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Les Réseaux Sociaux : Démocratie, Contre-pouvoir et Etat de Droit
mardi 7 juillet 2020

(Par Par Didier BAZANGIKA, Coordonnateur Adjoint du Think-Thank PARI)

Les réseaux sociaux constituent une nouvelle forme d’expression populaire, devenant de ce fait un outil efficace de contre-pouvoir entre les mains des plus faibles.

L’utilisation des réseaux sociaux a pris une ampleur considérable dans le monde depuis une décennie. S’appuyant sur Internet, les outils et les applications numériques dont les plus connues à ce jour sont Facebook, Twitter, YouTube, WhatsApp …, les réseaux sociaux facilitent la diffusion quasi instantanée des informations et un plus large accès à celles-ci par les classes populaires généralement considérées comme les plus faibles. Ils ouvrent ainsi, pour ces dernières, un espace public d’échange d’opinions et de mise en œuvre d’actions collectives. Les « printemps arabes » en 2011, le phénomène « Gilets Jaunes » en France, les bavures policières et faits racistes avérés en Occident, illustrent la capacité que possèdent les différents groupes interconnectés à mobiliser en un temps record, et au-delà de leurs sphères habituelles, un grand nombre des manifestants pour quelque cause que ce soit, par le biais des réseaux sociaux.

En République Démocratique du Congo, les réseaux sociaux ont largement servi d’outils de mobilisation en ligne et de contestation ; particulièrement durant la période électorale de 2018 et au cours de laquelle il a été observé un positionnement clair des congolais sur des questions sociétales et politiques. Grâce aux réseaux sociaux, Il n’est plus question d’attendre que les élus du peuple défendent les intérêts de celui-ci dans l’hémicycle ou le renouvellement de la législature pour sanctionner ceux qui n’auront pas réalisé leurs missions. Tout citoyen connecté aux réseaux sociaux, peut s’exprimer sur un sujet particulier et user de plein droit des prérogatives constitutionnelles qui lui sont reconnues, particulièrement le droit de manifester publiquement. Ce qui laisse apparaître des nouvelles pratiques de la Démocratie.

Pour le congolais « connecté », l’espace offert par les réseaux sociaux devient un véritable terrain de discussions sur différents sujets allant d’un fait de société complétement anodin jusqu’aux critiques des interventions sur la scène politique des certains de ses concitoyens ; le clergé et la déontologie pastorale n’étant pas épargnés. La diffusion d’une vidéo ou d’un enregistrement audio d’un événement qui aurait pu être considéré comme un fait divers, passé inaperçu au XXe siècle, redonne à ce dernier une nouvelle dimension analytique pouvant aboutir à une action en justice, voire entacher la réputation et la carrière politique ou professionnelle des personnes impliquées. De ce fait, les réseaux sociaux peuvent graver dans le marbre numérique les erreurs, abus et les déviations observés dans la société.

Par ailleurs, la remontée d’informations jusqu’au sommet de l’Etat ne suit plus le circuit traditionnel. Les responsables politiques, s’informent en grande partie via les réseaux sociaux, et font régulièrement référence dans leurs interventions médiatiques, aux faits de société ou autres événements qui y sont publiés. Le Président de la République évoquant lors de sa visite à la Clinique du Centenaire à Kinshasa, les réclamations publiées sur les réseaux sociaux faisant allusion aux conditions d’hospitalisation de certains de ses compatriotes malades du COVID-19, en est une parfaite illustration.

Du reste, le pouvoir judiciaire n’hésiterait pas à utiliser les informations diffusées sur les réseaux sociaux pour démontrer l’existence des preuves sur certains faits reprochés aux personnes faisant l’objet des poursuites judiciaires. A titre d’exemple, les vidéos publiées sur les réseaux montrant les bavures de certains agents de l’ordre lors de l’interpellation de « Ne Muanda Nsemi » ont permis d’identifier les personnes impliquées et de les traduire en justice.

De même, Le procès dit des « 100 jours » impliquant entre autres le Directeur du Cabinet du Président de la République, bien que médiatisé, n’aurait pas la même ampleur et l’engouement populaire qui s’en est suivi, si les réseaux sociaux ne relayaient pas des vidéos ou autres documents importants y relatifs. Aussi, les avis de recherche établis par les magistrats dans le cadre du même procès ont probablement abouti à une conclusion positive dans un délai raccourci grâce à leur diffusion sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux contribuent ainsi au rétablissement de l’Etat de Droit.

Hormis leur rôle dans la diffusion des informations, les réseaux sociaux sont devenus des espaces privilégiés de contestation, d’expression d’opinions contradictoires et de la colère populaire. En fonction des sujets traités, ils peuvent mettre à mal un pouvoir politique structuré, devenant ainsi un véritable outil de contre-pouvoir. Les responsables politiques, partant des structures des partis politiques jusqu’aux hautes autorités de l’Etat, ne devraient pas ignorer l’impact et les conséquences des réseaux sociaux sur la gestion de la chose publique et la sécurité nationale.
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