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TETE D’AFFICHE DE L’ORCHESTRE "KENTO BAKAJI"
Prisca Enzilame : "La femme artiste ne doit plus se faire instrumentaliser"
mardi 4 août 2020

Tête d'affiche de "Kento bakaji", l'un de rares orchestres 100% femmes de la République démocratique du Congo, Prisca Enzilame "Caprice" est à la fois chanteuse, actrice de cinéma, mannequin professionnel, ingénieure en raffinage et pétrochimie… En marge de la journée internationale de la femme africaine, célébrée le vendredi 30 juillet dernier, "Forum des As" se fait l'écho de cette dame de 28 ans qui a professé, dans une récente interview accordée au magazine "Optimum", qu'elle fait de l'art d'Orphée et de la promotion de la femme son cheval de bataille. Entretien.

Quel est, selon vous, le plus important défi auquel les femmes congolaises sont confrontées aujourd'hui ?

En République démocratique du Congo, la femme a toujours été victime de discrimination. Dans nos traditions ancestrales, elle était généralement placée au second rang dans la société. Aujourd'hui, ayant pris conscience de nos capacités et de nos droits, nous nous battons pour bannir cette discrimination. Que ce soit au niveau de l'éducation, tout comme sur le plan professionnel ou dans la vie conjugale.

Concrètement, quel défi votre groupe a-t-il réussi à relever dans la musique congolaise, dominée par les hommes ?

Dans notre pays, on le sait, la femme s'expose. Elle se prostitue, parce qu'elle ne connaît pas sa vraie valeur. Elle a beaucoup d'atouts qu'elle n'arrive pas encore à exploiter, parce qu'on ne lui donne pas l'occasion de s'exprimer. On ne lui accorde ni le temps ni l'espace suffisant pour faire éclore ses talents… Conscientes de cette faiblesse, nous nous sommes attelé, au sein de notre groupe, à relever un défi majeur : former un orchestre viable, constitué exclusivement de femmes, et pouvoir ainsi battre à plat le dicton local selon lequel ''la femme ne construit pas la société'' (Mwasi atongaka mboka te). Ainsi, contrairement à l'accoutumée, "Kento bakaji" offre aux femmes l'opportunité et de chanter et de danser, et de jouer aux instruments traditionnellement réservés aux hommes. On y trouve des dames qui manipulent le piano, le violon, la batterie, la guitare acoustique… Mais, nous ne sommes pas encore au bout de notre apprentissage.

Que vous faut-il pour améliorer les performances de votre groupe musical ?

Pour arriver à ce résultat, il nous faut particulièrement des appuis, financiers. Si vous visualisez nos vidéos, vous allez voir comment notre prestation sur le podium est aussi retentissante que celle des hommes. Vous constaterez donc, à travers nous, que la femme est aussi capable que l'homme, pourvu qu'on lui accorde de l'espace!

Nous abordons une nouvelle décennie. Quelles sont les changements qui doivent être apportés pour améliorer l'intégration socio-professionnelle des femmes ?

J'aimerais que la femme congolaise se réveille. Qu'elle prenne conscience de ce qu'elle est réellement. Le premier effort à fournir est mental. Si la femme congolaise ne change pas de mentalité, elle va toujours continuer à s'exposer, à quémander… Mais si elle connaît sa vraie valeur, elle va exploiter ses atouts à bon escient. Elle devra se lancer un défi sur les objectifs à atteindre au cours de cette décennie. En tant que femmes et artistes, nous devons changer de mentalité, en essayant de voir les choses de manière positive. Il faudra que la femme artiste cesse de se faire instrumentaliser. Qu'elle arrive à changer. Or, vouloir, c'est pouvoir.

Quel est le plus grand obstacle que vous avez eu à surmonter dans votre vie professionnelle ?

Le grand défi que j'ai eu à surmonter, c'est le choix de ma passion. L'art est, en effet, pour moi quelque chose d'innée. J'adore l'art depuis toute petite. Mais à la maison, les parents ne m'ont pas laissée la chance de le faire librement. Je devais d'abord présenter à mon père un diplôme d'ingénierie pour m'acquitter de mon devoir. Mais, je n'avais pas baissé les bras. C'est pourquoi, tout en travaillant dans une entreprise publique, j'ai entrepris de m'adonner à l'art pour réaliser mon rêve…Dans nos milieux, nombre de filles qui sont allées contacter des managers pour être promues ont reçu des avances. Leurs promoteurs les obligent à coucher avec eux si elles tiennent à être financées. Et lorsqu'elles refusent ces avances, le manager rompt le contrat s'il était déjà signé. Or, comme en RDC, il est bien difficile de trouver des promoteurs, les artistes finissent par céder ou déchanter.

Avez-vous bénéficié de soutiens pour assurer votre autonomie?

A titre personnel, dans mon parcours artistique, si j'ai réussi à tenir tête, c'est parce que, premièrement, j'ai cru en mes capacités. Je me suis dit: j'ai des atouts, je dois avancer. Par ailleurs, la présence de toutes ces ONG qui luttent pour la protection des droits de femmes nous a beaucoup aidées à avancer, d'autant qu'elles ont réussi à convaincre les hommes à avoir peur d'harceler ou de violer les femmes, au risque de subir des sanctions. Heureusement que chez nous, à ''Kento bakaji'', nous avons eu le privilège d'avoir un président exemplaire. Louis Onema est pour nous un papa modèle. Il promeut les filles sans rien demander d'autres qu'un travail bien fait. C'est pourquoi, au nom de toutes les artistes du groupe, je le remercie infiniment.

Quelles sont les valeurs qui vous guident dans votre vie personnelle et dans votre parcours professionnel ?

C'est ma dignité, ma personnalité, ma réputation… Je n'ai pas du tout envie de les brader. Etant chrétienne, je me laisse guider par ma conscience, éclairée par le Saint Esprit.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes d'aujourd'hui qui veulent faire carrière et atteindre le sommet ?

Je leur suggère d'utiliser la même stratégie que nous, artistes de ''Kento Bakaji''. Premièrement, chacune doit d'abord connaître sa vraie valeur et croire en elle. Lorsqu'on croit en ses capacités, on peut arriver à s'affirmer dans la société. Mais, pour se faire, il importe de travailler assidûment pour fructifier ses talents. On ne peut émerger dans la vie en ne faisant rien, en restant cantonnée à la maison. Il faut travailler pour être en mesure d'aider sa famille et d'épauler son mari, une fois mariée, afin d'apporter l'équilibre dans les ménages et dans la société. Aujourd'hui, le monde a changé. Il n'appartient pas seulement à l'homme d'apporter des ressources au foyer. Même la femme doit mettre la main à la pâte. La femme ne doit pas seulement être considérée comme une machine à procréer. Son rôle ne doit pas exclusivement s'arrêter à donner vie, mais elle doit aussi produire de grandes choses pour la société. Propos recueillis par Yves KALIKAT
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