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Juridisme, théologisme, raison et crise politique en RDC
lundi 13 juillet 2020

(Par Emile BONGELI Yeikelo ya Ato, Sociologue et homme politique)

L’actualité politique nationale est dominée par des débats teintés de juridisme affligeant et de théologisme inquisitoire, tous obéissant aux règles de la logique formelle spéculative, donc métaphysique, celle qui met plus l’accent sur la forme du raisonnement ou la foi aveugle que sur la matière elle-même. Je définirai ici, comme Voltaire, un débat métaphysique comme celui au cours duquel quelqu’un parle à d’autres qui ne l’écoutent pas et ne le comprennent pas et que lui-même ne comprend plus ce qu’il dit tout en ne se comprenant plus lui-même : « Quand un homme parle à un autre qui ne le comprend pas et que celui qui parle ne comprend plus, c’est de la métaphysique ». Donc, un débat sans issue où chacun croit, consciemment ou pas, avoir raison en tout et refuse, de ce fait, de s’offrir la moindre possibilité d’un moindre compromis. Transposé au domaine de la politique qui gère le concret des individus, le juridisme étouffant et le théologisme embrouillant peuvent mener à l’inanition de la Nation sans qu’on ne s’en rende vraiment compte.

JURIDISME SANS ISSUE

Dite LOI des LOIS, la Constitution, petit recueil de quelques dizaines de pages et comportant quelques centaines d’articles a fini par attirer toutes les attentions, à mobiliser quantité d’énergie intellectuelle, à diviser les citoyens, à servir de base pour renier aux uns et aux autres l’intelligence à comprendre les arcanes de la discipline juridique visiblement déconnectée de la réalité. En effet, outre que les juristes tiennent à exclure les autres, qualifiés de profanes, dans l’obscurité de leurs ébats d’initiés, il s’en trouve certains qui dénient à certains de leurs confrères la compétence de s’aventurer dans ces cogitations spéculatives au motif qu’ils ne seraient pas constitutionnalistes (Mbata).

Avec leur lexique et leur jargon de métier propres, faits d’un vocabulaire et d’une phraséologie appropriés et truffés d’expressions latines, les élucubrations oratoires des juristes ont fini par séduire toute la communauté (intellectuels ou pas, grâce aux réseaux sociaux), à captiver l’attention de tout le monde, y compris des nuls en droit (d’où la tendance de tous à s’autoproclamer Analystes politiques…), etc., jusqu’à faire perdre à tous le sens de la raison pratique. Car dans les faits, les résultats de ces acrobaties intellectuelles prétentieuses se révèlent peu convaincants, dérisoires ou même dangereux.

Pourtant, cette fascination collective vis-à-vis du raisonnement juridique circulaire nous expose tous à une distraction collective. Cette nouvelle religion, ce nouvel opium nous fait oublier que des défis cruciaux nous attendent et qu’on ne peut les relever par cette propension à des discussions interminables, stériles, sur fond marécageux. C’est comme si cette Constitution nous était imposée du ciel, alors qu’elle est en fait notre propre création, ou mieux, une œuvre humaine compte tenu des impositions étrangères lors de son élaboration. Ici se trouve illustrée la fable du magicien qui ne sait plus maîtriser les forces qu’il a lui-même engrangées. Nous sommes donc en pleine situation d’aliénation dont parlait Karl Marx, aliénation de l’homme vis-à-vis d’un objet qu’il a lui-même créé pour satisfaire un besoin et qui échappe à son contrôle, jusqu’à menacer la propre existence de son créateur ! Notre propre constitution finit donc par nous étrangler, alors que ces débats, séduisants dans leur forme et faciles dans leurs méandres, restent, malheureusement, cognitivement obscurantistes en matière de compréhension des faits sociaux et de propositions de solutions. Exactement comme dans ces embrouillaminis théistes sectaires.

THEOLOGISME AVEUGLE ET AVEUGLANT

Par théologisme, nous désignons la tendance à abuser des principes théologiques. Les religions ont toujours essentiellement prêché la paix entre les hommes, en invoquant des puissances méta physiques invisibles. Mais, lorsqu’elles se mêlent dans les affaires du monde, elles deviennent toxiques. En effet, des puissances irréelles qu’elles sollicitent, les prières invocatrices des déités impalpables… ont souvent viré vers des discours enflammés et enflammant des gourous drogués, pouvant déboucher sur des guerres ou des carnages qu’on justifiera par la volonté insondable des divinités invoquées. C’est ce qui fonde l’intolérance religieuse, incompatible avec les exigences de la politique qui doit tenir compte des différences énormes que l’on décèle chez les hommes pourtant obligés de vivre en communauté. La politique est donc un domaine de compromis toujours conjoncturels, mais un lieu aussi d’heureuses compromissions, pour autant que celles-ci se révèlent utilement fécondantes de paix, de stabilité et de cohésion sociale.

De quoi conclure que les croyances religieuses sont par essence extrémistes, car elles se fondent chacune sur des croyances en des vérités révélées différemment et non vérifiables. Chacun croit donc à des (pseudos) vérités professées par sa propre divinité, par le biais des gourous ou marabouts inspirés, mais qui restent des humains, je veux dire des êtres sociaux à part entière, produits et culturellement façonnés par leurs sociétés respectives.

L’histoire ancienne et actuelle du Moyen-Orient, espace d’origine des grandes religions universalisées, nous offrent de nombreux cas illustratifs des dangers d’extrémistes sectaires. L’Europe occidentale a connu, dans son histoire, plusieurs croisades (guerres saintes) menées entre chrétiens (portant des croix) contre les hérétiques ou les adeptes d’autres religions. Les excès de leurs Saintetés Papes catholiques ont d’ailleurs provoqué le schisme qui donna naissance au protestantisme, soumis lui aussi à de nombreuses attaques orthodoxes. L’Inquisition1 a brutalement mis fin à la vie de plusieurs personnalités (y compris les savants reconnus aujourd’hui) pour avoir dit des choses qui ne plaisaient pas au Pape ou à l’Evêque. Le cas le plus illustratif du schisme chrétien reste à ce jour celui des deux républiques d’Irlande, où un même peuple chrétien se trouve écartelé de manière dramatique entre catholiques (Irlande du Sud) et protestants (Irlande du nord) qui se détestent mutuellement, allant jusqu’à ériger une barrière physique afin que, vice versa, les uns ne se retrouvent pas sur le territoire des autres !

Pour ne pas nous éloigner de l’objet de notre réflexion, on ne fait pas allusion à l’implication massive et déterminante du christianisme (essentiellement catholique) aux violentes campagnes esclavagistes et colonialistes que les Européens ont mené à travers le monde.

En RDC, sans évoquer la contribution ecclésiale dans la campagne de manipulation menée par l’Occident pour préparer les Congolais à l’assassinat de P. Lumumba, qu’on se rappelle la marche des Chrétiens qui, en 1992, avait occasionné son lot des martyrs aujourd’hui ignorés, morts pour la réouverture d’une Conférence Nationale Souveraine aux résultats très mitigés pour le pays. Dans l’histoire immédiate, on a vécu les Rossy Mukendi et ses compagnons d’infortune, martyrs dits de la démocratie, dont les familles ont, de toute évidence, été oubliées.

La dernière homélie, enflammée et enflammant, de l’Archevêque de Kinshasa n’est pas sans rappeler l’Evangile de l’inquisition aux temps forts du catholicisme intégriste dominant. Recourir à des versets et personnages bibliques pour évaluer la situation politique confuse au pays est scientifiquement inacceptable. De cette analyse ridicule, inciter les enfants des autres à des marches aux effets collatéraux imprévisibles reste injustifiable. Quel recul dans la pensée ! Après plus de 6 décennies de formation universitaire ayant produit nombre de théologiens, philosophes, juristes, psychopédagogues, sociologues, anthropologues, politologues, économistes, démographes, managers, médecins, agronomes, scientifiques, etc., tous spécialistes en connaissances multiples sur la société, faut-il recourir à des versets d’une Bible étrangère et passéiste pour comprendre la source du mal congolais ? Faut-il invoquer les similitudes des personnages bibliques étrangères et archaïques pour expliquer la source des maux qui rongent ce pays ? Peut-on vraiment brûler le pays pour si peu : lois Minaku-Sakata, Ronsard Malonda et autres questions pacifiquement solubles, au moment où le pays se retrouve menacé de toute part, où nos compatriotes sont massacrés à Beni ? Voilà où veut nous mener le théologisme ambiant !

Où sont donc les intellectuels de ce pays ?

RAISON ECLAIRANTE ET CRISE

Dans son « De la déraison à la raison », le Pr Mwabila prévient qu’« aucun progrès à venir ne peut se passer de la science, mais d’une science qui dialogue avec la société pour donner un sens à la formulation de ses besoins ». Voilà pourquoi je suggère que les problèmes politiques soient d’abord débattus sur base des faits, c’est-à-dire hors du juridisme idéel et du théologisme irréel, en sciences sociales (philosophie politique, psychosociologie, en politologie, en économie, en démographie, en sciences naturelles, en spécialités de la santé, en ingénierie sociale…) pour enfin solliciter que les juristes viennent formaliser ce que les philosophes, scientifiques et acteurs sociaux auront adopté comme modus vivendi et operandi. Les juristes eux-mêmes, d’ailleurs invitent à cette pratique méthodologique. Ils professent que les faits précèdent le droit : Donnez–nous les faits, et nous vous produirons le droit qu’il faut, nous disent-ils.

Quant aux théologiens, ils feraient mieux de ne pas s’aventurer sur le terrain aride de la politique, lieu d’affrontement des intérêts divers, des calculs sombres, souvent hors de toute morale religieuse.2 La politique, lieu de négociations par excellence, est incompatible avec les extrémismes religieux qui excluent la tolérance. Pour éviter ce cocktail explosif que crée toujours l’alliance fatale politique/religion, les Européens ont, à partir de la Révolution française (avec Robespierre qui a pratiquement fait massacrer le clergé resté loyal à Rome), instauré le principe de laïcité, conformément aux propos de Jésus-Christ lui-même, selon lesquels il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Le fait d’être membre, même éminent, du Clergé ne confère nullement le monopole de la vérité et toute folle déviance non contestable doit être évitée et dénoncée sur le terrain de la gestion politique des hommes concrets, en chair et en os, vivant sur cette terre concrète, faite des hauts et des bas, de joie et de peine, de paix et de guerre…

En procédant à sens inverse, c’est-à-dire en mystifiant la déraison en lieu et place de la raison pragmatique, comme c’est le cas aujourd’hui, on inverse tout, on marche tête en bas, on flanque tout raisonnement sens dessus dessous, on entreprend tout en sens contraire, on sème la confusion en tout, on s’embrouille, bref… on s’offre un boulevard qui mène tout droit dans l’impasse ! Illustrons cela par le cas qui enflamme ce jour les toiles et la politique.

Le pays est au bord de l’implosion pour des problèmes mineurs qui auraient pu être résolus si on était parti des faits. Le statut des magistrats du Parquet en rapport avec l’indépendance de la justice aurait dû être discuté dans le fond. Or, tout débat sur cette question a été détourné, déformé et, les réseaux sociaux aidant, le juridisme et le théologisme ont tout noyauté (l’un dans les mailles du fil à retordre juridique et l’autre dans la cave de la foi aveugle), tout verser dans le populisme le plus explosif, obstruant tout approfondissement du sujet, emmenant les uns et les autres dans des réactions extrémistes musclées de nature à provoquer l’implosion du pays : meutes droguées (tribales ou pas, c’est selon) lancées contre les institutions légales avec risque de réactions identiques des autres dans le même sens, collusion entre institutions (Cours et Tribunaux contre des institutions politiques et les politiciens) suivies de déclarations explosives et extrémistes de part et d’autre, des risques d’affrontements ethniques et sectaires…

Alors que nous sombrons tous dans ces tourbillons cérébraux où nous plongent le juridisme et le théologisme, les problèmes du pays s’accumulent, mettant ce dernier en position d’implosion imminente. En effet, le pays est rongé par des voisins prédateurs qui profitent de nos dissensions distractives pour oser, chacun en ce qui le concerne, annexer des portions du territoire national (le slogan likambo ya mabele est oublié). On apprend qu’à ces jours, 7 de nos 9 frontières sont déjà violées, et nos frères continuent à être dépecés à Beni. Au même moment, notre armée, nos routes, nos hôpitaux, nos écoles, nos diverses infrastructures, nos institutions étatiques… ont besoin de nos cogitations, conceptions et actions intelligentes pour se transformer positivement pour des objectifs nobles à leur fixer. Notre économie drôlement éclatée et affaiblie, outrancièrement dollarisée, lamentablement périphérique et honteusement dépendante, a besoin d’être remise au service de nos populations. Celles-ci souffrent de faim au moment où leurs élites s’accommodent des masturbations intellectuelles stériles et stérilisant.

Ce ne sont pas les experts de Bretton Woods, ni les technocrates de divers organismes internationaux de coopération au développement, ni les humanitaristes des ONG internationales, bref, ce ne sont pas ces marabouts et marchands de développement qui apporteront quelques solutions à nos misères séculaires et récurrentes. Encore moins les missions onusiennes et autres institutions internationales, toutes pourvoyeuses vituelles de paix ou distributrices de dons.

Ce n’est pas non plus avec nos savoirs acquits à l’école des dominants, dans un système éducatif générateur d’aliénation, de dépendance et de sous-développement que nous pourrons changer l’ordre des choses. Plus que jamais, il s’impose à nous la nécessité de recourir à la fertilité de nos propres cerveaux pour nous sortir du cercle vicieux de la dépendance et de du sous-développement générateur des misères tant décriées. A ce jour, à défaut de débat serein, nous nous enlisons dans des querelles émotionnelles et obstructionnistes, où l’insulte prend le relais de l’argument, où l’idéologique prime sur la réalité, où le concret se trouve devancé par la fiction et la vérité par le mensonge. Bref, tout pour une autodestruction assurée.

Pour ce faire, la remise en question prônée par Mabika Kalanda pour notre décolonisation mentale s’invite comme une exigence et une responsabilité historiques. Nous pensons ici à la décolonisation de nos connaissances acquises à l’école des maîtres occidentaux, au recours à des paradigmes nouveaux et innovants d’analyses de nos réalités, en vue de reproduire des savoirs endogènes devant servir pour rebâtir la Nation en péril, pour en faire une entité humaine unie, forte et prospère, où il devrait faire bon vivre. Dans le cas contraire, nous continuerons à parler des paradoxes du pays potentiellement riche mais concrètement pauvre, nous continuerons à nous embrouiller jusqu’à ce que ce territoire, dont nous n’avons ni su ni pu peupler le sol, ni assurer la grandeur, nous soit ravi. Ce scénario n’est pas utopique. C’est envisageable, s’il n’est déjà en cours d’implémentation, les voisins même minuscules ayant saisi l’opportunité de notre auto fragilisation collective, à la suite des juridisme et théologisme ambiants, grands communs diviseurs parce que n’offrant aucune possibilité d’envisager la moindre issue concertée, semant dès lors la division et le désarroi dans le chef des citoyens.

SUR LA COALITION CACH-FCC

A l’opposé du discours enflammé, enflammant et irresponsable du Prélat catholique qui, en apparence nostalgique des temps de l’Evangile des croisades qui ont vu tant de victimes rougir de sang les autels sacrés de la sainte Eglise catholique, envisage une guerre sainte contre les institutions établies, j’estime que le dialogue entre braves est plus noble, parce que garant de paix et de cohésion nationale durables, conditions requises pour penser émergence et développement.

En ce qui concerne la coalition au pouvoir, quels que soient les reproches quant à leur constitution, il faut reconnaitre qu’elle a pu assurer la paix au moment où tous craignaient les violences postélectorales aux issues non prévisibles. Même en partant de l’assertion selon laquelle cette alliance était contre nature ou serait conclue sur des bases frauduleuses (reste à en fournir les preuves), il reste, à mon humble avis qu’en matière de paix, une coalition même éphémère vaut mieux qu’un pouvoir à la Tarzan.

Il n’est pas étonnant de voir l’Occident attiser le feu pour que se disloque cette alliance inattendue qui l’a surpris parce que conclue à son insu. En effet, l’Occident n’a jamais souhaité autre chose que des crises en tout domaine se perpétuent en Afrique et, singulièrement, en RDC. Ce mariage CACH-FCC, il le voit d’un mauvais œil, tant il considère que cela a déjoué son plan de mise sous-tutelle permanente du pays en vue des mains basses sur ses ressources naturelles.

Cependant, il est dommage de constater que, pour leur part, les alliés au pouvoir se comportent en ennemis, comme s’ils ne se rendent pas compte que leurs extrémismes respectifs les rendent fragiles et leur fait prêter le flanc face à un Occident avide de démanteler toute forme de cohésion nationale. Comme toujours, l’histoire politique de la RDC n’a pas été sollicitée pour fournir des leçons du passé.4

En effet, depuis 1960, les négociations menées entre Congolais ont toujours été porteuses d’heureux résultats que nos tuteurs occidentaux ont toujours vite balayés, tout ce qui est fait sans eux ne pouvant être validé. Ainsi, la participation à la Table ronde de Bruxelles de Lumumba, retenu dans une prison coloniale, ne sera effective que parce que tous les délégués se sont mis d’accord pour poser sa libération comme préalable à toute négociation avec les Belges. Lumumba, majoritaire au Parlement, a coalisé avec l’ABAKO pour faire de Kasavubu minoritaire le Président de la République. Mais très vite, soit 11 jours seulement après l’indépendance, les Belges commanditent la sécession de la riche province du Katanga et, deux mois plus tard, celle du Sud-Kasaï diamantifère. Dans l’entretemps, ils s’évertuent à briser l’entente Kasavubu/Lumumba qui, juridisme aidant5, finirent par se brouiller inexorablement. Par traitres locaux interposés, la Belgique réussit à se débarrasser de Lumumba (livré aux sécessionnistes katangais, ses pires ennemis qui l’abattent aussitôt arrivé) et à laisser à Kasavubu un pouvoir sans substance, le pays étant entré dans une phase de chaos et d’ingouvernabilité totale. Le Conclave de Lovanium réussit à réunifier les protagonistes autour de Cyrille Adoula, désigné Premier Ministre. Mais d’un pays déchiré, divisé et rongé par une rébellion muléliste au Kwilu et qui gagne toute la partie orientale du pays. Quand on mit fin à la sécession katangaise, Tshombe devient Premier Ministre. Sous son leadership, la constitution élaborée par une commission constitutionnelle réunie à Luluabourg (1964) n’avait eu qu’une application éphémère. Tshombe se brouille vite avec le Chef de l’Etat qui, lui, défie la majorité de Moïse Tshombe en nommant, à deux reprises, comme Premier ministre Evariste Kimba dont la majorité CONACO bloquera l’investiture au Parlement.

C’est sur ces entrefaites qu’advint le coup d’Etat de Mobutu qui, quoiqu’on lui reproche, reconstituera de manière autoritaire l’unité et la fierté du pays. Soutenu par l’Occident, dans le cadre de la Guerre froide, pour avoir joué au bouclier contre le communisme qui menaçait de gagner l’Afrique à partir du voisin angolais, Mobutu et son régime seront poignardés dans le dos par le même Occident, lorsque ce dernier sort vainqueur de la Guerre froide. La longue période transitoire qui a suivi la fin du soutien occidental à Mobutu fut marqué par l’organisation de la Conférence nationale souveraine qui, sous le leadership catholique (donc mainmise étrangère), se transformera en tribune de règlement de comptes, loin de son objectif proclamé de réconcilier le peuple avec lui-même (slogan flou de l’époque).

Il a fallu une expédition militaire conduite par Mzee Kabila, lui aussi soutenu par l’Occident, pour venir à bout du régime Mobutu. Vieux rebelle, nationaliste de sang, Mzee LDK déçoit vite l’Occident en s’opposant à leur diktat, ce qui lui valut d’être physiquement éliminé après 4 ans à la tête du pays contre lequel ont été commanditées des rébellions armées soutenues par des pays voisins, anciens alliés de LDK. Joseph Kabila qui le remplace hérite d’un Congo écartelé en plusieurs entités rebelles. A la suite de rudes négociations entre Congolais, les anciens belligérants se sont mis d’accord pour diriger ensemble le pays de manière originale : 1 (Président) + 4 (Vice-présidents). L’unité du pays fut ainsi miraculeusement reconstituée, grâce à cette humilité présidentielle.

A la suite des élections organisées en 2006 sous haute surveillance occidentale, J. Kabila l’emporte face à J.P. Bemba qui sera plus tard incarcéré par la CPI pour des fautes qu’il aurait commises en Centrafrique lorsqu’il contrôlait, comme chef rebelle, l’espace national frontalier à ce pays voisin. J. Kabila conclut les contrats avec la Chine pour troquer les minerais épuisables aux infrastructures durables, ce qui ne plut pas à l’Occident qui ne tenait à ne pas lâcher le Congo de ses ancêtres entre les mains des chicons. Les élections de 2011, financées à plus de 90% par le Trésor, donneront J. Kabila gagnant. Il s’en suivra des campagnes complotistes occidentaux pour contester ces résultats, le Président ayant décliné l’offre de financement extérieur des élections.

La conjoncture politico-financière n’ayant pas permis d’organiser les élections dans le délai en 2016, on dut recourir à des concertations sous l’égide de l’Union Africaine qui désigne Edem Kodjo comme modérateur. Alors qu’on s’acheminait vers une attente, l’Occident ne pouvait laisser les Africains se passer de lui pour résoudre leurs différends internes. Il utilise l’église catholique (Abbé Shole), toujours elle, pour boycotter les assises, au même moment que la Belgique s’agite pour proposer un autre modérateur. Cependant, un 1er ministre de l’opposition est nommé et contesté par les maîtres qui font pression et arrivent à obtenir un autre dialogue plus restreint sous la modération trop partiale de l’Eglise mère, puissant relais du colonialisme en RDC. Ces rencontres houleuses accoucheront du fameux accord controversé de la Saint Sylvestre. Sans l’accord de la CENCO (dont la dépendance à la Belgique est attestée par de multiples voyages d’où les prélats postaient honteusement dans les réseaux sociaux des photos prises aux côtés des dirigeants belges), les politiciens forment un gouvernement qui opérera le glissement souhaité pour une transition pacifique, jusqu’aux élections de 2018, avec des résultats eux-aussi contestés, comme toujours, sans preuves.

La CENCO a toujours échoué parce qu’elle prend toujours partie pour les puissances étrangères qui l’ont toujours financée. Depuis la marche qui a vu des chrétiens affronter la gendarmerie en 1991 sous Mobutu, les prélats catholiques ont pris l’habitude de recourir à la rue pour troquer leur puissance de mobilisation contre des financements extérieurs dérangeants.

A toutes ces étapes de notre histoire mouvementée, des complots théoriques et pratiques sont constamment concoctés par l’Occident et leurs relais locaux (opposition politique, Eglise catholique, ONG, société civile…) pour s’opposer à toute velléité de trouver des issues locales à des conflits entre Congolais, dont plusieurs sont attisés de l’extérieur.

QUE CONCLURE ?

Sinon inviter les Congolais à quitter la déraison pour revenir à la raison qui, seule peut l’éclairer et l’aider à se forger une vision claire auto-construite pour son avenir. L’Occident qui joue au pyromane ne nous aidera pas à éteindre le feu fou que nous aurons provoqué par nos propres turpitudes. Tirons les leçons de la Libye, de la Syrie, de l’Afghanistan, de l’Irak et de notre propre histoire.

Pour l’instant, l’urgence est de sauver cette coalition, fragile comme toutes les coalitions lorsque les partenaires se laissent aller dans des émotions et refusent de se regarder droit dans les yeux en privilégiant l’intérêt général.

Enfin, intellectuels congolais, où sommes-nous ?

(Footnotes)

1. Tribunaux instaurés par l’Eglise, surtout à partir de 13ème siècle, en Europe pour rechercher et punir ceux qui professaient des propos (même scientifiques) contraires à la foi catholique. On parle souvent des martyrs catholiques, mais jamais des nombreuses personnes cruellement exécutées par des procédés divers (pendaisons, bûchers, décapitations, guillotines…) sur jugement sommaire des tribunaux catholiques.

2. Lire le chapitre sur l’Espace politique dans Emile Bongeli Yeikelo ya Ato, Sociologie politique. Perspectives africaines, L’Harmattan, Paris, 2020.

3. Justin Kankuenda Mbaya, Marabouts ou marchands de développement, L’Harmattan, Paris.

4. Lire Mabika Kalanda, Isidore Ndaywell, J.-M. Mutamba Makombo, Kambayi Bwatshia, Didier Mumengi, etc.

5. Une incise introduite par les auteurs belges de la Loi fondamentale permettait cette confusion de révocation mutuelle entre le Chef de l’Etat et don Premier Ministre.

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