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MEDITATION CITOYENNE DE FRANK FIKIRINI MWENE-MBAYU
Quelles racines rationnelles gardent encore nos disputes à prétention scientifique ?
lundi 14 septembre 2020

La contradiction est scientifique. Cela est établi depuis les scholastiques qui, sur toutes les questions de grande importance scientifique, disputaient (on ne dit pas " se disputaient "). Il s'agissait alors non pas, comme on le voit dans notre contexte spatiotemporel, de pugilats hors du terrain de la raison tout en s'en autorisant pour défendre absolument un mentor ou un allié politique, mais plutôt d'exercice d'élévation de l'esprit pour faire éclater la lumière de la vérité, unique objet dudit exercice. Il n'y avait donc pas à l'époque, de différence sémantique entre le " disputemus " (disputons) et le " discutemus " (discutons), car la dispute était seulement de l'ordre de la raison et absolument limitée à son champ.

L'ex-Zaïre a eu sa période de gloire en la matière, avec les mémorables débats de haute facture intellectuelle dans ses universités, notamment à Kinshasa et Lubumbashi, où les disputes (au sens sus-évoqué) entre Ngal et Mudimbe, entre autres, éveillaient l'amour de la science chez les jeunes étudiants.

Peut-on en dire autant aujourd'hui ? A chacun d'évaluer selon son angle de vue. Pour ma part, je note plusieurs points d'attention qui suscitent le regret. Il y a déjà cette propension à l'insulte et l'illusion d'avoir tout le vrai en partage affichées par des universitaires les uns contre les autres. On a même l'impression que certains viennent dire aux autres, dans un débat contradictoire, " vous n'avez rien à dire, j'ai déjà tout dit ". Alors, pourquoi venir débattre si vous ne pouvez plus rien entendre que ce que vous croyez savoir ?

J'ai suivi de près le long débat entre le professeur Evariste Boshab, auteur du désormais célèbre ouvrage intitulé "Entre la révision de la Constitution et l'inanition de la nation" publié le 4 juin 2013, et son contradicteur assumé sinon perpétuel, le professeur André Mbata, grand constitutionaliste devant l'Eternel et surtout à ses propres yeux (il ne cesse de le clamer afin que nul ne l'ignore). Ici comme dans d'autres débats du genre, on a entendu affirmer que les idées ne pouvaient être opposées à un titre académique ? De quoi faire retourner Aristote dans sa tombe, lui le père de la logique, qui a exclu l'argument d'autorité comme ayant valeur logique.

J'ai encore suivi cet argument lors du débat engagé entre le politologue Hubert Kabasubabu Katulondi et le même professeur André Mbata, puis entre ce dernier et les tenants de la thèse de violation intentionnelle de la Constitution par le Président de la République, dont le plus éminent reste le professeur Nyabirungu qui y a consacré plusieurs pages de démonstration.

Le fond du débat n'intéresse pas ma réflexion. J'en examine uniquement les contours en termes de logique argumentative et d'éthique communicationnelle (cf. Habermas, J., Théorie de l'agir communicationnelle, Tome 1 Rationalité de l'agir et rationalisation de la société, Editions Fayard,1981). Il y a beaucoup à redire à cet égard tant sont mises à mal la liberté de penser, le principe d'intersubjectivité argumentative (le monologue, fût-il de fait, s'avérant être un non-sens dans une approche dialectique), etc. Ainsi ai-je noté, en plus de la propension à l'insulte des contradicteurs et de la prétention à la science infuse, cet autre écueil relevant de la logique qu'on appelle le discours ad hominem. Les plus jeunes d'entre nous ont ainsi appris qu'ils pouvaient désormais s'entraccuser d' " Egopathie scientifique " (Hubert Kabasubabu), de " scientificité de l'apparence " (André Mbata), et que sais-je encore. Des mots qui excitent certes leur instinct de pugnacité, mais nullement leur sagacité intellectuelle.

Il y a encore un autre défaut qui traverse quasiment tous nos débats à prétention scientifique : il s'agit de ce qu'on pourrait appeler subjectivisme épistémologique. Celui-ci pose comme principe que la réalité n'existe que dans la perception que j'en ai, moi, et nullement en elle-même. Perçue sous cet angle, la notion même de communauté scientifique ou communauté interprétative en subit un coup. Parce que du "moimoiement " ne peut surgir la science qui, on le sait, obéit aux principes d'universalité et d'objectivité.

Au Congo-Zaïre, nous avons tout travesti, opposant à la nécessité d'authentification par la communauté scientifique de l'objectivité des thèses avancées par différents chercheurs, le diktat du "magister dixit " qui semble avoir survécu plusieurs siècles après Aristote. Il me semble que ce soient là des tares de la dictature politique (je laisse les historiens et la mémoire collective la situer dans le temps), qui a fini par créer la dictature scientifique sur laquelle elle s'est appuyée pour étouffer l'audace de penser par-delà les prismes préétablis qui avaient leurs icones. C'est en tout cas ce qu'on peut aisément comprendre de la qualification de ceux qui, selon Honoré N'gbanda, constituaient " la science au service du MPR ". Il le dit dans son livre La transition au Zaïre. Le long tunnel (NORAF,Kinshasa, 1995, p. 33.). Le professeur Emile Bongeli appelle ce phénomène " alignements des intellectuels derrière des personnalités politiques diverses, même incultes ou les raisonnements par procuration" (Bongeli, E., "Obessionnelle tutelle belge ", in Forum des AS n°6230 du lundi 31 août 2020, pp.11).

Ainsi donc, dans cette logique caporaliste et caporalisante, chaque camp politique veut avoir ses "intellectuels " tireurs d'élite, l'objectif étant, non pas de faire triompher la raison, encore moins mettre à la disposition des institutions les meilleurs outils scientifiques de leur action pour le bien commun de la nation, mais de vaincre les adversaires à tout prix. Lorsque les milieux scientifiques s'enferment dans ce rôle, il y a assurément de quoi s'inquiéter pour l'avenir de la nation.

Dommage que cette tare se soit invitée même lorsqu'on parle des questions vitales qui engagent le devenir et l'avenir de la nation. En effet, dans les derniers débats en date, notamment les propositions de lois des députés Minaku et Sakata (nous apprenons que leurs idées avaient été expressément tronquées pour les opposer à l'opinion) ainsi que la proposition du sénateur Ngoy Kasanji, qui souhaiterait que la loi électorale et la constitution soient modifiées de façon à ce que le Président de la République soit désormais élu au suffrage indirect comme c'est le cas en Afrique du Sud et en Angola, entre autres, et ce pour des raisons qui n'ont rien de stupide, il y en a qui, au lieu de présenter des arguments contraires susceptibles de prévaloir en raison sur ceux avancés par le camp adverse (encore qu'il s'agit pour l'instant de l'opinion d'un individu et pas officiellement celle de son groupe politique), profèrent déjà des menaces contre ceux qu'ils accusent de " jouer avec le peuple " ou de provoquer ce dernier. En quoi émettre une préférence personnelle pour une option parmi plusieurs autres possibles, qui de plus est appliquée ailleurs sans subir aucun anathème, devient en soi une provocation du peuple ? J'y perds mon latin. En des mots simples, cela s'appelle refus de discuter. Par manque d'arguments ? Je n'en sais rien. Toujours est-il que le refus de cogiter sur des sujets autour desquels il n'y a pas une perception unanime et qui sont de nature à exiger un choix judicieux et mûrement réfléchi par-delà les réflexes impulsifs, est méprisant vis-à-vis de l'intelligentsia congolaise, acculée à dire "Amen " sur des questions ambivalentes dont la solution ne saute nullement aux yeux, mais ne peut résulter que d'un débat intelligent.

C'est de la devise des Nouvelles Rationalités Africaines (NORAF), dont je salue les promoteurs en la personne du professeur KAUMBA LUFUNDA et de son collègue DIMANDJA, que je voudrais clôturer ma réflexion: " sapere aude " (ose penser). Qu'on ne nous interdise pas d'oser réfléchir sur notre devenir en tant que nation. Qu'on ne nous impose rien de préétabli, ni rien de nouveau pour le simple fait qu'il le soit. Nous y perdrions notre âme même de citoyens, au risque de le regretter quand il serait déjà trop tard. Qu'on nous laisse penser profondément nos problèmes globaux sans faux-fuyants ni aucun voile de quelque obédience politico-idéologique que ce soit.
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