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Obsessionnelle tutelle belge en RDC
lundi 31 août 2020

(Par Emile Bongeli Yeikelo ya Ato)

Sociologue connu pour ses différentes publications sur l'appropriation par le Congolais de son espace vital, le Professeur Emile Bongeli Yeikelo vient de pondre une tribune en rapport avec le " Forum sur les réformes électorales " initié par un think tank proche de l'Université de Liège en Belgique.Pour ce fervent militant de l'auto-prise en charge des intellectuels congolais en vue de l'affirmation de l'expertise locale, l'antidote à cette "obsessionnelle tutelle belge " réside dans la prise de conscience aussi bien des universitaires que des cadres politiques, en particulier ceux de la coalition au pouvoir. Forum des As publie la quintessence de cette réflexion.

En quête de crise institutionnelle?

Depuis 2006, la RDC a eu à organiser, avec l'appui quasi exclusif de la communauté internationale, les premières élections libres et démocratiques de son histoire après celles bafouées lors de l'accession du pays à l'indépendance. L'échéance de 2011 s'est effectuée avec une forte dose de financement propre à la RDC. N'étant pas prêt à organiser le cycle de 2016, le pays a dû éviter une crise institutionnelle qui s'annonçait grave en organisant le Dialogue sous la modération d'Edem Kodjo, émissaire de l'Union Africaine. Ne pouvant tolérer qu'une médiation purement africaine puisse à elle seule faire aboutir une négociation en RDC sans son appui, la Belgique entrainera tous ses pairs occidentaux à contester ces assises sous prétexte d'absence d'inclusivité.

C'était pour elle l'occasion d'actionner son instrument de prédilection, l'Eglise catholique qui entamera dans ses locaux de la Conférence épiscopale du Congo (CENCO) une des plus partiales et des plus infructueuses médiations de l'histoire du pays, avec des prélats arborant une arrogance et une suffisance rebutantes. On en connait la suite durant les 2 années consécutives de "glissement", avant de déboucher sur les élections de 2018, à 100% financées par le gouvernement congolais qui avait décliné toutes les offres d'appui extérieur.

Contestables (comme toutes les autres en Afrique en général) ou pas, ces dernières élections feront date, car, pour la première fois en RDC, un Président élu a succédé à un autre Président antérieurement élu, dans une cérémonie émouvante, boycottée par les chancelleries occidentales. La coalition mise sur pied entre le CACH du Président élu et le FCC de son prédécesseur, pour avoir délivré le pays d'un carnage attendu, n'a pas plu aux maitres occidentaux qui estiment volée la victoire de leur candidat préféré (des miniers). Comme on ne pouvait que s'y attendre, l'Eglise politique s'est mise dans la danse de protestation, jusqu'au jour de réception des 4x4 du pouvoir installé.

Pour l'heure donc, les institutions politiques en place issues des élections même controversées ne sont pas en crise, même si des malentendus surgissent au sein des acteurs de la coalition au pouvoir. D'ailleurs, leur refus commun de participer aux avances des Belges via l'université de Liège et son émissaire de professeur, démontrent à suffisance qu'une querelle de famille ne constitue pas nécessairement une occasion de divorce, tant désiré par certains esprits. Il n'y a donc pas, pour l'instant, d'urgence institutionnelle en ce tout début du mandant présidentiel (juste 18 mois sur les 60 du mandat).

Mais comme cela ne plait pas à tout le monde, ceux qui vivent des instabilités institutionnelles congolaises s'activent résolument et explorent toutes les voies qui mèneraient à des affrontements même verbaux pour justifier des descentes et incursions des donneurs de leçons, le budget étant disponible pour ce genre de campagne, juteuse pour ses organisateurs.

QUELLES LEÇONS POUR NOUS ?

Que tirer comme leçons de cette kermesse idéologico-politico-médiatique?

J'appartiens personnellement à deux champs professionnels auxquels je vais respectivement m'adresser : celui des "intellectuels", penseurs et universitaires et celui des politiciens actifs, membre d'une coalition au pouvoir.

Je commence par les acteurs de l'élite politique locale (toutes tendances confondues, dont moi-même) que j'invite à prendre conscience de l'ampleur des tâches à accomplir et de la nécessité d'adopter des attitudes responsables pour exercer les fonctions pertinentes qui sont les leurs. L'impression du vide politique dont parlait Jean Omasombo se justifie aisément quand l'on observe ce microcosme politique marqué par des querelles stériles, des manifestations de rue irréfléchies et improductives, des débats sur des sujets dénués de pertinence (excès de juridisme et abus de théologisme), des dilapidations monstrueuses de fonds publics, des jouissances viles, banales et ostentatoires... tout semble friser l'inconscience ! Au même moment, l'observation fait état d'une véritable descente aux enfers du pays dans tous les domaines de la vie politique, sécuritaire, économique et sociale.

L'incapacité en apparence congénitale de la classe politique à résoudre les moindres problèmes donne l'occasion à tous les marchands, marabouts et sorciers de développement d'intervenir et de s'immiscer, chacun à sa façon, dans les propositions des solutions : les experts internationaux proposent ou imposent leurs recettes pseudo-scientifiques qui renforcent la dépendance et le sous-développement ; les gourous religieux prétendent, pour leur part résoudre les problèmes politiques concrets à coups d'archaïques références bibliques ou à force de prières ou autres invocations irréalistes ; sans oublier (nous sommes en Afrique superstitieuse) de nombreux fétichistes qui proposent des incantations rassurant les animateurs des institutions à monter des grades et à se maintenir à des postes de prédation ; il faut ajouter à cela les opérateurs culturels qui eux, proposent d'innombrables batteries ludiques, hédonistiques et absolument distractives les unes plus que les autres : jeux, scènes, vidéos, concerts, films, compétitions sportives (occidentales), etc. ! A juste titre, Kä Mana y trouve une campagne d'imbécilisation massive contre les peuples d'Afrique dont les dirigeants étalent au grand jour inconscience et incompétence.

Nulle part au monde moderne, pour n'évoquer que le pouvoir des religieux, on a accordé tant de dévotion et de pouvoir aux prélats et autres gourous évangélico-mystiques comme en RDC, à l'exception de quelques pays où des mouvements de contestations politiques sont alimentés par des doctrines religieuses (dites islamistes) irrationnelles. Signe que l'activité cognitive échappe dangereusement aux hommes politiques qui, au lieu de réfléchir courageusement et intelligemment face aux nombreux défis sociaux en présence, s'en remettent aveuglement à des théologiens et autres chiromanciens de tout bord ! Auréolés par cette naïveté collective, les hommes autoproclamés de Dieu en profitent pour faire la politique à leur manière, croyant tout connaitre sans rien connaitre du tout. Il importe d'éluder cette voie de la facilité en démystifiant le recours aux supplications théistes qui n'ont rien apporté ni de concret, ni de positif.

Singulièrement à mes Camarades de la coalition gouvernementale CACH-FCC, je voudrais signifier que la priorité pour le peuple n'est pas au divorce tant souhaité par les ennemis de la République.

Tout échec de cette coalition constituerait un grave précédent contre la démocratie congolaise, après avoir nourri le peuple d'un grand espoir au vu de la manière dite civilisée et pacifique dont le pouvoir est passé, pour la première fois, d'une main à une autre. La priorité, c'est de rendre la coalition unie, positive et productive, de la renforcer autour de l'idéal partagé de la reconstruction de la RDC, sans verser irrationnellement dans des conflits individuels ou individualisés, nourris par les juridismes et les théologismes ambiants. Faire de la RDC qu'elle devienne ELOKO YA MAKASI, voilà tout ce que le peuple attend de la coalition des hommes au pouvoir. Nous tous qui en sommes membres sommes censés nourrir cette noble ambition pour le pays et rien ne devrait nous en détourner.

Cependant, si tout le temps les Belges et alliés impérialistes se permettent d'intervenir de manière aussi intempestive, comme c'est le cas aujourd'hui, c'est parce que des opportunités leur sont offertes à travers les spectacles navrants que nous (de la coalition) offrons au public tant national qu'international et qui, pour une coalition agissante au pouvoir, renvoient le message qu'ici, il y a un vide politique. Dès lors, les ennemis du Congo s'arrogent le droit de combler avec empressement le vide entretenu, la nature en ayant horreur. Cessons donc nos joutes oratoires conflictualisant ainsi que nos addictions aux gadgets multicolores que nous proposent les réseaux sociaux pour gérer les affaires d'Etat avec sérénité, conscience et responsabilité.

Je me tourne enfin du côté de mes pairs intellectuels, universitaires ou pas, intéressés à la survie de la Nation congolaise. Nous sommes quelque part, même si pas autant que les politiciens, responsables de ce qui fait de nos universités des appendices des universités métropolitaines. Cette attitude qui frise un complexe d'infériorité rend ces institutions étrangères condescendantes, même quand il faut appréhender nos problèmes locaux que nous sommes sensés mieux connaitre (et c'est juste). Si l'Université de Liège croit devoir parrainer des activités intellectuelles chez nous sans associer une seule université locale à sa démarche (c'est son droit), c'est en grande partie à cause du vide intellectuel, pour paraphraser J. Omasombo, dans lequel nous nous complaisons à la suite de nos mesquines querelles intestines, de nos méfiances réciproques stérilisant nos productions scientifiques, de nos retranchements dans les tranchées de nos disciplines respectives, de nos arrogantes suffisances face à nos populations, de notre déconnection face à nos réalités et, plus que tout, de notre manque de volonté d'instaurer une société savante congolaise solidement implantée et transcendant les frontières souvent arbitraires de nos disciplines respectives (Ngoma Binda, Mbikayi Mundeke…).

La tâche primordiale d'une société savante locale serait de doter les universitaires congolais d'un code éthique et déontologique opposable à chaque membre admis en vue de restaurer notre prestige en nous rendant utile à la communauté. Nous sommes réputés sorciers du savoir ou des savoirs. Ces savoirs, pour ne pas nous étourdir, devraient être rendus utiles et utilisables. On y discuterait science et paradigmes, en dehors de toute considération partisane, idéologico-politicienne ou métaphysique (magico-religieuse), conformément à l'esprit proprement scientifique, la science, enjeu ultime du 21ème siècle, étant conçue par comme " patrimoine de l'humanité et outil désormais incontournable pour le développement" (Alexis Mbikayi). Et c'est ici que se pose le problème épistémologique majeur, celui de la constitution des paradigmes, cadres idéologico-scientifiques dans lequel devraient s'effectuer nos activités scientifiques, en tant que groupe de chercheurs congolais décomplexés. Sans complexe, la congolisation de la science, qui implique une remise en question de toutes les théories coloniales et néocoloniales élaborées sur nos réalités en dehors de nous-mêmes, reste un préalable pour une reprise en mains de l'activité scientifique utile pour notre pays, l'Afrique et l'humanité. L'endogénéisation des savoirs pour nous rendre utile devient une nécessité incontournable. L'ère des conseils des experts étrangers occidentaux est révolue, à la suite de leurs échecs avérés.

Une telle organisation de la réflexion globale et globalisante aiderait la communauté des universitaires à réaliser des échanges fructueux entre chercheurs locaux, féconderait la recherche scientifique et amènerait de ce fait à la production des connaissances utiles et utilisables. En conséquence, nous nous ferons valoriser au sein de notre propre nation et serons respectés par la communauté des savants extérieurs. Ceci mettrait fin aux audaces de ceux qui se croient mieux pourvus que nous sur ce qui ne regarde que nous. L'université et l'universitaire congolais s'en trouveraient valorisés, la recherche et le chercheur et les fruits de la recherche consultés et pris en compte.

En ce qui concerne la recherche relative à la production idéologique (conception des idées directrices) et aux implantations institutionnelles, les avis concertés des scientifiques sur base des données objectives du terrain congolais devront se substituer aux débats actuels axés sur de déplorables alignements des intellectuels derrière des personnalités politiques diverses, même incultes ou les raisonnements par procuration à force des références aveuglantes aux maîtres à penser étrangers. De la sorte, sans recourir à des prêts-à-penser élaborés ailleurs, les universitaires devront devoir intellectualiser la vie politique par des pensées innovantes originales fondées sur les réalités locales, au lieu de toujours laisser libre cours à la déplorable politisation de la vie intellectuelle.

Nous aurons alors réuni des éléments probants pour constituer les bases des institutions à créer, taillées sur mesure de nos besoins réels et de nos moyens matériels et spirituels en vue de lutter efficacement contre le sous- développement qu'on nous impose, faute de le savoir. Il nous incombera de rendre inclusives nos institutions et d'en orienter les actions vers des transformations qualitativement positives pour Nous, nation congolaise en consolidation. On cessera dès lors de compter sur les expertises inexpertes des experts internationaux dont l'incompétence a été maintes fois établie. Nous serons nous-mêmes en mesure d'opérer toutes les remises en question, d'induire des réformes que nécessitent nos besoins réels tels que définis par nous-mêmes, de procéder à des ajustements nécessaires des stratégies montées pour sauvegarder nos intérêts propres.

Cette auto-prise en charge intellectuelle nous fera respecter dans le monde de nos propres politiciens de même que nos pairs savants étrangers. Les universités et centres de recherche étrangers ne pourront plus se passer de l'expertise locale dès lors qu'il va s'agir de penser ou de programmer les étapes de notre avancée vers l'émergence. Notre expertise avérée fera sauter la méfiance de nos politiciens qui nous respecteront plus, nous consulteront mieux et auront compris l'exigence de l'organisation et du financement de l'activité et de la recherche scientifiques.

Le tout revient à contribuer à la consolidation de la Nation congolaise, eloko ya makasi.
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