action que doivent s'inscrire les efforts, le génie et les talents des individus, serviteurs de l'Etat. Le fait est que chez nous, l'option pour une coalition en lieu et place d'une cohabitation à la suite des résultats des élections du 30 décembre 2018, a généré un programme commun de ladite coalition dont la normalité, au plan institutionnel, repose à la fois sur le fait qu'il a pour matrice le programme présenté par le Président de la République lors de sa campagne électorale, mais aussi et surtout sur le fait qu'il a été endossé par le Chef de l'Etat qui, de ce fait, le porte. Continuer de dissocier, après une telle évolution, le programme du Président de la République de celui de la Coalition comme on l'a constaté dans un récent débat, devient un non-sens, une position totalement incohérente et intenable en tant que telle. Aujourd'hui, le programme du Président de la République, réajusté ou enrichi - si l'on veut - est bel et bien celui de la coalition présenté à l'Assemblée nationale par le Premier-ministre, chef du gouvernement. Cela étant, les coalisés doivent se rendre à l'évidence et savoir qu'ils gagneront ou perdront ensemble. Voir les choses autrement, ce n'est pas être conséquent avec les options prises en âme et conscience et urbi et orbi. C'est aussi perdre de vue qu'en fin de compte, l'objectif ultime est le service du peuple, un moyen ne devant pas devenir une fin et inversement. En parlant du service du peuple ou des serviteurs du peuple, j'ai noté que le Président Félix Tshisekedi préfère qualifier les membres de son gouvernement d' " esclaves du peuple ". Qu'ils veuillent le manifester, pour ainsi reprendre une expression chère au Cardinal Laurent Monsengwo lorsqu'il dirigeait la Conférence Nationale Souveraine. Qu'ils le manifestent donc et arrêtent de mettre sur la place publique des contradictions sordides et improductives pour la nation.

" Osons commencer et les autres vont continuer avec l'œuvre. " Une telle approche suppose à la fois le sens de l'initiative, mais aussi celui de la mesure, à la fois pour ménager sa monture afin de voyager loin, comme le dit l'adage, mais aussi pour préserver le caractère raisonnable de l'action politique. Les plus grands héros, les plus grandes stars dans divers domaines, n'ont pas brillé de mille feux forcément parce qu'ils étaient surhumains, mais surtout parce qu'ils ont su identifier et jouer avec talent leur rôle particulier dans l'histoire globale de leur nation et de leur métier. Et ce, sans aucune prétention du commencement absolu, ni celle d'un achèvement indispensable de tout en leur petite personne.

Nous sommes, chacun, un moment de l'être dans l'espace et le temps qui sont les nôtres. C'est ainsi que naissent les civilisations qui, toutes, comme l'a si bien constaté Paul Valéry dans son ouvrage la crise de l'esprit (1919), sont mortelles : " Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ".

C'est donc en tant que mortels au sens plénier, malgré nos élans panvitalistes, que nous agissons pour les hommes dans l'histoire. C'est cela à la fois la force d'agir de l'acteur (politique ou social), mais aussi sa limite. Puisqu'il doit s'assumer en tant qu'être contingent, doué certes de beaucoup de puissance, mais limité dans le temps et l'espace. Il faut donc inscrire l'action humaine, quelle qu'elle soit, dans le temps et l'espace. " Osons commencer " à construire des ponts où il y a des fossés, à cultiver ce dont nous allons nous nourrir demain, etc. Mais, s'il vous plait, ne perdons point de temps à vouloir réinventer la roue. Améliorons-là s'il le faut. Et qu'en toutes circonstances, nos actions marquent des avancements et non des reculs. Oui, nous devons oser commencer, parce que d'autres auront la responsabilité de continuer. L'action historique est une coresponsabilité intergénérationnelle, chacune inscrivant sa part dans ce qui convient au regard de la raison et du bon sens, conformément à ce qui est interprété moralement et socialement comme étant juste et bon dans le temps présent.

Savoir mettre en épochè sa propre gloriole relève de la vertu. Un acteur politique sérieux travaille pour la gloire de la nation (horizon prochaine génération), pas pour la sienne (horizon prochaines élections). Et c'est seulement alors, que la nation le lui revaut. C'est pour cela qu'elle honore à titre égal, les fondateurs, les réformateurs, mais aussi tous ceux qui, par leur action quotidienne, dans l'ombre ou sous les projecteurs, auront permis qu'en ses différentes phases historiques, l'Etat offre à ses citoyens une vie belle, bonne et digne, dans la vérité, la justice et la paix.

L'humilité du commencement, c'est aussi être capable de passer de la phase pré-commencement que sont les élections, à ce à quoi ces dernières servent, à savoir : le développement du pays. La tendance à perdurer dans le débat électoral en prolongement ou en anticipation des périodes de temps qui y sont légalement consacrées, est non seulement irrespectueuse vis-à-vis du peuple, souverain primaire, mais aussi reflète un état d'orgueil qui n'honore nullement ceux qui s'entêtent à y demeurer. Il y a bien un temps pour tout, comme le dit Qohelet, en l'espèce : un temps pour la campagne électorale, un temps pour la tenue des scrutins, un temps pour les contentieux électoraux… et un temps pour le travail en vue du développement du pays.

L'humilité du commencement, ce n'est point qu'une vertu recommandée aux seuls gouvernants, mais aussi aux gouvernés qui se doivent d'apprécier l'action entreprise pour leur contentement " au fur et à mesure " qu'elle se réalise. Car la nature ne procède pas par des enjambées.

Osons donc commencer les réajustements nécessaires à la poursuite de la marche de notre pays vers son développement. Mettons-nous-y avec ardeur, responsabilité et altruisme. Les autres, dans le même élan patriotique, poursuivront avec l'œuvre qui, en définitive, n'est ni la leur, ni la nôtre intuitu personae, mais celle de tout un peuple à travers l'Etat qui lui permet de prendre les décisions nécessaires pour sa survie. Et Dieu sait que les enjeux de la survie de la République Démocratique du Congo ne devraient permettre aucune distraction d'où qu'elle vienne. Dont acte.
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