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De crises économiques et d’impacts politiques dans la jeune histoire du Congo indépendant de 1960 à ce jour (Contribution n°2. Période de 1966 à 1997)
mercredi 29 juillet 2020

(Par KASONGO-NUMBI Kashemukunda)

Le 23 juin 2020, à une semaine de la date de la célébration du 60ème anniversaire de l'indépendance de notre pays, j'ai publié ma première contribution à l'analyse des facteurs de la crise multiforme qui sévit au Congo Kinshasa depuis son indépendance.

Etant donné que les analyses politiques font légion, j'essaie de concentrer mes efforts aux analyses des facteurs économiques négligés dans les choix des options politiques.

Pour rappel, j'ai contribué à démontrer que le Congo économique dont les pères de l'indépendance avaient hérité de mains des colonisateurs n'avait rien à voir avec le Congo belge qui souvent est cité comme modèle de développement du pays. En effet, j'ai présenté quatre évènements malheureux qui se sont abattus à la veille de l'indépendance sur le jeune Etat indépendant et que nos politiques de l'époque n'avaient ni vus venir, ni bien circonscrits, ni encore moins mesuré la gravité sur l'avenir du pays. Je les rappelle :

i) L'exode des investisseurs incités, d'une part, par les incertitudes sur l'avenir de leurs affaires dans un pays qui pouvait basculer du libéralisme au communisme et la crainte de l'instabilité du pays suite aux luttes intestines des futurs dirigeants du Congo indépendant et, d'autre part, par une éventuelle volonté du colonisateur de priver le jeune Etat indépendant de moyens économiques de sa politique afin de le maintenir dans la dépendance économique. Dans tous les cas, le parlement belge va voter, le 17 juin 1960, une loi qui autorisait les sociétés de droit congolais à devenir des sociétés de droit belge et vice versa. Cette mesure, d'après des experts, notamment ceux de la Banque mondiale que le jeune Etat avait appelés en 1962 pour l'aider à résoudre le problème du contentieux belgo-congolais, avait fait perdre au Congo indépendant plusieurs milliards dollars (notamment par la perte d'impôts et du portefeuille dans des sociétés où l'Etat colonial était actionnaire ; par la baisse des valeurs boursières des actions congolaises, etc.). Par cet exode, légalisé à 13 jours de la proclamation de l'indépendance, le pays a perdu, dans les mois et les années qui suivirent la date de l'indépendance, environ 40 % de recettes d'exportation provenant essentiellement du secteur agricole.

ii) Vente des parts de l'Etat dans l'Union Minière à 3 jours de l'indépendance par la dissolution du Comité Spécial du Katanga à travers lequel l'Etat était l'actionnaire majoritaire. En plus de l'Union Minière du Haut-Katanga, le jeune Congo indépendant avait perdu tout son portefeuille dans d'autres sociétés où les titres étaient portés soit par l'Etat belge soit par le Congo belge. Même les conventions du 06 février 1965, Tshombe-Spaak, n'avaient pas résolu ce contentieux à la satisfaction totale et durable des Congolais. Ceci d'autant plus que, dans ces conventions, la part de l'Etat congolais dans l'Union Minière n'était plus que de 18 % avec seulement 24 % de droits de vote, ce qui ne lui permettant plus de peser sur les décisions de la compagnie, alors qu'avant l'indépendance, le Comité Spécial du Katanga y détenait 24 % des parts et 36 % des droits de vote.

iii) Héritage de la dette prise par le Congo belge pour les sociétés congolaises devenues belges par ladite loi du 17 juin 1960, à deux semaines de l'indépendance. Du fait de la perte du portefeuille de l'Etat, le Congo indépendant va hériter en grande partie, le 30 juin 1960, seulement du passif et non de l'actif du Congo belge. C'est ainsi que le service de la dette représentait déjà 18 % du budget de l'Etat en 1960 que l'Etat congolais a payé jusqu'en décembre 1960 avant de s'essouffler ou de se révolter, c'est selon.

iv) L'indépendance est proclamée en pleine récession économique mondiale qui avait causé une baisse généralisée des cours des matières premières dans le monde et qui a duré de 1957 à 1965. A titre d'exemple, le cours de cuivre est divisé par 2 entre 1956 et 1957. Le Budget de l'Etat qui était d'environ 15 milliards des francs belges en bonis avant la crise, était en déficit de cinq milliards des francs belges en 1959. Les caisses de l'Etat sont vides et la balance de paiement négative. En même temps, la Belgique refuse de garantir les emprunts de son ex-colonie devenue indépendante. Le pays sans argent et sans possibilité d'emprunter, était condamné à recourir à la planche à billets, ce qu'il a fait, avec toutes ses conséquences quand cette pratique est en inadéquation avec la production des richesses.

L'action conjuguée de tous ces évènements va causer d'énormes problèmes aux jeunes leaders politiques de l'époque (dont l'âge variait entre 20 et 40 ans) sans formation universitaire ni expérience de gestion d'un Etat. A titre d'exemple, le pays aura perdu 34 % d'emplois dans le secteur de l'agriculture et 35 % dans celui des mines ; les deux plus gros employeurs après l'Etat.

J'ai souligné dans cette contribution, publiée intégralement dans le journal Forum des As du 23 juin 2020 et partiellement dans Le Potentiel du 22 juin 2020, que la cécité des hommes politiques sur les faits économiques ne leur avait pas permis de voir qu'ils héritaient d'une bombe sociale et d'une coquille économique vide. Ils vont perdre leur énergie dans les querelles de repositionnement, le débauchage et le vagabondage politique qui plongeant le pays dans des guerres et des troubles. Cette incapacité de gestion de l'Etat les perdra quasi tous un à un. A titre d'exemple, le Chef de l'Etat, après avoir arrêté puis fait assassiner son Premier ministre qui avait gagné les élections de mai 1960, va se trouver, dans ces conditions économiques intenables et dans des problèmes politiques et sociaux insolubles (rebellions, sécessions, mutineries, etc.). Lorsque l'armée mal payée et mal équipée, fatiguée de faire des guerres, lui fait le coup d'Etat le 24 nombre 1965, il assiste à des liesses de joies populaires quasiment dans tout le pays.

Dans la contribution n° 2 portant sur la période de 1966-1997, que j'écris aujourd'hui, je continuerai à décrire les évènements économiques mal étudiés, quand ils ne sont pas tout simplement négligés ou non aperçus, qui finiront aussi, les mêmes causes produisant les mêmes effets, par avoir raison du successeur de Joseph Kasa-Vubu, Joseph Désiré Mobutu.

Je rappelle néanmoins que mes contributions ne sont pas des documents d'histoire économique, et encore moins, politique de notre pays, mais plutôt une sélection et une interprétation personnelles des certains faits.

Economiquement, cette période de 1966 à 1997 est divisible en trois sous-périodes : (i) 1966 à 1974, période de croissance économique du pays consécutive à la hausse des cours des matières premières où le cuivre passera de 3000 US$ en 1965 à 8000 US$ en 1966 (dollars constant 2008). (ii) 1975 à 1990, période des récessions économiques due à la chute continue du cours de cuivre, ce cours est divisé par 3 par rapport à sa valeur de début 1974. C'est aussi la sous-période de l'intervention du FMI avec la douloureuse portion des mesures d'accompagnement des programmes d'ajustement structurels et (iii) 1990-1997, période de l'effondrement totale de l'Etat congolais (zaïrois à l'époque) suite à la faillite du secteur minier (Gécamines, SOKIMO, MIBA, SOMINKI ; ZAÏRE ETAIN et autres) et des grandes sociétés des services (SNCZ (société nationale de chemin de fer du Zaïre)), ONATRA (office national des transports), Air Zaïre, etc.). A tout cela, il faudra ajouter la rupture de toute forme de coopération structurelle avec des partenaires bilatéraux et multilatéraux sur fond des ajustements politiques dus à l'apprentissage du pluralisme politique et de la démocratie. Un tel mélange détonnant a fini normalement dans une guerre d'agression, pour les uns, ou de libération, pour les autres, qui a emporté le Chef de l'Etat Mobutu et son régime pendant que le peuple momentanément soulagé, se repandait dans des liesses populaires de joie à la chute du régime du Maréchal du Zaïre.

L'édition d'aujourd'hui ne porte que sur la sous période de 1966 à 1974. C'est à mon avis elle qui a aggravé la crise multiforme que connait le pays à ce jour par des mesures économiques mal étudiées et mal appliquées et des mesures politiques anti démocratiques. Je voudrais en donner des détails sur des options économiques malheureuses tout en épinglant, en passant, des dérapages politiques.

Sous-période de 1966 à 1974.

La prise du pouvoir par Mobutu coïncide, heureusement pour lui, avec la fin de la récession économique mondiale. Le cours des matières premières sur lesquelles le Congo belge et le Congo indépendant avait et base encore son économie amorce une embellie. En effet, en valeur constant du dollar de 2008, le cours de cuivre qui était de 3500 US$ la tonne en 1965 est remonté rapidement pour atteindre 8000 US$ en 1966 et restera entre 8000 US$ et 7000 US$ jusqu'au premier trimestre 1974 (tout de même avec des baisses ponctuelles). C'est ainsi que le PIB (produit intérieur brut) par habitant est parti de 230 US$ en 1966 pour atteindre 320 US$ en 1973.

Cette croissance économique était d'origine exogène, comme c'est toujours hélas le cas aujourd'hui. En effet, elle ne dépendait pas du génie créateur ou de la capacité managériale des dirigeants du pays, mais de la montée des cours sur le marché international de nos produits de base exportés, surtout du cuivre. Aussi longtemps que l'économie du pays sera rythmée par ces phénomènes exogènes, toute planification économique sera dérisoire et sa réussite aléatoire. Cette sous période sera, hélas, aussi celle d'options politiques malheureuses telles la pendaison publique, le 1er juin 1966, de 4 grands hommes d'Etat (Évariste Kimba, Premier ministre jusqu'en novembre 1965, Jérôme Anany, ministre de la Défense dans le gouvernement de Cyrille Adoula (1961-1964), Alexandre Mahamba, ministre des Affaires foncières dans le gouvernement de Cyrille Adoula (1961-1964) et Emmanuel Bamba, sénateur et dignitaire de la grande Église kimbanguiste). Cette exécution sommaire renforce l'isolement politique de Mobutu. En effet, il venait de chasser l'ancien Chef de l'Etat, Joseph Kasa-Vubu, très populaire à Kinshasa (Léopoldville), la Capitale du pays, où prédomine la population ne Kongo dont il est originaire. En outre, Mobutu venait de forcer à l'exil Moïse Tshombe, Premier Ministre jusqu'au 13 octobre 1965, originaire du poumon économique du pays, le Katanga. Tshombe venait de remporter, haut la main, les élections législatives, sénatoriales et provinciales de mars-avril 1965 et était en passe d'être élu par les deux chambres du parlement, Chef de l'Etat.

En plus d'avoir écarté Kasa-Vubu et Tshombe du pouvoir sans tenir compte de leur popularité, Mobutu va faire arrêter Tshombe le 30 juin 1967 à Alger où il mourra le 29 juin 1969 dans les conditions suspectes. Le 03 juillet 1967, soit 3 jours après l'arrestation de Tshombe, le dixième bataillon de l'Armée Nationale Congolaise (ANC) composé, en majorité de ses partisans, se met en rébellion avec à la tête, un mercenaire de Tshombe, Jean Schramme. La partie Est de notre pays, toujours elle, est mise à feu et à sang. La capitale de sa province, Bukavu, est prise par les insurgés et occupée pendant trois mois.

Après s'être mis contre lui les leaders politiques et leurs partisans, Mobutu paralysera le parlement élus aux élections de mars et avril 1965 pour légiférer par ordonnances-lois. Il devient ainsi Président, Chef de l'Etat et Parlement du pays. Pour occuper tout l'espace politique tout seul, il va interdire le fonctionnement de tout parti politique excepté le sien, le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), qui deviendra parti unique et parti Etat, par la suite.

C'est après avoir fait ce vide autour de lui et s'être mis toutes les forces politiques soit sous sa botte soit contre lui que Joseph Désiré Mobutu, "L'Homme Seul", comme il s'était lui-même surnommé, va affronter " la puissance la plus moderne, la plus perfectionnée, la plus implacable aussi, qu'a connue jusqu'ici l'histoire ; cette puissance qui peut tout à la fois construire et détruire, procurer du bien-être et engendrer la misère ; cette puissance qui peut faire la guerre et se payer la paix ; cette puissance qui n'engage la responsabilité d'aucun Blanc en particulier, colon ou pas, mais qui implique une responsabilité collective et politique ; cette puissance qui n'a pas de visage particulier, mais qui pourtant est là, dressée devant les hommes ; cette puissance, pour ainsi dire, impersonnelle, mais qui cependant porte un nom : elle s'appelle capital, profit, argent. " . Au Congo, depuis 1906 sous Léopold 2, ladite puissance se résume en un visage et en un corps : "L'Union Minière du Haut Katanga" ou tout simplement "le Secteur Minier" ou encore "le Secteur des Ressources Naturelles". L'Etat dans l'Etat. Au moment où, en 1966, Mobutu prend la partie de l'affronter, l'Union Minière apportait seule, par des taxes qu'elle payait, 50 % du budget de l'Etat et 80 % de recettes du pays en devises.

Cela vaut la peine de dire brièvement aux Congolais, afin d'en tirer des leçons pour l'avenir, quelques détails de ce combat David vs Goliath ou de l'ingénieux Noble Don Quichotte de la Manche, c'est selon, comment Mobutu l'a livré et l'a perdu. Combat dont Joseph Kabila Kabange a déjà perdu un round suite à l'échec de son code minier de 2002 et dont Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo vient d'hérité, il n'a pas de choix, au moment où son prédécesseur et allié était encore sur le ring du deuxième round, armé de son nouveau code minier du 09 mars 2018.

J'ai tiré une bonne partie de ces péripéties dans le document du Professeur Robert Kovar intitulé : " La "congolisation" de l'Union Minière du Haut Katanga " et dans celui de Michel Verw Ilghen, sous le titre de " Les Principaux Aspects Juridiques de la Nationalisation de l'Union Minière du Haut-Katanga. Faits et Documents".

Lorsque Mobutu prend le pouvoir par son coup d'Etat du 24 novembre 1965, il trouve que les caisses de l'Etat sonnent creux. En effet, il déclarera à l'agence belge, " Imbel", que le déficit budgétaire pour l'année 1965 s'élevait à vingt-cinq milliards de francs (Voir Chronologie Politique Africaine, janvier-février 1966, 1er février).De 1959 à 1965, le déficit budgétaire du jeune Etat a été multiplié par 5 ! Pour lui, la faute revenait au départ massif des investisseurs favorisé par la loi du 17 juin 1960 et à la perte du portefeuille de l'Etat légalisée par le décret royal du 27 juin 1960 (Décret du 27 juin 1960 approuvant la Convention conclue le 24 juin 1960 entre le Congo belge et la Compagnie du Katanga, Moniteur congolais, n° 38, 19 septembre 1960, p. 2503. 1964, Bruxelles, 1965, p. 101). Il se décida de s'y attaquer.

Conformément à la loi du 17 juin 1960 qui incitait les sociétés étrangères à quitter le Congo, l'Union Minière du Haut Katanga devint une société anonyme de droit belge et déplaça son siège social d'Elisabethville (Lubumbashi) à Bruxelles et ne gardera au Congo que le siège d'exploitation, lui aussi de droit belge.

En réaction, Joseph Désiré Mobutu, signa une autre ordonnance, l'ordonnance-loi n° 66/341 du 07 juin 1966 (Moniteur Congolais, I, page 523). En son article premier, l'ordonnance-loi, stipulait que toutes les sociétés étrangères devaient transférer leur siège social et administratif en République Démocratique du Congo. Elle précisait : " ... on entend par siège social et administratif le lieu où est établie l'administration de la société et où se réunissent les assemblées générales et le Conseil d'administration". L'article 2 avertissait: "Faute pour elles d'avoir réalisé ce transfert et cette mise en concordance dans le délai prescrit, elles seront rayées d'office du registre de commerce."

Le même jour, le Président Mobutu signa l'Ordonnance-loi n° 63-343, du 7 juin 1966, connue surtout sous l'appellation de la "Loi Bakajika", du nom de son principal promoteur. Sur pied de l'article 1er, la République Démocratique du Congo reprenait la pleine et libre disposition de tous les droits fonciers, forestiers et miniers concédés ou cédés avant le 30 juin 1960 en propriété ou en participation à des tiers, personnes morales ou physiques. L'article 2 prévoyait que le gouvernement congolais procéderait souverainement à la répartition des droits d'exploitation ou de gestion de ses ressources naturelles, forestières et minières. Enfin, l'article 3, informait qu'étaient abrogés tous les textes législatifs ou réglementaires antérieurs ayant pour objet l'exploitation, la gestion du sol ou du sous-sol congolais et qui sont contraires à l'esprit et à la lettre de ladite ordonnance-loi.

La première ordonnance-loi était une contrattaque de Mobutu à la loi belge du 17 juin 1960 qui avait incité les investisseurs à quitter le Congo ; alors que la loi Bakajika était dirigée contre, notamment, le décret royal du 27 juin 1960 précité.

Diverses modifications étaient apportées, à peu près aux mêmes dates, au régime fiscal des sociétés minières. Le taux du droit de sortie sur le cuivre passait ainsi de 17 à 30 %. Par ailleurs, les sociétés minières se voyaient soumises à un droit spécial dit "du sous-sol" en vertu duquel tout exploitant minier devait remettre à l'Etat 10 % des produits miniers annuels dans l'état de traitement où ils étaient normalement exportés.

L'Union Minière du Haut-Katanga réagissant à l'égard des décisions du gouvernement congolais, va les contester aussi bien du point de vue de leur validité juridique que de celui de leur opportunité économique.

Voici, en résumé, l'argumentaire de l'Union Minière du Haut-Katanga.

Elle considérait que le transfert de son siège social au Congo, sans aucun aménagement, était impossible pour des raisons fiscales et juridiques, mais surtout pour la raison fondamentale qu'un transfert pur et simple de son siège social placerait sous juridiction congolaise ses avoirs et participations hors Congo. Ce qui s'opposait au caractère international et à la sphère géographique de l'étendue de ses activités ailleurs qu'au Congo.

Pour l'Union Minière, la loi Bakajika annulait unilatéralement tous les droits concédés par l'Etat belge durant la colonisation, droits antérieurement confirmés pourtant par la Convention belgo-congolaise du 6 février 1965, signée par Tshombe et Spaak, ainsi que le Code congolais d'investissement.

Toujours pour l'Union Minière, l'action combinée de cette loi avec la disposition relative au transfert du siège social avait pour effet d'assujettir à la puissance publique congolaise toutes les activités de la société, tant sur le territoire congolais qu'à l'étranger alors que rien n'était encore décidé quant au renouvellement des concessions objet même de son existence au Congo.

Enfin, en ce qui concerne les mesures fiscales, l'Union Minière du Haut-Katanga arguait qu'elles n'étaient supportables que pour des cours du cuivre extrêmement élevés, tels ceux atteints en 1966 qui était de 8000 US$ la tonne (en dollars de 2008). Cependant si les taux nouveaux avaient été appliqués à l'exercice 1965 où le cours était de 3500 US$ la tonne (dollar de 2008), qui est la moyenne annuelle habituelle des cours de cuivre, le bénéfice de 843 millions de francs belges enregistré par la société pour cet exercice se serait transformé en une perte de 778 millions de francs belges. Elle démontrait donc que si elle consentait à se conformer aux nouvelles mesures fiscales, elle travaillerait à perte pendant toutes les années des cours normaux de ses minerais.

La compagnie proposait, après son argumentaire, des pourparlers avec des dirigeants Congolais afin d'essayer de trouver une solution acceptable par les deux parties. Les négociations commencèrent en juin 1966 et se soldèrent en décembre 1966 par un constat d'échec.

Pourtant entre octobre et décembre 1966, les deux parties semblaient cheminer vers un accord qui prévoyait la liquidation de l'Union Minière du Haut Katanga et son remplacement par deux sociétés mixtes, l'une de droit congolais qui serait dénommée " Union Minière du Congo (UMC)" et l'autre, de droit belge, appelée " Union Minière et Métallurgique (UMM)".

L'Union Minière du Congo reprendrait les actifs immobilisés au Congo et poursuivrait l'exploitation des mines et usines métallurgiques de l'Union Minière. Elle bénéficierait, en outre, des droits miniers anciennement accordés à l'Union Minière du Haut-Katanga. En contrepartie, la République Démocratique du Congo, verrait sa participation passer de 18 % à 50 % du capital dans la société congolaise, l'UMC. Elle pourrait donc la contrôler.

L'Union Minière et Métallurgique reprendrait les actifs immobilisés hors Congo et le portefeuille. L'Etat congolais devait y conserver une participation de 18 %. La commercialisation des produits miniers continuerait à se faire par l'Union Minière et Métallurgique, suivant les règles antérieures. L'UMM, belge, fournirait à l'UMC, congolaise, l'aide technique indispensable. En contrepartie des services rendus et en compensation de la nouvelle répartition des parts dans la société, l'Union Minière et Métallurgique obtiendrait une rétribution de 6 % sur la valeur de la production.

Le principe de ces accords semblait être accepté par les deux parties au conflit. D'après le journal Le Monde du 02 décembre 1966, l'acceptation de ces accords par le gouvernement congolais fut même annoncée à la radio nationale congolaise.

Cependant, il paraitrait que la partie congolaise aurait commencé à monter les enchères. En effet, selon certaines sources, elle refusait de payer la rémunération de 6 % à la société belge prévus dans ces accords. Elle exigeait également que la contrevaleur de tous les stades de produits miniers situés hors Congo soit restituée à la Banque Nationale Congolaise. Selon le journal français, Le Monde du 11-12 décembre 1966, le désaccord aurait porté surtout sur le refus de l'Union Minière de transférer son siège social à Kinshasa et aussi sur les modalités de l'écoulement du cuivre extrait du Congo.

Dans tous les cas, la radio nationale congolaise annonçait l'échec de négociations dans son édition du 10 décembre 1966.

Le 18 décembre, au cours d'un meeting populaire, le Président Mobutu adressait un ultimatum à l'Union Minière du Haut Katanga la sommant de transférer son siège social à Kinshasa avant le 1er janvier 1967, faute de quoi, toutes ses concessions et tous ses droits d'exploitation lui seraient retirés.

Evoquant les raisons qu'elle avait données avant les négociations, l'Union Minière du Haut-Katanga, annonça, à la suite d'une réunion extraordinaire du Conseil d'administration tenue à Bruxelles le 22 décembre 1966, qu'elle ne transférera son siège social à Kinshasa.

Quelques heures après l'annonce de cette décision de l'Union Minière refusant le transfert de son siège social au Congo, le gouvernement congolais prenait un train de mesures de rétorsion : (i) suspension des exportations de cuivre de la société et (ii) création d'un Conseil d'administration provisoire pour gérer les biens de la société jusqu'au 31 décembre 1966. Si au 31 décembre l'Union Minière n'obtempérait pas à l'injonction qui lui avait été adressée, le Conseil d'administration deviendrait définitif le 1er janvier 1967.

En effet, le gouvernement congolais prévoyait la création d'une nouvelle société qui devait se substituer à l'Union Minière du Haut-Katanga. Son capital serait détenu par l'Etat congolais à raison de 55 %, tandis que 15 % seraient réservés à la Tanganyika Concessions Limited, société de droit britannique, actionnaire de l'Union Minière depuis sa création en 1906, tandis que 30 % des parts restantes de la nouvelle société seraient mises en vente sur le marché financier. Il y a ceux qui disent que Mobutu pensait que l'Union Minière allait acheter ces 30 %, ou même, si elle refusait de le faire, d'autres milieux financiers les achèteraient. Que nenni.

Le capital de cette société était fixé à trente milliards de francs congolais. Sur ce total, seize milliards et demi seraient congolais, quatre milliards et demi seraient attribués à la Tanganyika Concessions, et les neuf milliards restant proviendraient des ventes d'actions sur le marché.

Le gouvernement congolais exigeait aussi le versement par l'Union Minière de quatre milliards de francs belges dus au titre d'impôts non versés au temps de la sécession katangaise. En même temps, Mobutu mettait l'Union Minière en garde contre tout arrêt de la production et avertissait que l'arrêt serait considéré comme un sabotage qui sera sévèrement puni.

Le 24 décembre 1966, le gouvernement congolais adressa une notification au responsable du siège d'exploitation de l'Union Minière à Lubumbashi. On y notait :

" interdiction de toute exportation de cuivre, mais poursuite de la production;

" rupture des relations entre Bruxelles et la direction de l'Union Minière au Congo qui ne traiterait plus qu'avec les autorités centrales congolaises;

" contrôle par le gouverneur militaire du Sud-Katanga de tous les stocks des minerais produits.

" Le gouvernement congolais ordonna le blocage des comptes en banque de l'Union minière au Congo.

" Mobutu exigeait en outre, qu'au plus tard le 15 janvier, l'Union Minière ait rapatrié au Congo sept milliards et demi de francs belges représentant la valeur du cuivre, du cobalt et des autres minerais qu'elle avait sortis du pays.

Le 29 décembre 1966, l'Union Minière riposte en faisant savoir que suite à l'embargo sur les exportations de ses produits et au blocage de ses comptes en banque au Congo elle n'effectuera aucun transfert d'argent, même les cinq cent quatorze millions de francs belges dont le transfert était prévu pour le 27 décembre 1966.

Malgré le souhait formulé des autorités congolaises de garder les techniciens Belges dans la nouvelle société, ces derniers regagnaient en grand nombre leur pays.

Nonobstant toutes ces mises en garde de Mobutu, force était de constater qu'au 31 décembre 1966 à minuit, l'Union Minière du Haut Katanga n'avait pas transféré son siège social à Léopoldville.

Mettant ses menaces à exécution, le 1er janvier 1967, Joseph Désiré Mobutu liquida unilatéralement l'Union Minière du Haut Katanga et créa, sur ses cendres, la "Générale Congolaise des Mines (GECOMIN)" dont Jean- Baptiste Kibwe Pampala Witwa na Madimba, ancien ministre et un des cerveaux de la sécession katangaise, fut désigné Président du Conseil d'Administration. (A suivre)
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