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Méditation citoyenne de Frank FIKIRINI MWENE-MBAYU
La morale renvoyée au diable Vauvert
mercredi 27 mai 2020

Regard critique sur l'actualité en RDC

Zaki Laidi avait publié aux années '90 une réflexion quasi révolutionnaire sous le titre " la morale en mutation ". Il évoquait ainsi la nécessaire adaptation de la perception morale aux réalités inédites, totalement différentes de celles sur lesquelles reposent les normes morales multiséculaires. Trente ans après, on peut se demander si on n'a pas trop poussé la morale à la réclusion jusqu'à la renvoyer au diable vauvert.

La réalité de notre monde qui a tout sécularisé, y compris les domaines jadis strictement réservés au divin, appelle plus que jamais aux fondamentaux moraux que sont l'altruisme (" ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse ", ou encore " fais à autrui ce que tu veux qu'on te fasse "), l'exigence de la vérité et de la justice au sens aristotélicien (justice légale, justice commutative et justice distriburive), etc. Sans ces fondamentaux, on ne peut pas véritablement prétendre que notre société évolue vers une " vie bonne, avec et pour autrui dans des institutions justes " (cf. Paul Ricœur).

En parlant du juste comme critère d'évaluation des progrès réalisés dans l'ordre institutionnel, il y a lieu de se demander si on n'est pas en train d'assister, de nos jours, à la suite de l'étranglement de la morale, à l'étourdissement même de l'Etat, particulièrement dans le contexte RD congolais. Telle est l'interrogation que m'inspirent les derniers sujets d'actualité. Tenez, des personnalités sont attraites en justice pour élucider une affaire de détournements de deniers publics.

Au lieu que soit posée la question de savoir si cela est vrai ou pas, puisque c'est la vérité qu'il sied d'établir pour dégager les responsabilités des uns et des autres, on entend plutôt des discours de postures partisanes qui se moquent du besoin de vérité, certains allant jusqu'à interdire toute recherche de vérité au nom de la solidarité tribalo-ethnico-provinciale ou politicienne, pendant que d'autres, pour les mêmes raisons, condamnaient d'office les personnes faisant objet d'enquêtes malgré le principe de présomption d'innocence.

Comment pouvons-nous qualifier une telle attitude encline à tout soumettre à la pulsion des tripes plutôt qu'au tamis de la raison, autrement que l'étourdissement d'une société qui se dit moderne tout en fonctionnant sur base de principes opposés à la compréhension philosophique de ce concept. L'Etat moderne ne connaît pas les relations ethniques, mais uniquement les rapports de citoyenneté qui fondent l'individualité de l'infraction.

Posons que ce soient les agissements illégaux des magistrats (de longue tradition, semble-t-il) qui obéissant à des mobiles et injonctions politiques dans les affaires judiciaires qui puissent fonder la suspicion et le scepticisme de certains par rapport à l'orthodoxie de leur démarche, officiellement justifiée par la volonté de consolider l'Etat de droit. Nos institutions n'en auraient qu'encore moins de mérite vis-à-vis des citoyens.

Le pire travers de notre société, moralement parlant, c'est que même devant des cas de grave atteinte à la moralité publique, l'opinion nationale affiche, non pas une indignation générale, théoriquement plus en phase avec la profession de foi chrétienne revendiquée à tue-tête par plus de 94% des Congolais, mais plutôt une cacophonie justifiée uniquement par l'appartenance des uns et des autres à des carcans à la sensibilité et aux intérêts divergents. Cela étant, le camp des alliés stratégiques des auteurs présumés d'actes immoraux s'occupe, non pas de laver la souillure subie par la communauté nationale dont le sens moral est affecté, mais plutôt de soustraire à la justice leurs alliés politico-tribaux ou confessionnels, et tant pis pour les personnes lésées et la société scandalisée. Etourderie quand tu nous tiens ! Notre agir socio-politique finit ainsi par contredire René Descartes qui était convaincu que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée.

On l'aura compris, mon propos n'est pas de statuer sur les responsabilités pénales des uns et des autres, cela étant la tâche des seuls juges, de qui nous attendons l'éclatement de la vérité et rien que la vérité, selon l'expression consacrée.

L'homme moral que je suis exige simplement que devant toute situation, soient posées les bonnes questions au risque de dévoyer l'analyse citoyenne. Voir la politique en tout ou vouloir l'infuser partout, est très dangereux. Ceux qui joueraient ce jeu-là, si tant est qu'il y en a, doivent le savoir. Cela pourrait désagréger le mécanisme social et produire des cataclysmes qui s'autoriseront du besoin de redressement d'une société à l'évidence en plein dysfonctionnement. La suite, personne ne peut ni la prévoir, ni en garantir l'issue. Prenons-y garde.

Il en va de même de la propension à ramener constamment le débat parlementaire dans la rue pour faire triompher les biceps là où sont attendus des arguments de raison. N'est-ce pas là un déni de la démocratie représentative voulue par notre constitution?

Et que dire de la dernière trouvaille des anti-Kabila ? On nous plonge soudainement dans les affaires de lits. Comble de la politique des intrigues totalement inefficiente par rapport aux attentes des populations. Jusques-à-quand les spectacles de distraction prendront la place d'actions raisonnablement mises en œuvre pour le bonheur du peuple ?

A propos de cette affaire de dénégation de la paternité de Mzee Laurent Désiré Kabila à l'ancien Président de la République Joseph Kabila Kabange, disons-en un mot tout en étant indigné de ce débat nauséabond.

A l'avènement au pouvoir de l'AFDL, les Congolais ont découvert en même temps son leader Laurent-Désiré Kabila, devenu Président de la République, et celui qu'on désignait alors sous le nom de Commandant Joseph Kabila, présenté urbi et orbi par celui dont il tient son patronyme, comme étant son fils. C'est même solennellement que le Mzee déclara que son fils avait mené la guerre sur l'axe Kisangani.

Les bruits des couloirs du Palais de la nation avaient même révélé à l'époque que tous les enfants que Mzee reconnaissait tardivement, il les envoyait chez le Commandant Joseph Kabila, à qui il avait confié la gestion du clan. Cerise sur le gâteau, c'est Laurent-Désiré Kabila qui a nommé son fils Joseph Kabila au grade de Général-Major avec son patronyme clairement repris dans le Décret présidentiel signé par son père, qui (s'en souvient-on ?) avait dû suspendre sa formation militaire en Chine pour le nommer à la tête de l'armée afin de faire face à la nouvelle rébellion suscitée par ses anciens alliés Rwando-ougandais.

Qu'un jeune-homme jusque-là parfaitement inconnu du public, surgisse tout à coup pour contester à Joseph Kabila la filiation à Laurent-Désiré Kabila, en faisant valoir plutôt la sienne ex absurdo, suppose que ce jeune-homme d'à peine quelques années devienne tout de go maître des lits et des relations de celui dont il dit être le fils plus que ce dernier lui-même. Cette affaire ressemble, à peu de choses près, à l'affaire de l'illustre inconnu qui, pour devenir célèbre, décida de brûler le temple de Jérusalem pour que l'histoire retinsse son nom pour ce fait.

De toute façon, même s'il était établi que ce jeune-homme fait aussi partie de la progéniture du Mzee qu'il dit être nombreuse, en quoi cette affaire de lits devient-elle une affaire d'Etat ? N'est-on pas allé trop loin au-delà de la raison ? Nombreux d'entre nous n'ont pas besoin que triomphe la raison : c'est connu. Ils ont juste besoin de gagner au sens politicien, judiciaire et financier. Mais peut-on gagner sans raison et garder sa conscience tranquille (du moins pour ceux qui en ont encore une) ? En tout cas, les affaires de lits de gens ne vont rien rapporter à la nation. Un sursaut de rationalité et de raisonnabilité s'impose pour mettre fin au dévoiement de la politique au sens le plus noble du terme. La politique a certes ses égouts, mais puissions-nous élever la nation bien au-dessus d'eux afin que la raison nous gouverne.

On attribue souvent à Nicolas Machiavel un certain machiavélisme devenu bien de chez nous, mais qui en réalité n'est pas machiavélien. Le célèbre auteur de l'ouvrage Le Prince n'a jamais prêché l'immoralité de la politique. S'il a prôné une politique amorale (ce qui ne veut pas dire " immorale "), c'est pour éviter que la politique doive répondre d'une autre rationalité que la sienne propre, ceci n'excluant pas son horizon téléologique qui se trouve être consubstantiel au contentement du peuple, lequel contentement reste inconcevable en dehors des repères moraux dont les références majeures en ce siècle sont la Déclaration Universelle de Droits de l'Homme et les autres instruments juridiques internationaux et nationaux la complétant. Soyons donc moralement sérieux pour mériter de l'humanité, au risque d'être indignes du nom que porte notre pays. Frank FIKIRINI Analyste politique
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