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TRIBUNE
Présidentielle : à quoi rime l’arbitrage arbitraire sur le nombre de mandats ?
mardi 11 août 2020

La mort brutale et inopinée du Premier Ministre ivoirien, par ailleurs candidat désigné du RHDP à la présidentielle d'octobre remet tragiquement sur la table le débat sur le nombre de mandats présidentiels et accessoirement sur la durée du mandat. De même accessoirement la participation du Président Biélorusse LATCHENKO à l'élection présidentielle pour un sixième mandat.

Existe-t-il un chiffre cabalistique à ne pas dépasser au risque de subir le courroux du ciel. A la vérité, il faut reconnaître que le chiffre a toujours exercé une fascination sur les hommes ; pour Mobutu c'était 4, cet autre abbé c'est 15, le vendredi 13, le chiffre parfait, pour tout en connaître, on peut recourir aux interprétations cabalistiques.

Mais existe-t-il un nombre de mandats qui garantisse la réussite, au-delà duquel on est condamné à l'échec ? Au demeurant quel est ce chiffre porte-bonheur ou porte malheur ? : 2, 3, 4, 6 ou à l'infini. Sans entrer en profondeur, mais par simple introspection phénoménologique, il ne fait pas de doute que cette crainte pour le nombre de mandats fait partie à la fois de l'atavisme de la colonisation et du complexe du colonisé qui continue à considérer que seul le modèle européen est l'idéal ? A ce propos, existe-t-il un modèle européen de la démocratie ?

Entre un Chef de l'Etat à vie appelé Roi, Reine ou même prince, un Premier Ministre, un Chancelier qui peut se présenter à volonté et un Chef de l'Etat à durée déterminée, où est, quel est le modèle européen susceptible de garantir le bonheur du Peuple ou la bonne gouvernance ? Au-delà d'un certain nombre de mandats, le Peuple perd-il sa capacité et son discernement à se choisir un dirigeant de son choix au point de laisser cette prérogative aux politiciens à la recherche justement du pouvoir ?

Au-delà de ce nombre, le Peuple africain ne peut-il pas envisager la modification de la Constitution, puisque des politiciens européens prétendent déterminer le modèle susceptible de garantir son bonheur et la bonne gouvernance du Pays?

Quelle est alors la portée réelle de l'intangibilité d'une disposition constitutionnelle au regard de la volonté du Peuple susceptible de connaître une évolution inévitable dans un sens ou dans un autre ? Alors que la validité de la Constitution en partie ou en toutes ses dispositions ne dépend que de la constance de la volonté du Peuple.

Au nom de la décolonisation mentale, selon l'expression de Mabika Kalanda, laissons aux Peuples africains et du reste du monde la charge de déterminer ce qui, à un moment donné, est bon et concourt à son bonheur.

La France est-elle plus démocratique aujourd'hui qu'à l'époque de De Gaulle, parce que la durée du mandat présidentiel est passée de 7 à 5 ans ?

En toute logique, est-il légitime et fondé que des politiciens puissent écarter les plus âgés d'entre eux, c'est-à-dire leurs concurrents en somme avant le verdict populaire ?

La Tunisie a opté pour un Chef d'Etat âgé, est-ce pour cela que le Pays n'était pas gouverné ? Et le Cameroun avec Paul BIYA ?

S'il faut pousser la logique de la magie des chiffres et de l'âge jusqu'au bout, ne faudrait-il pas aussi interdire à ceux qui ont échoué 2 fois à l'élection présidentielle de se représenter une 3ème fois - Absurde conclusion ! l'absurdité ne réside-t-elle pas plutôt dans l'interprétation opportuniste des chiffres et de l'âge pour écarter des concurrents ?

Finalement, toutes ces initiatives destinées à décider à la place du Peuple souverain ou de ses représentants dûment et démocratiquement élus ne sont qu'imposture.

Vox populi, vox Dei. La voix du Peuple, c'est la voix de Dieu, dit-on.

Or, il est bien connu que Dieu donne à qui Il veut la charge de diriger son Peuple - fut-il jeune ou vieux - C'est même le sens profond et métaphysique du dicton " tout pouvoir vient de Dieu ". La logique voudrait donc que pour ce genre de problème, le Peuple soit directement consulté. Et si son choix est mauvais ? N'est-ce pas de son droit de se tromper ?

En conclusion, laissons le Président en exercice et le perdant se présenter autant qu'ils veulent et au Peuple de décider de leurs sorts comme ce fut le cas du Shah d'Iran, de Ben Ali en Tunisie ou de Blaise Compaoré.

L'important étant d'être en veille globale et de respecter les procédures pour sauvegarder la vraie valeur démocratique, c'est-à-dire le respect de la volonté du Peuple en tant que souverain au lieu de favoriser les manœuvres dilatoires pour retarder les élections de 2023 au risque de mettre en jeu notre démocratie. Seul un homme sans idéal et sans conviction se prévaut d'un autre pour justifier son comportement.

Fait à Kinshasa, le 10 août 2020

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